Chronique Musique

Orwell Court, le nouveau programme délicat de Gareth Dickson

Ecrit par Jism

C’est la fin de l’automne, l’entrée dans l’hiver approche à grands pas et vous cherchez une illustration sonore pour parfaire votre mélancolie, l’habiller de façon la plus élégante et la plus digne possible. Vous avez cherché un peu partout sur les internets, les blogs, écouté pas mal de disques qui auraient pu répondre à vos critères, mais jusque là aucun ne vous a véritablement satisfait ?

Allez, je vais être charitable et vous soulager d’un poids incommensurable. J’ai la solution à votre problème en la personne de Gareth Dickson.

Gareth qui ? Dickson. Anglais de son état, guitariste sensible et talentueux. Depuis 2005, il promène son spleen dans un anonymat assez scandaleux et ce jusqu’en 2012, année où il se fera remarquer du public avec un Quite A Way Away d’une beauté stupéfiante.

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Heureusement pour lui, d’autres n’ont pas attendu sept ans pour reconnaître son talent, notamment Vashti Bunyan, qui le prend sous son aile et en fait son guitariste attitré lors de la tournée qui a suivi la parution de Lookaftering, album du retour. Toujours est-il que ce grand admirateur de Nick Drake (au point de publier en 2013 un très bel album de reprises de ses chansons préférées sous le nom de Nicked Drake) a sorti ces jours-ci, le 10 pour être précis, Orwell Court, son nouvel album.

Pour la faire courte, Dickson reprend exactement là où Quite A Way Away s’arrêtait : sur un folk intimiste, plutôt virtuose, sous haute influence de Nick Drake, avec quelques touches de synthés bien senties. À la différence près que, tout en conservant la même trame, en creusant le même sillon, il élargit tout de même son spectre musical en allant batifoler vers des contrées Ambient, éthérées, à la limite du Post-Rock.

La conséquence première de ces égarements est d’alléger considérablement sa musique, au point que l’écoute d’Orwell Court s’apparente presque à suivre le parcours d’une bulle à travers divers paysages embrumés. Pour peu que vous acceptiez de vous laisser guider, vous y croiserez un peu partout les figures tutélaires de Drake et Bunyan (spectre de luxe sur Two Halfs), voire même du Velvet Underground (sur le début d’Atmosphere). En s’aventurant un peu plus loin, vous rencontrerez également, à travers ces paysages éthérés, This Mortal Coil ou encore les premiers Cocteau Twins. Et enfin, en point d’orgue, vous pourrez admirer la beauté des paysages dessinés par Budd et Guthrie ou encore Windy & Carl (The Solid World).

En somme, avec Orwell Court, Dickson rajoute une bonne louche de 80’s et d’Ambient/Drone dans son folk. Il en résulte un album spectral, un peu blafard (à l’image de sa reprise d’Atmosphere de Joy Division qu’il vide de toute sa substance noire, de tout théâtralisme, pour ne plus laisser apparaître que la beauté blafarde), constamment sur le fil, très épuré mais qui, paradoxalement, n’est jamais aussi passionnant que quand il laisse s’exprimer d’autres instruments que sa guitare (l’harmonica fantomatique sur Red Road, ou encore l’orgue mélancolique de Snag With).

En fait, en à peine plus d’une demi-heure et sept morceaux, Orwell Court fait une proposition audacieuse et passionnante :

et si on laissait tout tomber ?

Tout ce fracas, cette violence, ce bordel ambiant pour vivre dans une bulle de silence, de délicatesse.

Bien sûr, d’autres ont déjà proposé la même chose, et peut-être de façon plus impressionnante (Talk Talk entre autres) ; bien sûr, ça ne nous protégera en rien de toutes les agressions extérieures, mais pendant trente minutes Dickson parvient à suspendre le temps, le rendre plus supportable, presque plus beau (l’enchaînement The Solid World/Atmosphere est juste magnifique). C’est peu de choses certes, mais en 2016, peu d’artistes vous proposeront (et réussiront) un tel programme. Il serait dommage de passer à côté.

Sortie le 10 novembre dans tous les formats chez Discolexique, et chez tous les disquaires délicats et équipés de savon, de France et de Navarre.

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