Littérature Etrangère Noirs

Rise and fall « Passé imparfait » de Julian Fellowes

Ecrit par Gringo Pimento

Julian Fellowes

 

Ce nom vous dit quelque chose ? Downton Abbey, il en est le créateur. Gosford park de Robert Altman ? Il était le scénariste. Ça pose déjà un peu le bonhomme.

Son Passé imparfait est paru en 2008 en Angleterre. On aura attendu mai 2014 et sûrement le succès de sa série pour que Sonatine décide de le commercialiser. Merci à cette maison.

Downton Abbey, année 20. Passé imparfait, année 60, fin des années 60 et époque actuelle. L’aristocratie pour les deux mais si dans la série, le déclin est à peine en route, le livre, lui, décrit avec hargne la décrépitude de ces aristocrates dans la société anglaise.

Malheureusement Fellowes se permet aussi quelques pensées plutôt rétrogrades ou idées reçues qu’il applique à tout le monde (les jeunes se saoulent tout le temps de nos jours, les drogues ce n’est pas bien, avant on était mieux éduqué) qui gâchent parfois le plaisir de la lecture. Il ne s’agite ainsi que sur quelques pages mais on les lit, mal à l’aise et un peu déçu. Passons.

L’histoire en elle même car c’est cela qui nous intéresse ici. On retrouve assez le côté feuilleton d’ailleurs. Certains chapitres uniquement sur le passé, d’autres seulement sur le présent et certains qui mélangent les deux. Le découpage des chapitres est très bon. On lit avidement les pages, curieux de savoir ce qui va se passer et surtout ce qui s’est passé au Portugal, fin 60.

A cette date, on apprend assez vite qu’un drame a eu lieu. L’auteur l’évoque, parfois un peu lourdement tout au long du récit mais sans en préciser la nature, ce qui a bien sûr le don de nous rendre curieux.

Les parents aristocrates, les enfants devenus jeunes adultes. Des bals de débutantes pendant toute une saison. Les flirts, les amours, les tromperies. Telle qui veut épouser tel pour sa beauté et son titre, telle qui veut tel justement parce qu’il n’est pas un aristocratique, les parents qui s’en mêlent.

Le narrateur, qui a évolué longtemps dans ce cercle avant d’en être éjecté et/ou d’en partir de lui même, tient un ancien ami pour responsable d’une partie de sa disgrâce. Ils ne sont pas revus depuis 40 ans. Cet ex ami, Damian Baxter, qui a fait fortune après avoir lui quitté le cercle, lui demande de se charger d’une mission car il veut connaître la vérité sur une lettre anonyme avant de mourir d’un cancer.

Le héros accepte de mauvaise grâce cette charge et se lance à la recherche du passé de Baxter mais aussi, finalement du sien car il va s’échiner à retrouver toutes les personnes présentes dans leurs vies à tous les deux à cette époque.

C’est là tout le sel de ce roman de présenter ces personnages au plus haut de leur beauté, de leur jeunesse, de leur incroyable confiance en eux et en un monde pourtant en train de s’écrouler et de les retrouver quarante ans plus tard, vidés, déprimés par la vie et ses épreuves.
Beaucoup sont montés haut, beaucoup sont redescendus rapidement.

Les faux semblants disparaissent petit à petit et on accède au vrai pour quelques uns d’entre eux.

Qui acceptera de revoir et revisiter son passé ? Qui saura avouer la vérité à propos de Baxter ?

Julian Fellowes nous répond en quelques 650 pages intenses, mélange de tendresse et de haine pour ces gens, pour cette époque perdue.

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