Magimage de Lucie Albon, c’est un peu comme ces tours de magie que l’on regarde en se disant : « Mais comment ça marche ? ». Sauf qu’ici, il n’y a pas de chapeau, tout juste un lapin dessiné sur une page et surtout un miroir qui donne une nouvelle vie aux illustrations savamment pensées par l’autrice.
Le principe est pourtant enfantin. On ouvre, on place un miroir amovible au milieu du livre et, sous nos yeux ébahis, le poisson se transforme en chat. La chenille devient papillon. Le faon devient une tête de cerf. Et cet ours rondouillard ? Une tortue. Rien que ça.
Dit de cette manière, vous pourriez croire à un simple gadget graphique. Mais non. Là où beaucoup s’arrêtent au concept, Lucie Albon pousse l’idée jusqu’à l’évidence poétique. On lit, on essaye de trouver le bon angle, on scrute. Et surtout, on recommence car chaque reflet cache une surprise, et chaque lecture devient une exploration.

Les enfants s’en emparent comme d’un jeu. Les adultes, sourire en coin, sont bluffés par la simplicité et la précision du procédé. Il y a quelque chose de l’ordre du théâtre d’illusions, de ces objets que l’on croit maîtriser mais qui nous échappent toujours un peu.
Et si le miroir est au cœur du dispositif, c’est bien le regard qui fait le reste. On tâtonne, on oriente, on découvre. Une lecture active, physique presque, qui demande un geste et qui récompense l’attention. Les effets sont évidents ? C’est en effet parfois le cas. Mais ils ne sont jamais simplistes. Et certaines trouvailles se méritent, comme une image cachée que l’on n’aurait pas bien vue au premier coup d’œil.
Magimage, c’est donc le genre d’album qui donne envie de poser son téléphone et de passer un moment à deux avec son enfant, penchés sur le même livre, à contempler chaque page avec un plaisir contagieux et donc réellement partagé. Magique, mais surtout, magnifiquement fabriqué. Un vrai coup de cœur.



