Ils sont 4. Comme les 4 Mousquetaires. Ce sont les gardes du corps du Général de Gaulle. C’est leur histoire, quelque peu romancée, que mettent en scène Julien Telo et Xavier Dorison dans une nouvelle et passionnante série, sobrement intitulée Les gorilles du Général (Casterman).
Ils l’appelaient « Pépère ». C’est le nom, en effet, que les 4 gorilles du général De Gaulle utilisaient – mais jamais en sa présence – pour parler du général De Gaulle avec, il faut bien le reconnaître, une certaine familiarité et une vraie tendresse.

C’est en tout cas ce qu’on apprend à la lecture de leurs mémoires, dont Telo et Dorison se sont largement inspirés pour nous plonger au cœur du dispositif de protection dont a bénéficié De Gaulle pendant toute la durée de sa présidence, de 1959 à 1969. Il est vrai qu’au-delà de l’attentat du Petit-Clamart, qui a failli lui coûter la vie, le Général aura échappé à plus d’une trentaine de tentatives d’assassinats tout au long de sa vie.
On suit donc avec d’autant plus d’intérêt, la vie et le peu d’état d’âme dont les gorilles font preuve pour protéger le locataire de l’Élysée. Inscrits dans une bande-dessinée au style expressif, coloré et très cinématographique, leur profil de tontons flingueurs amuse autant qu’il surprend.


Parce qu’on a parfois le sentiment, à raison, qu’ils ont été seulement formés sur le terrain et qu’ils font un travail « à la papa », bien éloigné des codes en vigueur, par exemple, que leur nouveau collègue, Max Milan, entend leur inculquer ! Chargé de les évaluer dans un souci de professionnalisation, celui-ci va avoir fort à faire.
En attendant, les poings sont de sortie, la vigilance est de mise et tous les moyens sont permis, y compris les plus tordus et les plus abjects, pour sauver de l’inconscience du danger celui qui tient les rênes d’une France en plein doute.
C’est que l’action de la BD se situe en septembre 59, en pleine guerre d’Algérie et de combats sanglants : créé en 1954 pour obtenir de la France l’indépendance du pays, le FLN et sa branche armée, livrent alors une bataille sans merci contre l’empire colonial français. De son côté, la France ne fait pas dans la dentelle non plus. En témoigne par exemple, l’assassinat d’un partisan du FLN, dont la BD ne nous épargne pas.

Jouissif, dans la mesure où de Gaulle lui-même fait partie des personnages de l’ouvrage et que le récit s’inscrit dans le réalisme parisien et bluffant des années 50, Les gorilles du Général est une BD documentée, rythmée et instructive. Hâte de découvrir le tome 2, qui s’intitule « Colombey ». On y retrouvera la menace permanente du FLN mais on se plongera aussi dans les barbouzeries et autres tourments vécus par les principaux acteurs d’une période politico-historique… aussi sombre que virevoltante.



