Chroniques Musique

Manuel Bienvenu et les mystères de Glo

Les adeptes des métaphores ont pour habitude de qualifier ce type de chose en termes d’OVNI musical, le genre de cadeau qui vous tombe du ciel sans prévenir, la divine surprise qui vous percute illico. Cette fois-ci, le concepteur peut se vanter de vingt ans de service pour seulement, si j’ose dire, un quatrième album posé, il y a peu, sur les platines défricheuses de talents.

Glo de Manuel Bienvenu m’a donc profondément perturbé, de manière positive. Bien que le pitch annonçait déjà une sensation alléchante, sortie des sentiers battus, je ne m’attendais surement pas à fondre pour cette œuvre aux tiroirs multiples. Les codes ici explosent pour mieux titiller nos oreilles, s’agglutinant alors dans une sorte de magma sonore où le surnaturel s’orne d’une parure sur mesure.

L’obédience est résolument branchée sur un jazz moderne, un jazz aux vibrations et spirales électroniques, un jazz studieux mais libre, évoluant dans le cadre d’une recherche artistique à la fois osée et perlée de mille et une trouvailles. Pour les besoins de ce nouveau projet, Manuel Bienvenu s’est permis d’emprunter ici et là des instruments rares. L’appréhension du disque s’en retrouve enrichie par moult ornements atypiques. Je prends le pari dès maintenant que le rendu final ne vous laissera pas indifférent.

À cet effet, je me permets de décrire la seconde piste, Subnova, tel un voyage stratosphérique dont  les subtilités permanentes se mêlent d’une légèreté de façade permettant de soutenir l’ensemble, histoire d’en extraire une somme que j’ose associer à l’idée d’un psychédélisme de salon.

Avec Passing Shot, c’est le groove récompensé des rondeurs de contrebasse qui monte au filet, prétexte pour contrer de sa superbe un chapelet de fascinantes ondulations. Le montage est là encore bluffant, le vecteur d’une découverte de chaque instant. Il faudra d’ailleurs repasser plusieurs fois la bande pour décrypter chaque petite perspicacité.

Glo, pourrait-on dire, est un florilège savant mais qui, intelligemment, ne s’encombre pas de prise de distance avec l’auditoire. Si la face B de l’objet demeure sur un précepte similaire, les contours s’épaississent un peu plus afin de propager davantage de mystères : un chant quelque peu plus grave, un saxophone troublé, une alchimie tortueuse sont autant d’impulsions qui catapultent Cream and Chrome (à ne pas confondre avec un titre quasi homonyme de Ratatat) vers des hauteurs humainement inatteignables.

Si vous faites « l’effort » d’écoutes multiples que je vous préconise ardemment, Rio Amazonas vous emportera alors vers des latitudes plus colorées avec son lot d’humeurs florissantes. Vous vous agripperez alors aux chœurs descendus chalouper sur ce fleuve immense, dans les limites appréciées du romanesque intransigeant. Aniconism résonnera alors comme une impression familière, pas franchement éloignée de certaines productions de Brian Eno, le clavier mis en avant pour une dernière salve d’épicurisme musical. Qu’il est si bon de tomber à la renverse !


 

Glo – Manuel Bienvenu

 

Microcultures / Kuroneko – 13/11/2020

 

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Image bandeau : Nicolas Fruhauf

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