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Sur la route avec Lynyrd Skynyrd

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Lynyrd Skynyrd // Billboard // 8 décembre 1975
Écrit par Poulpy

Trouver le bon angle d’attaque pour entamer une bio musicale n’est pas chose aisée, mais quand il s’agit d’un des groupes de rock dit sudiste les plus connus, crashés au sens propre à mi-parcours, entamer l’histoire avec ce vol fatal, nous plonge directement dans l’intrigue et l’histoire tragique de ce groupe.

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Bertrand Bouard (familier de l’écriture musicale, journaliste à Rock & Folk) s’est donné pour mission de retracer le parcours chaotique de ce groupe mythique qu’est Lynyrd Skynyrd, et ce en étant au plus près de la réalité.
Pas de bio fictionnée volumineuse ici, des faits, rien que des faits, et l’auteur n’a pas hésité notamment à recroiser ses sources, ou à les multiplier afin d’être au plus près de la réalité. On ne va pas vous refaire la bio du groupe, le livre est là pour ça et le fait très bien, mais néanmoins rappeler quelques jalons.

Il existe en gros quatre périodes qui marquent l’histoire du groupe : les débuts, la reconnaissance, le crash et ses conséquences et le retour.

Les débuts

Tout commence à Jacksonville, Floride, et comme c’est le cas pour énormément de formations de cette époque, les vocations des futurs musiciens vont émerger suite au passage des Beatles à la TV américaine début 64, et au choc visuel que représentent les Stones.
À la base, étudiants un peu paumés, les futurs membres du groupe, suite à ces chocs visuels et sonores, prennent conscience que c’est ce qu’ils veulent faire. Au centre au chant, le charismatique mais bagarreur Ronnie van Zandt qui va travailler dur comme fer et surtout faire travailler ses musiciens pour qu’ils assurent. Le noyau du groupe va très vite se former : Ronnie au chant, Gary Rossington, Allen Collins, (guitares) Bob Burns à la batterie, Larry Junstrom (basse).

Au départ, c’est une formation aux noms changeants en permanence. C’est un régal de plonger dans les traditionnelles galères du début, puis de voir le groupe se stabiliser peu à peu, et adopter un nom définitif – en 1971 tout de même – en référence au terrifiant prof de gym de leur école (Leonard Skinner). Ils commencent à répéter dur et avec exigence pour avoir un répertoire solide.

Les premières années du groupe sont faites de répétitions constantes, permettent de fignoler son répertoire et de commencer à se faire un nom scénique dans les clubs. Mais ils n’arrivent pas à décrocher un contrat pour enregistrer un disque. Pourtant, très tôt, les futurs tubes seront crées, Freebird par exemple, évoluera beaucoup avant de trouver sa forme finale, mais est présent assez rapidement dans le répertoire. Le groupe est sous l’influence de plusieurs styles musicaux, blues, bien sûr, mais plutôt électrique, dans la veine de Cream, dont ils reprendront le Crossroads, mais aussi, folk et country, sans oublier une pincée de soul bien sûr, il suffit d’écouter le piano et les chœurs de Sweet Home Alabama pour s’en convaincre.

Bertrand Bouard nous explique bien comment le groupe s’est fait, cette période charnière de galère, entre 65 et 73, où le groupe n’arrive pas à décrocher de contrats, mais joue sans relâche, de 8h du matin à tard le soir, répétant inlassablement ses morceaux, dont les futurs tubes afin de les connaître par cœur, solos compris.

Car Lynyrd Skynyrd, à la différence de leur camarade de la scène sudiste les Allman Brothers Band, plutôt influencés jazz, n’est pas branché impro. L’auteur nous montre également comment la formation du groupe a évolué au fil des années, et comment ces changements de musiciens ont pu être des déclics pour leur son.

Une des caractéristiques du groupe justement est son personnel qui a beaucoup fluctué : bassiste qui devient guitariste, batteur changeant, duos de guitaristes qui devient un trio jusqu’à devenir sa marque de fabrique. Retrouver la liste complète des musiciens passés par le groupe est une sacrée tâche, et fait du groupe une grande famille.

Le succès

C’est Al Kooper, musicien légendaire qui finira par les signer pour leur premier album en 1973, après huit années de galère à forger le son du groupe au millimètre près. Lynyrd Skynyrd bataille auprès de la maison de disque, MCA, pour garder son nom jugé imprononçable. Compromis sera trouvé en donnant comme titre la prononciation phonétique du nom du groupe. L’album marche honorablement, mais sans plus, malgré la présence du titre emblématique Freebird.

Très vite, en 1974, sort Second Coming, porté par l’hymne sudiste, Sweet Home Alabama, tant répété lui aussi. Le titre va cartonner propulsant l’album dans les charts, et ramenant à sa suite le premier album et notamment Freebird qui deviendra leur hymne. Le morceau est une réponse au Alabama de Neil Young, et leur collera une image de yankee à vie.

Bertrand Bouard s’attarde bien à nous décrire les morceaux, leur construction, leur écriture et l’esprit des albums qui alternent morceaux rapides et morceaux lents.
Le livre montre également que malgré une discipline d’enfer, le groupe est une juxtaposition de caractères différents, amochés par la vie, d’ego surdimensionnés, que la vie sur la route et la routine drogues/alcool n’aide pas. Le groupe monte en puissance mais se casse la figure, parfois même littéralement entre eux. L’auteur nous narre de manière simple l’ascension du groupe, comment après sept années de galère, tout s’enchaîne. Lynyrd Skynyrd passe son temps sur la route et va s’imposer comme un groupe scénique de premier ordre, jusqu’à voler la vedette aux têtes d’affiches.

Avec les Allman Brothers, camarades musicaux, ils sont la pierre angulaire de ce qu’on appellera le rock sudiste, appellation controversée, mais qui montre bien la fierté d’avoir réussi du groupe. Car il faut s’attarder un peu sur l’image du groupe, qui très tôt « se fait traiter de hippie par les redneck, mais se fait traiter de redneck par les hippies« . Il faut dire que le groupe est très fier de sa provenance, un état du sud à l’écart des populaires côtes Est et Ouest mais pas sudiste pour autant. Néanmoins, Lynyrd Skynyrd  joue beaucoup avec, arborant Stetson et drapeau sudiste en fond de scène.

Bertrand Bouard nous mène au cœur de la folie des tournées, le groupe est sur la route 300 jours par an et si cela leur ouvre les portes du succès, ce rythme les mange mentalement et psychologiquement. Après quelques disques inégaux, le groupe a même du mal à se renouveler.

Le crash et ses conséquences

Lynyrd Skynyrd est surtout connu pour avoir perdu une partie de ses membres dans un accident d’avion. Cela fait partie de leur histoire intrinsèque. Le premier chapitre du livre attaque directement sur ce jour fatidique d’octobre 1977. Notamment en expliquant que, depuis quelques années, le groupe en avait marre de se déplacer en bus, et avait décidé de louer un avion pour ses déplacements.
Que s’est-il passé ce soir-là pour que l’avion tombe à court de carburant ? Le livre explore plusieurs hypothèses. Mais en bref, en ce terrible jour, le groupe va perdre son chanteur, un de ses guitaristes, sa choriste favorite et quelques membres du raod crew.  Sans parler des blessés à vie et du traumatisme des survivants.

Cet accident va signer la fin du groupe, qui jure de ne plus utiliser le nom. C’est le début d’une période de dix ans de disette et de dépressions pour les musiciens survivants, dix ans de vaches maigres, de tournées avec d’autres formations, souvent avec le répertoire du groupe.

Le retour

Pourtant au bout de quelques années, l’envie se fait auprès des survivants de reprendre le flambeau. Encore mieux, pensant que les années 80 les avaient oubliés, ils s’aperçoivent que leur répertoire est demandé. Se reformant avec le frère du chanteur Johnny Van Zandt au chant, lors d’une tournée commémorative en 1987, le groupe voit que sa popularité a gagné en audience, c’est le début d’un comeback qui n’a pas cessé depuis.
Retour qui ne s’est pas fait sans mal, notamment sur l’utilisation du nom du groupe qui a fait l’objet d’arrangements financiers. La nouvelle mouture du groupe a vu également passer pas mal d’autres musiciens, anciens et nouveaux. Depuis son retour, le groupe a enregistré plus de morceaux que pendant sa première période, sans toutefois graver des morceaux inoubliables.

Les bios du groupe en français ne sont pas légion (en existe-t-il d’ailleurs ?), et il est toujours bon de se rappeler le parcours d’un groupe. Ainsi, Bertrand Bouard nous narre de façon fluide, le récit de ce groupe majeur du rock sudiste Lynyrd Skynyrd, publié chez Le mot et le reste, un super éditeur expert en musique.

Lynyrd Skynyrd de Bertrant Bouard
Le Mot et le Reste – 2017

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