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« Oblik », un troisième mook sous le sceau de l’optimisme

Oblik
Photo : Charisse Kenion / Unsplash
Ecrit par Jonathan Fanara

Oblik est un « mook » (une publication à mi-chemin entre revue et livre) lancé par le magazine Alternatives économiques en novembre 2017. Il présente l’information de manière ludique, sous forme de graphiques et de dessins. Son troisième numéro, disponible en librairie depuis le 7 novembre, entend se dresser contre le déclinisme en titrant « Tout ne va pas si mal » et en mettant en saillie « 50 raisons de garder espoir ».

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Oblik, troisième numéro

Selon une enquête internationale du Pew Research portant sur le moral des sondés et datant de septembre 2018, les Français formeraient le peuple le plus pessimiste du monde. 80 % d’entre eux pensent en effet que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. C’est plus que dans tout autre pays « testé ». Une autre enquête réalisée par Eurostat place les Français derrière ses voisins d’Europe occidentale en termes de bonheur, mais devant l’Italie et les PECO. Quoi qu’il en soit, l’inflation des faits divers dans les journaux télévisés (+ 73 % entre 2002 et 2012 selon l’INA) et les effets prolongés d’une crise économique à décantation lente ne prêtent pas vraiment à sourire. C’est donc avec un enthousiasme sincère que l’on découvre le dernier « mook » Oblik, qui décline des motifs d’espoir à travers cinquante graphiques aux thèmes variés.

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Entre 2000 et 2015, l’espérance de vie en Afrique a augmenté de quinze années, pour s’établir à 60,7 ans. Entre 1990 et 2017, le taux de mortalité néonatale dans le monde est passé de 3,7 % à 1,8 %. L’accès à l’eau potable ne cesse de croître (88,5 % de la population mondiale en 2015), tout comme les investissements étrangers dans l’Hexagone ou le nombre de pays ayant aboli la peine de mort (71 en 1998, 106 en 2018). Pendant ce temps, le nombre de nouveaux cas de sida diminue constamment depuis 1992, le taux de suicide en France est en chute libre depuis 1995, le surendettement se tasse peu à peu après un pic en 2013 (plus de 223 000 dossiers soumis cette année-là) et 1,1 milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté dans le monde au cours du dernier quart de siècle. Même sur les terrains glissants de la spéculation financière et du secret bancaire, les nouvelles sont bonnes : les dépôts dans les paradis fiscaux ont par exemple fondu de 34 % en dix ans. Toutes ces informations sont présentées de façon intuitive, dans des graphiques soignés et parfois amusants. Elles s’ajoutent à des données françaises sur la sécurité, le nombre de diplômés, l’ascenseur social, le chômage dans les banlieues, le taux de fréquentation des bibliothèques municipales ou la qualité de l’air. Autant de perspectives réjouissantes qui mettent à mal le déclinisme dont on affuble volontiers les Français.

La dernière partie de cette revue mérite sans conteste que l’on s’y attarde. Le lecteur pourra y découvrir en primeur une nouvelle de l’écrivain Gérard Mordillat, intitulée Subito presto !. Dans ce texte court, il verbalise sans ambages les nouvelles formes de violence sociale : crises économiques, pression quotidienne au travail, requalification d’un contrat d’employé en missions d’autoentrepreneur, difficultés à joindre les deux bouts, etc. Un récit qui tranche avec l’optimisme affiché dans ce « mook » et qui se clôture par une aliénation et une dépossession ressentie dans la chair des protagonistes. Dans « Des Trente pas si glorieuses », Laurent Jeanneau bat en brèche le mythe édifié par Jean Fourastié, prêcheur de la modernisation française et technocrate intégré au Plan sous l’égide de Jean Monnet. Il questionne non seulement la durée réelle des Trente glorieuses (plutôt vingt années), leur perception d’alors (beaucoup moins positive qu’attendu), la naissance des mythologies consuméristes (à la Roland Barthes), la limite des indicateurs macroéconomiques, mais aussi les laissés-pour-compte du « boom » et les écueils environnementalistes dans lesquels l’époque s’est lamentable vautrée. Enfin, Enzo et Yann Mens se demandent : « Les immigrés coûtent-ils trop cher ? » Avec des vignettes de bande dessinée, ils racontent la montée des populismes, les craintes liées aux migrants et dégonflent les ballons de baudruche gonflés à l’hélium par l’extrême droite européenne. Tout y passe : le solde migratoire, les effets économiques de l’immigration (qu’il faut de toute évidence dédramatiser), l’évolution des salaires en cas de crise migratoire, l’impact sur les inégalités, etc.

« Tout ne va pas si mal », et vous en serez bientôt convaincus…

Revue Oblik, « Tout ne va pas si mal »
Alternatives économiques, novembre 2019
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