Addict Report

Morvan, O’Hagan, St Lô et moi

Ecrit par Jism

Saint Lô, vous connaissez ??? Il me semble vous en avoir déjà parlé il y a quelques mois. Saviez que, il y a peu, cette riante bourgade de 20.000 âmes accueillait en son sein et dans le cadre de la manifestation Au Hasard Des Rues , le sémillant Sean O’ Hagan, leader des High Llamas ainsi que le ténébreux Marc Morvan en première partie.

Dois-je rappeler le principe assez unique d’Au Hasard Des Rues ? L’attaché culturel à la mairie de St Lô invite un artiste plutôt prestigieux (par exemple lors des dernières éditions, ce fut Gareth Dickson, House Of Wolves ou Orso Jesenska), lui donne rendez-vous soit à la médiathèque, soit à l’hôtel de ville avec quelques dizaines de témoins, essaie de le perdre au hasard des rues et, s’il n’y arrive pas, le laisse jouer un concert dans un endroit plutôt insolite (cinéma, une des salles de la mairie, un haras et j’en passe).

Dimanche 26 mars dernier, St Lô recevait donc l’irlandais Sean O’ Hagan et pour appuyer mes dires sur la perversité de l’attaché culturel, après une conférence sur le métier d’ingénieur du son en présence de Patrick Chevalot, celui-ci nous emmena de la médiathèque au haras en près de 3/4 d’heure alors que le trajet normal se fait en 10 minutes à pied. Pour ce faire, il nous fit prendre des chemins peu recommandables, traverser un petit parc étrange au milieu duquel s’écoulait paisiblement un ruisseau mais où nous pouvions observer une cabane pour enfant posée à l’envers dans un arbre et surtout des corps saucissonnés suspendus  dans les arbres. Bref, un décor de cauchemar dans lequel il fit s’arrêter Marc Morvan et Sean O’ Hagan pour leur faire pousser la chansonnette (exercice qui aura beaucoup troublé Marc Morvan par ailleurs).

Un pervers je vous dis.

Allez, je vais arrêter de raconter n’importe quoi, si tout ce que je décris au dessus est vrai sur la forme, pour le fond, c’est carrément autre chose. Le principe de faire venir un artiste et le mêler aux spectateurs comme n’importe quel quidam pour une balade dans les rues de la ville est propre à St Lô et permet d’aborder simplement des figures légendaires de la pop ou des grands en devenir. Ce week-end, ce fut donc au tour de Sean O’Hagan et Marc Morvan d’être invités et, comme vous l’avez compris, la balade se fit de la médiathèque au haras, bénéficiant d’une météo qu’on pouvait qualifier de radieuse.

Arrivés au point de rendez-vous, nous sommes dirigés vers une grande salle lumineuse, ornée de quelques tableaux équins entre deux immenses fenêtres, au plafond très haut, emplie de réverbérations (au point qu’on a du mal à comprendre ce que disent les artistes, français comme anglais, entre deux chansons), lieu idéal pour un concert de Gareth Dickson mais peut-être moins pour du rock ou de la pop.

Nous rejoignons donc la salle (en compagnie de Sean O’ Hagan et Marc Morvan) où nous attendent, installés sur la scène, Ben Jarry, violoncelliste, ainsi que Nicolas Brusq, batteur.

N’y allons pas par quatre chemins : venu soutenir son nouvel album, The Offshore Pirate, le trio nantais a éclipsé la performance de Sean O’Hagan en matière d’intensité. Bien sûr, les deux ne jouent pas dans la même catégorie, la musique de Morvan paraît plus simple, directe, sans fioritures (quoiqu’il ne faut pas se fier aux apparences : l’accompagnement violoncelle/batterie apporte une complexité à l’ensemble et ajoute une belle profondeur à son folk), mais le set délivré par le nantais fut plus prenant, plus habité, plus massif. Timide, sur la défensive, un peu échaudé par le morceau acoustique joué lors de la ballade, Morvan, soutenu par ses deux compagnons a su rebondir et offrir un concert d’une belle intensité. Son folk sous influence Callahanienne, aux accents parfois post-rock, notamment dans les moments de tension, est parvenu à capter l’attention sans difficultés grâce à des compositions de haut vol mais aussi par le talent de ses deux accompagnateurs. D’un côté le violoncelle apportait une certaine profondeur à l’ensemble ainsi qu’une touche ténébreuse et de l’autre, la batterie de l’impressionnant Nicolas Brusq, créait une incroyable tension de par sa retenue, contrastant avec la douceur des guitares (qui parfois savaient se faire incisives) et du chant de Morvan.

Bref, si, comme j’ai cru l’entendre plus tard, Marc Morvan n’était pas satisfait de l’acoustique du concert, qu’il ne s’inquiète pas, son set fut pour moi une révélation et surpassa celui du très attendu Sean O’ Hagan.

Marc Morvan

Bon, après, l’univers de l’irlandais est un peu à l’opposé de celui du français : Morvan préfère absorber la lumière, alors qu’O’Hagan, lui, la fait jaillir de sa personne. Affable, simple, d’une gentillesse n’ayant d’égale que sa grandeur, l’irlandais nous a gratifié d’un très beau set acoustique (à l’image de la météo St Loise), revisitant son répertoire, privilégiant surtout les premiers albums (Gideon Gaye ou Hawaï) sans pour autant négliger les productions récentes (Beet, Maize and Corn, Talahomi Way).

Si O’ Hagan est un mélodiste hors pair, faisant constamment évoluer ses chansons et laissant éclater au grand jour d’autres influences sous-jacentes dans ses compositions (tout ce qui a trait au Brésil via le tropicalisme de Caetano Veloso ou encore la bossa d’un Antonio Carlos Jobim), certains diront que le travail de production sur les cordes façon Left Banke ou Beach Boys ou sur la voix faisait défaut et ternissait quelque peu le set. Néanmoins, les compositions restent de l’orfèvrerie pop et la personnalité de l’irlandais était vraiment attachante de par sa sincérité tant celui-ci semblait heureux d’être là, à faire son show et discuter devant une cinquantaine de passionnés, tentant quelques incursions dans la langue de Molière, rendues incompréhensibles par l’écho ainsi que sa maîtrise difficile du français.

Sean O’Hagan

 Aussi, comme vous l’aurez compris, malgré ces petits défauts, l’instant fut à de nombreuses reprises assez magique et, je l’avoue, pouvoir côtoyer d’aussi près une légende de la pop telle que Sean O’Hagan est un privilège suffisamment rare et précieux à côté duquel toute personne normalement constituée (et habitant pas trop loin de St Lô) ne pouvait passer. En tous les cas, bien que très différents voire à l’opposé d’un même spectre (folk sombre pour le français, pop lumineuse pour l’irlandais), les deux sets se sont complétés à merveille, traduisant l’intelligence et surtout la grande cohérence de la programmation St Loise. En somme, en un mot comme en mille, si vous êtes à proximité de St Lô, ne loupez pas la prochaine édition, car non seulement la programmation est excellente, mais en plus, c’est gratuit.

Marc Morvan FacebookThe High Llamas Site Officiel

Crédit Photos : Lau

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