Cinéma

La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil de Joann Sfar : tu tapes et je matte

Ecrit par Nulladies

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Joann Sfar a 43 ans. Il est une figure de proue d’à peu près tout ce qui se médiatise, de la BD au roman, de l’essai au film, de la philosophie à l’héroïc-fantasy parodique.

Freya Mavor a 21 ans. Actrice et mannequin, elle a des jambes interminables, une chevelure flamboyante et des yeux dans lesquels on souhaite se noyer.

Voilà. Un bouquin réputé inadaptable parce que « lynchien », une belle Thunderbird, une ambiance fin 70’s, des cadavres, des routiers, une rivière, la mer, des hôtels de nuit et c’est parti pour une ambiance trouble, où la schizophrénie le dispute à l’onirisme, le thriller au road-movie.

Pour ce faire, Sfar joue la carte du formalisme échevelé. Split-screen, esthétique clipesque, bande son classieuse, rien n’est trop beau pour reluquer la belle plante à son service, dans son long manteau, avec ses lunettes, avec son fusil, donc, mais aussi sous la douche, en talons, en nuisette, dans les cabines d’essayage. Et que je t’incline la caméra, que je te joue sur les faux raccords, que je te lèche le cadre. La même sauce veut épaissir le récit : mélange des temporalités, flashbacks et forwards, multiplication de fausses pistes, impasses de sens, tout est convoqué pour « perdre » l’héroïne qui craint de devenir folle et le spectateur qui ne suit pas grand-chose sur cette route sinueuse, nocturne et myope.

Dire qu’on s’en fout un peu serait insultant.

Mais on s’en fout pas mal.

Personnages sans épaisseur, mise en scène poseuse sans chair à défendre (à défaut de celle à grain de pêche de notre affriolante protagoniste), alignement de passages obligés et surtout, résolution alambiquée plombent les intentions plastiques du réalisateur. Le scénario et sa tentative d’explication (qui plus est donnée par la voix inaudible de cet insupportable Benjamin Biolay) achève le tout.

Freya Mavor est très jolie, sa voiture aussi. Ses lunettes sont trop grandes mais c’était la mode à cette époque-là. Son fusil est très grand, et porte en sa longueur l’illusion qu’il peut tenir à lui-seul tout le fil d’un récit sans intérêt.

Au suivant.

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