Littérature Etrangère

« Arpenter la nuit » de Leila Mottley, Une virée à Oakland

Lorsque Leila Mottley écrit ce premier roman, elle n’a que dix-sept ans, exactement l’âge de son héroïne au début du livre.

Arpenter la nuit n’est pourtant pas un récit autobiographique mais s’inspire de faits divers réels impliquant des jeunes filles noires ayant eu des relations sexuelles avec des policiers.

C’est donc l’histoire de Kiara qui essaye de subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de son frère Marcus, livrés à eux-mêmes dans la ville d’Oakland en Californie. Leur père est mort et leur mère est dans un centre de réinsertion. Acculée par les problèmes d’argent, Kiara se retrouve à devoir se prostituer pour survivre suite à une rencontre de hasard. Très vite elle va se confronter à la police qui va profiter de la situation pour l’embarquer dans des soirées privées où la violence et l’humiliation vont devenir son presque quotidien. Pour ne pas perdre pied, elle peut compter sur son amie Alé et le petit voisin dont elle s’occupe, Trevor, plus ou moins abandonné par sa mère junkie.

Je lui raconte comment le trottoir nous a déchirées en deux et nous a retiré cette partie qui méritait le plus d’être conservée : l’enfant qu’on garde à l’intérieur. La mâchoire en O qui ne supporte même plus de hurler parce que ça aussi, ils nous l’ont pris. Ils nous prennent tout.Leila Mottley

Cette plongée dans les situations les plus glauques se verra teintée d’un peu d’espoir dans la deuxième partie du roman. En effet, suite au suicide d’un des policiers ayant « profité » de la jeune fille, une possibilité de procès pourrait permettre à Kiara de se sortir d’une situation assez inextricable grâce à son témoignage devant un grand jury.

Un premier roman puissant qui ne lâche plus le lecteur tout au long de l’aventure de Kiara qui s’apparente parfois à un véritable chemin de croix. La personnalité lumineuse de l’héroïne est ce qui lui permet de garder la tête hors de l’eau et de conserver une part d’optimisme partagée par le liseur.


 

 

Arpenter la nuit de Leila Mottley

traduit par Pauline Loquin

Albin Michel, août 2022

 

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Image bandeau : Photo de Oscar Obians sur Unsplash

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