Poésie

Oiseau-moi, douceur et violence d’une langue sensible

kingfisher // pixabay // 12019 // 2017
Écrit par Adrien Meignan

Après avoir publié trois textes aux éditions P.O.L. avec notamment Caméra évoqué ici, Édith Azam avec Oiseau-moi aux éditions LansKine semble revenir à une écriture plus aérée, plus poétique dans son sens le plus formel. On s’aperçoit avec ce court poème que l’auteur depuis ses premières publications réconcilie sensibilité et inventivité.

Quand on lit ce poème d’une trentaine de pages, on se demande tout d’abord qui est cette Hannah qui y est évoquée amoureusement. Ce que l’on sait, c’est qu’elle est un oiseau : « je l’aimerais Hannah / être son nid ». Alors on se laisse happer par cette langue qui se fait polyglotte et s’interroge sur ce qu’Hannah lui provoque. Il se joue quelque chose de terrible ici. Un rapport à la mort. On fait des suppositions mais rien ne nous indique précisément de quoi il s’agit.

Finalement, on ne cherche pas à comprendre ce que cache le texte. L’écriture est saisissante de douceur et d’une mélancolie délicate. Il faut se lover au creux du poème, comme pour se protéger du tumulte de la vie au milieu d’un lit, un soir ou un matin peu importe. Ce que l’on croyait être une mélopée douce nous cache quelque chose, c’est sûr. Le rapport intime tissé avec le poème, on le préfère au réel qui se repère à travers les lignes et qui reste à décrypter. Laissons cet exercice à ceux plus forts qui souhaitent se heurter à la douleur.

La poésie reste le lieu où la langue s’interroge mais établit un rapport différent pour chacun. Édith Azam a écrit quelque chose qui bouleverse par sa tendresse et le rapport au monde qu’elle établit. Sans doute, il aurait fallu aller plus loin dans l’analyse mais ces mots-là sont posés, agiront, se révéleront suivant la variation du temps. Et nous resterons tendrement liés aux mots, tout en prenant conscience de la difficulté de vivre.

Oiseau-moi d’Édith Azam
Paru aux éditions LansKine, en avril 2018

1 Commentaire

Ajouter un commentaire