Cinéma

My Sweet Pepper Land : un territoire aux mille contrastes !

Ecrit par Asae

My_Sweet_Pepper_Land

Avant de vous parler du film, j’aimerai vous parler du réalisateur ainsi que de l’actrice principale.

Golshifteh Farahani est une jeune actrice franco-iranienne née à Téhéran. Elle a déjà tourné dans une vingtaine de films en 10 ans. Elle a joué dans Boutique un film projeté en compétition au Festival des 3 continents (Nantes) en 2004, où elle obtient le Prix de la meilleure actrice. En 2008, Ridley Scott réalise Mensonges d’Etat, elle jouera aux côtés de Léonardo Di Caprio et Russell Crowe. C’est à la même époque que cette actrice va irriter le pouvoir iranien qui lui signifie, en août 2008, une interdiction temporaire de sortir de son pays et lui confisque son passeport. Elle parvint à quitter l’Iran pour rejoindre des tournages sur lesquels elle est attendue, mais elle vivra par la suite en exil, par peur des représailles qui l’attendent dans son pays. Elle a également joué dans le très beau film À propos d’Elly d’Asghar Farhadi. Puis, en 2011 dans Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. En 2014, elle reçoit le César du meilleur espoir féminin pour le film : Syngué Sabour, pierre de patience d’Atiq Rahimi. Dans ce captivant huis clos, que son auteur adapte lui-même (avec Jean-Claude Carrière pour coscénariste), tout est fait pour favoriser la patience. Le prochain film dans lequel on la retrouvera est Eden de Mia Hansen-Løve, qui sortira le 19 novembre 2014.

Le réalisateur de ce film est Hiner Saleem, né en 1964 à Acra. Il est réalisateur, scénariste, producteur de cinéma irakien d’origine kurde, qui a fui le régime de Saddam Hussein à 17 ans et s’est réfugié en Europe (d’abord en Italie puis en France). Il ne cesse de réaliser des œuvres engagées pour la reconnaissance des droits du peuple kurde.

My Sweet Pepper Land est un film qui ne peut nous laisser indifférent. Il nous propose un choix large de réflexion sur des thèmes tels que le passé du Kurdistan, les tensions existantes sur ce territoire actuellement, la place du peuple kurde, les pratiques ancestrales, le courage des femmes, le pouvoir de la corruption, le poids de la famille, l’amour ?…Tant de sujets sur lesquels ce film nous amène à réfléchir. Il est difficile pour nous de saisir tout ce qui se passe dans cette région mais le réalisateur m’a donné envie de comprendre, de chercher des réponses, ce qui est surement la force de My Sweet Pepper Land. En effet, il ne va pas vous entraîner dans une aventure folle, un récit abracadabrant ou un conte d’amour insensé, mais il va juste vous raconter l’histoire d’une terre aux mains de mafieux sans vergogne, d’une bourgade reculée où l’éducation n’est pas une priorité. Hiner Saleem va également réservé une place tout particulière aux femmes dans son film qui luttent pour la liberté dans ce pays.

Les premières images sont focalisées sur un homme qui pleure, un tribunal improvisé qui statue sur l’application de la peine de mort. Le contexte historique est de suite posé : Saddam est tombé. Ces images nous laissent présager des pires cruautés qui ont pu exister.

Ce sont aussi les épisodes de cette femme courageuse presque inconsciente qui brave les interdits de la communauté, de sa famille et de son père. A-t-elle le droit d’aimer qui elle veut ? Sa liberté est remise en cause à chaque instant, le fait même de regarder un autre homme et d’avoir du désir pour lui est considéré comme contraire aux bonnes mœurs. Govend (Golshifteh Farahani) affronte un milieu hostile mais croit à l’éducation de ces enfants dans ce village isolé (Qamarian) au nord du Kurdistan irakien, au carrefour de l’Iran, de l’Irak et de la Turquie. Et elle compte bien se battre pour continuer à enseigner.

Baran (Korkmaz Arslan) va nous surprendre, c’est un combattant, un homme d’honneur, qui a beaucoup de respect pour les lois et son peuple. Il a accepté un poste de policier au commissariat dans ce même village. C’est un personnage fier, droit et sensible. Lui aussi va se battre afin de faire régner l’ordre et la justice.

Ces deux personnages se retrouvent dans ce patelin perdu car tous deux ont eu la même soif d’échapper à un environnement familial lourd, une envie de liberté et encore plus l’envie de se sentir utile. Malheureusement au cœur de ce territoire, ils vont retrouver les nombreux trafics qui paralysent cette zone géographique (alcools, armes et médicaments) : le Triangle des Bermudes. La vie moderne ne fait pas partie du village. Les problèmes d’électricité sont nombreux, un seul téléphone pour tous, un instituteur qui n’apprend rien à ses élèves (la scène où les élèves ne savent pas compter en est l’exemple criant). L’éducation n’a pas d’importance, c’est la loi du plus fort qui prime. La plupart des hommes se déplacent à cheval avec des fusils. Ce qui nous fait d’ailleurs curieusement penser à des scènes de western ou eastern presque folkloriques. Un seul homme fait sa loi dans ces montagnes. Il se nomme Aziz Aga et il est au cœur des trafics. Un climat de peur est maintenu pour garder sa toute puissance. Il parle de code d’honneur mais finalement lui et ses acolytes ne sont que des barbares. Ils tiennent à ce que la situation reste la même afin de maintenir auprès des habitants un climat de méfiance. Seules deux personnes lui tiendront tête Baran et Govend. Ils sont déterminés.

montagnes bleues

La beauté brute et vierge des paysages est éblouissante. Les montagnes sont imposantes, infranchissables et sauvages comme les hommes qui peuplent cette étendue. La rudesse de ce décor semble étrangement se mêler à la douceur et la pureté de cet instrument joué par Govend. Instrument qu’est le Hang, qui se rapproche du piano et de la percussion, inventé par 2 suisses. Encore une fois, ce film nous plonge dans les contrastes entre délicatesse, sensibilité, rusticité, violence, modernité des idées et poids de l’archaïsme.

Le réalisateur fait le choix évident de partager avec le spectateur l’histoire assez méconnue du Kurdistan.

Il est vrai que le scénario est assez prévisible, que certaines situations manquent de surprises, mais je ne doute pas un seul instant que le réalisateur n’a pas cherché à créer une intrigue mais plutôt à amener le spectateur à allez voir au-delà, chercher à comprendre, attiser sa curiosité et son envie de comprendre.

Film sorti le 9 avril 2014 en salle, aujourd’hui disponible en dvd.

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