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Howlin’ Banana Records, ou le sens de la découverte made in France

Ecrit par Davcom

Les microlabels sont comme les microbrasseries : nécessaires à la diversité de l’offre. Nous nous intéressons ici à Howlin’ Banana Records, label fondé par Tom Picton, originaire de Picardie, mais délocalisé en région parisienne. C’est à St Denis que le label est né et où il a toujours ses quartiers depuis bientôt six ans. Rencontre avec son dynamique fondateur, et seul maître à bord.

Comment est né Howlin’ Banana Records ?

J’ai monté le label en 2011, après avoir bossé un peu pour un label anglais, Dirty Water Records. Sans ambition particulière en fait, je m’intéressais à pas mal de labels, et j’ai voulu tester. Voilà, pas très romanesque comme histoire haha !

De ton propre aveu, Howlin’ Banana Records est un label DIY specialisé dans les sorties françaises. S’agissait-il pour toi de combler un vide existant ?

Pas réellement combler un vide, dans le sens où il y avait déjà plusieurs labels indés français qui sortaient des disques de groupes français de garage, de punk ou de psyché quand je suis arrivé. Mais j’ai essayé de trouver ma place, de développer quelque chose de différent de ce qui existait déjà, en signant une vague de nouveaux groupes qui ont commencé un peu en même temps qu’Howlin’ Banana, et qui n’étaient donc pas déjà affiliés à d’autres labels, tout en étant un peu cohérents les uns avec les autres.

À vrai dire, le label n’était pas destiné au départ à uniquement sortir des groupes français, c’est venu après, quand j’ai réalisé que je n’avais sorti que des groupes français jusque-là, et que ça devenait un peu malgré moi l’ADN du label. Donc, je me suis dit… bon, y a peut être un truc à faire de ce côté.

Maintenant, c’est vraiment une volonté affichée, ça donne une vraie cohérence et une identité marquée au catalogue, ça permet aussi de faciliter les échanges entre les différents groupes du label, ce qui est très important pour moi, ça donne un côté familial à l’affaire.

Visiblement tu te concentres surtout sur le marché numérique et sur celui du vinyle. Est-ce à dire que les autres supports sont obsolètes pour toi ?

Surtout le vinyle, à vrai dire, disons que c’est le format principal du label, mais les disques sont tous disponibles en digital, certains en CD, voire en K7. Tous les supports ont leur intérêt. Le CD, je n’y suis pas particulièrement attaché, et je suppose que s’il y a un format qui va devenir obsolète rapidement, c’est bien le CD, qui n’apporte plus grand chose aujourd’hui. Mais bon, il y a encore un public pour ce format, il y avait de la demande, donc j’ai fini par y venir. Tant que ça intéressera encore des gens, j’en ferai, ce n’est pas à moi de dire que le CD est mort, et qu’ils n’ont qu’à passer à autre chose.

Comment fonctionnes-tu la plupart du temps ? Par coup de cœur ? Réalisme ? Prospection ? Dis-nous tout.

Par coup de cœur, vraiment ! J’essaie quand même de sortir des disques qui collent un peu à la ligne du label aujourd’hui, par souci de cohérence, mais c’est la seule chose qui influence mes choix. En tout cas, je ne fonctionne pas par anticipation des ventes, ou de l’accueil potentiel, ce qui reviendrait à refuser des super projets pour les mauvaises raisons.

Je tiens un label indé, donc je suis là pour sortir des disques dans lesquels je crois et que j’ai envie de défendre, pas des disques bankable, ce serait assez déprimant sinon. Et pour la prospection, je fonctionne un peu comme les autres labels, je suppose, je me tiens au courant de ce qui joue, de ce qui sort, etc.

Parle-nous un peu des dernières sorties du label ?

Je viens de sortir le troisième album d’Anna The Porno Cop, May, un disque superbe, son meilleur je pense. Il a vraiment trouvé ses marques. Avant ça, j’ai sorti un EP de Brace ! Brace !, dans un style à la croisée de l’indie pop, du psyché et du garage. Ils font un peu partie de la nouvelle génération de groupes Howlin’ Banana. Et je bosse sur le prochain album des Madcaps, qui sortira fin mars. Pas mal de super projets prévus dans les mois à venir aussi, qu’on va annoncer rapidement, des nouvelles signatures, et le retour de plusieurs groupes maison !

Quels sont les retours en général ?

Eh bien, ils sont plutôt bons. Je n’ai pas à me plaindre de ce côté-là ! Je ne m’attendais à rien quand j’ai commencé le label, donc quand les disques ont commencé à avoir un peu de presse, et les groupes à faire de belles dates, ça a été une très bonne surprise. Il y a un intérêt grandissant autour des sorties, ce qui est assez cool en termes de motivation, aussi parce que les groupes restent souvent fidèles au label, et sortent plusieurs disques chez moi. Donc, au fur et à mesure où ils gagnent en exposition, le label en profite.

Accompagnes-tu les artistes dans leurs démarches scéniques, ou est-ce qu’une fois l’album en boîte, ton travail s’achève ?

J’accompagne pas mal les groupes en dehors des disques. En fait, je vois plus Howlin’ Banana comme une famille de groupes que comme une marque de disques. Ça dépend des projets et des groupes évidemment, mais j’aide parfois pour la programmation des premières tournées par exemple, le temps qu’ils se construisent un réseau, ou trouvent un tourneur avec qui bosser. Et puis, j’essaie de faire jouer les groupes du label ensemble, pour qu’ils apprennent à se connaître.

C’est important d’aider les groupes à avancer au-delà du simple fait de sortir un disque, de travailler sur le long terme, et de construire une relation qui ne se limite pas à faire la promo du dernier album. Et puis bon, un groupe qui joue beaucoup, partout, ça aide évidemment pour les ventes de disques…

À terme, comment vois-tu évoluer la structure ?

Oh eh bien je ne sais pas trop. Continuer à sortir des disques cool, aider les groupes à avancer, en trouver de nouveaux à signer. Ensuite je verrai bien où ça me mène !

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