Cinéma

Love is Strange d’Ira Sachs

Love is strange

« When you live with people, you know them better than you care to »

 Love is Strange porte bien son nom : traitant d’un sujet à la fois éculé et glissant, il avance en terrain miné. Raconter l’amour suppose un talent qui plane au-dessus des poncifs. Traiter de l’homosexualité du 3ème âge requiert du tact. On peut reconnaître sans effort qu’Ira Sachs maîtrise ces deux compétences.

Cette histoire finalement très simple reprend la partition si simple d’un amour solide comme le roc autour duquel gravitent le monde et les désinences de ses émotions : la jeunesse, le conflit, et la difficile relation aux autres. Forcés de cohabiter chacun de leur côté quand l’un perd son travail, les deux amants fraîchement mariés après 39 ans de vie commune réapprennent la vie et imposent avec douleur leur présence, eux qui ne désiraient rien d’autre que de se lover à l’écart du monde dans un New York très Woody style.

Une belle phrase résume l’un des propos du film lorsque Lithgow explique au téléphone à son mari les conséquences de sa sa vie chez son neveu : « When you live with people, you know them better than you care to ». C’est bien là le regard du cinéaste, qui s’attache à gratter le vernis de la première séquence, cérémonie de mariage où l’on ne cesse d’affirmer un amour et un soutien qui ne peut tenir au sein de la vie quotidienne et de ses petites adversités.

Particulièrement bien joué (Lithgow est décidément capable de tout, et Molina d’une très grande délicatesse lui aussi), le film a donc a priori tout pour lui pour renverser les cœurs.

L’essai n’est pourtant pas pleinement convaincant. Parce que son recours à la musique est pesant, parce que sa démonstration est répétée à maintes reprises (nous avons vécu 39 ans ensemble, et du jour où nous nous sommes mariés, ironie tragique, méchant regard intolérant de la société, tout ça…) et que les ressorts de son scénario sont tout sauf crédibles, Molina vivant malgré lui dans une fête permanente alors qu’il ne souhaite que dormir, et rencontrant par le plus grand des hasards celui qui lui fournira un nouvel appart. Un brin long, peinant un peu dans ses tentatives de renouvellement des échanges, le film accuse un certain nombre de maladresses qui n’entachent pas pour autant sa sincérité ; et le final, assez surprenant, pourrait être considéré comme un coup de force supplémentaire pour nous tirer des larmes, mais fonctionne quant à lui plutôt bien.

Love is strange, donc, et si le sujet, difficile à circonscrire, occasionne certaines maladresses, il n’en génère pas moins un film assez touchant.

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