Amélie Nothomb, l’auteure qui publie un ouvrage annuel chez Albin Michel depuis 1992 et le brillant Hygiène de l’assassin (les puristes noteront une seule année « blanche » en 1994), est de retour avec Tant mieux. Dans ce livre, la Belge œuvre dans un registre autobiographique, comme avec Psychopompe en 2023 et surtout Premier Sang en 2021, livre retraçant la vie de son père décédé un an plus tôt.
Tant mieux est le pendant maternel de celui-ci puisqu’il est, cette fois, consacré à la vie de sa mère décédée en 2024. Et si la vie du paternel était romanesque (il était l’ambassadeur belge au Congo présent lors de la prise d’otage de 1964 à Stanleyville, actuel Kisangani), celle d’Adrienne, prénom fictif de la mère d’Amélie, l’est également, mais dans un registre différent.
La force de ce récit, c’est qu’il débute comme un roman ordinaire. Et face aux événements que doit affronter Adrienne, on oublie rapidement le caractère autobiographique de Tant mieux si bien que l’on se dit parfois que les ficelles sont un peu grosses. C’est par exemple le cas lorsque, âgée de 4 ans, sa « bonne-maman de Gand » (qui n’est pas vraiment bonne et ne prend pas de gants) lui prépare des harengs au vinaigre au petit-déjeuner, qu’elle devra manger puis ingurgiter de nouveau après les avoir vomis. C’est également le cas, plus tard dans le livre, lorsqu’un garçon lui fait la cour. Pour ne rien divulgâcher, nous n’en dirons pas plus, mais vous reconnaîtrez assurément ce passage lorsque ledit garçon expliquera que même Cyrano de Bergerac n’aurait pas osé un tel scénario.
Adrienne vit donc de nombreuses maltraitances. Celles infligées par sa grand-mère maternelle de Gand, donc, mais également l’autocentrisme d’une mère dont elle est la favorite, mais est-ce véritablement un cadeau ? Adrienne veille sur le reste de sa sororité, et menace même de taper son père avec une poêle afin qu’il cesse de frapper sa mère. Totalement parentalisée, Adrienne garde par ailleurs de nombreux secrets sur certaines activités maternelles ô combien loufoques, dérangeantes et dérangées.
Cela fait beaucoup pour une seule petite fille dont on accompagne l’évolution de ses 4 ans, durant la Seconde guerre mondiale, à son mariage et même au-delà. Il n’y a pas d’admiration maternelle excessive et pour cause. Si elles sont toujours restées en bons termes, Amélie Nothomb indique qu’elle ressemble en tous points à son père et qu’elle n’a jamais véritablement fonctionné comme sa mère. D’où l’utilisation de la troisième personne du singulier et les noms d’emprunt quand elle utilisait le « je » pour écrire Premier Sang.
Tout ceci, l’auteure l’explique dans une dernière partie où elle parle de sa relation à sa mère. Un dernier chapitre dans lequel elle utilise forcément la première personne du singulier et affirme, sans en comprendre précisément les raisons, qu’elle a été encore plus déstabilisée par le décès de cette mère qui, toute sa vie aura utilisé ce « tant mieux » comme un talisman. Un mantra qu’elle se répétait, en dépit parfois du bon sens apparent, pour accompagner des épisodes douloureux.
Tant mieux , cette locution aura donc permis à Adrienne de surmonter bien des obstacles. Elle persistera comme l’une des œuvres majuscules d’une bibliographie imposante dont il s’agit, déjà, de la 34ème occurrence.
Tant mieux, le Nothomb maternel
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