Sur la plage marseillaise, au bord de l’eau, si six sirènes se promènent, curieuses et aventureuses et que l’une d’elle est attrapée par une jeune femme en mal d’enfant, les sirènes, sœurs, se retrouvent à cinq seulement pensant pendant des années que cette sœur volée est morte.
Mais elles ont tort et certaines le ressentent.
La sirène volée n’avait que deux ans lors du rapt. Aucun souvenir. Sa « mère » l’élève comme si de rien n’était. Bizarreries quand même, chez elle pas de possibilité de prendre un bain même si un baignoire est présente et interdiction formelle de s’approcher de la plage à cause d’une noyade évitée de peu bien plus jeune… Une noyade inventée. Les sirènes ne se noient pas.
La sirène, Irène, a bien grandi et jeune adolescente, des questions la taraudent, des rêves apparaissent, des souvenirs diffus font surface. Qui est-elle ? Quel est cet appel qu’elle ressent ? Et que fait ce petit crabe dans sa salle de bain ?
« La mer m’avait manqué toute ma vie et je la retrouvais enfin comme un souvenir sur le bout de la langue, comme si elle avait toujours fait partie de moi, même si j’avais cru ne pas la connaître. Elle m’attendait. Dans mon dos j’entendais la maîtresse constituer des équipes pour un match de beach-volley. les vagues couvraient sa voix. J’ai fait un pas vers l’eau.
IRÈNE !
On m’a attrapée par le bras et tirée en arrière d’un coup sec. Ma joie a crevé comme une bulle.
Ma mère.
J’ai essayé de me dégager mais elle serrait trop fort.»
─ Six Sirènes de Agnès Maupré
Agnès Maupré nous entraine dans une formidable aventure. Hymne puissant à la sororité, critique sous jacente d’une maternité étouffante pour les enfants même sous couvert d’un amour immense et appel important à la sauvegarde de nos océans, l’autrice capte notre attention dès les premiers mots du roman, intrigue et nous emporte. En une quarantaine de chapitres, très courts souvent, de quelques pages maximum, elle nous émerveille notamment en mélangeant les narrateurs : Irène, sa mère, ses sœurs, les murènes mythiques dont vous découvrirez ce qu’elles sont et font, les amis humains d’Irène. Environ 200 pages qui parfois se brisent sous nos yeux car Agnès Maupré dit tout des difficultés d’Irène, du désarroi de ses « parents » naturels, de la tristesse et de la culpabilité de ses sœurs. C’est un tsunami littéraire auquel on prend grand plaisir, même dans une chose aussi simple que les titres de chapitres souvent drôle et remplis de jeux de mots : « les murènes-marraines » par exemple.
Œuvre littéraire et hommage à la lecture aussi. Car une sœur sirène se prend de passion pour la lecture et se met à étudier, à apprendre à lire et dévore à son tour des romans.
« Quand Pollen a terminé le livre, je me suis sentie démunie.
Mais…? Il se passe quoi, après ?
Rien. Le roman est fini. Tu peux imaginer toi même la suite et tout ce qui pourrait encore arriver aux personnages. Ou pas.»
─ Six Sirènes de Agnès Maupré
Belle définition de la lecture qui nous emporte et qui une fois fini peut nous manquer ! Il y a beaucoup à découvrir dans Six sirènes !



