Aux éditions La Gouttière, même si c’est toujours très bien fait, on ne se contente pas d’amuser ou d’occuper. On accompagne, on rassure l’enfant et on le stimule, souvent l’air de rien. Les trois bandes dessinées mises en avant ci-dessous en sont une belle démonstration. Elles parlent d’amour, de peur et de passion, avec une même faculté à se hisser à hauteur d’enfant pour transformer, tout en économisant les mots, les petites choses en grandes aventures.
Choupisson – Coeur d’artichaut ! de David Perimony – La Gouttière – 2026

Dans ce troisième tome de la série Choupisson signée David Périmony, Paillasson le bébé hérisson découvre quelque chose qui le dépasse complètement. Son cœur s’emballe, fait “poum poum”, et il ne comprend pas bien ce qui lui arrive. Le voilà amoureux, et c’est tout un monde qui vacille. Heureusement, son fidèle ami le ver est là pour l’accompagner dans cette tempête émotionnelle.
Ce qui fait le charme de Cœur d’artichaut, c’est cette capacité à parler de sentiments complexes avec une légèreté désarmante. Derrière les jeux de mots qui fusent (« cœur d’artichoup’ « , contraction entre Choupisson et artichaut en est un des nombreux exemples) et l’humour omniprésent, le livre aborde des questions essentielles. Comment se voir quand on doute de soi ? Faut-il se transformer pour plaire ? Et si le naturel était finalement la plus belle des réponses ?
Le décor potager, presque bucolique, renforce cette idée de retour à l’essentiel. On est dans une forme de road trip doux, où l’on apprend autant à se connaître qu’à avancer. Une lecture chaleureuse, qui fait sourire autant qu’elle rassure.
Le monstre au violon de Richard Petitsigne et Olivier Supiot – La Gouttière – 2025
Ici, pas un mot. Et pourtant, tout est dit. Imaginée par Richard Petitsigne et mise en images par Olivier Supiot, cette bande dessinée sans parole propose une expérience sensorielle rare et inspirée par la quatrième symphonie de Mendelssohn.
Bertie, petit monstre attachant, entend un jour un son extrêmement agréable. Il provient d’une maison dans laquelle un homme joue du violon. Le choc est immédiat. Fascination, émerveillement, puis obsession. Bertie veut comprendre, essayer et jouer. Mais la musique, comme souvent, ne se laisse pas apprivoiser si facilement, surtout quand l’entourage désapprouve cette passion. C’est qu’il y a du travail à abattre dans le foyer des petits monstres.
Peintes à la gouache, les planches sont d’une luminosité remarquable. On ressent presque les sons et les vibrations. Les expressions des personnages suffisent à raconter le doute, d’abord, puis la frustration, la persévérance. Tout passe par le regard, le mouvement et la couleur.
C’est une très belle porte d’entrée vers la musique, mais aussi vers la passion au sens large. Ce moment où quelque chose nous appelle, sans que l’on sache encore pourquoi. Et où il faut apprendre à écouter cette voix pour suivre cette voie. Celle qui fait de la vie autre chose qu’un long fleuve tranquille.

Linette – Opération peau de banane de Catherine Romat et Jean-Philippe Peyraud – La Gouttière – 2025

Avec Linette, retour à une aventure en apparence minuscule. Jeter une peau de banane au compost. Rien de plus simple, en théorie. Sauf que l’imaginaire d’un enfant n’a que faire de la logique.
Entre la peur d’un loup et les histoires d’araignée racontées par les copains, le compost n’est pas des plus accueillants et la mission se transforme rapidement en une véritable épreuve. Catherine Romat au scénario et Jean-Philippe Peyraud au dessin livrent ici un récit sans texte d’une redoutable efficacité et accessible dès 3 ans.
Chaque case joue avec les peurs enfantines, les amplifie, puis les désamorce avec douceur. Le dessin, très lisible, accompagne parfaitement cette montée en tension avant de ramener les choses à leur juste mesure. Forcément, ça se finira bien. C’est ainsi que l’on permet aux plus jeunes d’adoucir certaines peurs. Malgré les épreuves, l’issue est réjouissante, et cette expérience est précieuse.
C’est simple, direct et terriblement juste. Parce qu’à cet âge-là, jeter une peau de banane peut réellement ressembler à une aventure. Et parce qu’il faut parfois affronter ses petites peurs pour grandir un peu.


