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Chroniques MusiqueInterviews

OTIA – « Berline », rock instrumental à six mains

Davcom
Par
Davcom
Publié le 6 avril 2017
12 min de lecture

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]H[/mks_dropcap]istoire à six mains en formation trio classique qui trouve son origine à Argenteuil, dans la banlieue du nord-ouest parisien, OTIA puise ses sources d’inspiration dans le rock instrumental, mais pas que. Au début de l’aventure, se faire plaisir en explorant le domaine de l’improvisation était la dynamique recherchée.

Histoire classique, après moult répétitions, la matière pour accoucher d’une sortie discographique était bien présente. Rencontre avec Eric Orbaf (guitare), Laurent Vion (basse) et Stéphane Vion (batterie).

Que signifie OTIA ? Est-ce du latin ? Quelle en est la signification pour vous ?

Stéphane : Ce sont au départ les initiales de « One Time In Advance », une mélodie d’Eric. Nous avons découvert par la suite qu’OTIA signifie « facilité » en latin, ce qui correspondait bien au fonctionnement du groupe, tout s’enchaînait facilement, c’était très simple de jouer ensemble, de mettre en forme nos idées. C’est donc devenu le nom du groupe.

Eric : Notre musique s’est construite dans la fluidité et la signification en latin est bien à propos… Laurent et Stéphane étaient réceptifs aux idées de thèmes que je maquettais parallèlement entre deux répétitions, les structures se négociaient en commun et chacun s’exprimait de façon libre, la décontraction était de mise. Il nous est arrivé de mettre en place des compositions en deux séances de trois heures, le processus créatif était quelque part conforme à la définition du mot. En cherchant plus loin, l’envers d’OTIA veut dire aussi « véritable », en finnois. Bref, il nous fallait un nom et OTIA a recueilli l’unanimité.

Vous vous réclamez du Post-Rock, terme dont la paternité est revendiquée par Simon Reynolds dans les années 90. Qu’est-ce qui vous pousse encore aujourd’hui à jouer ce style de musique ? L’exploration ?

Eric : Je définis plus notre musique comme du rock instrumental, le qualificatif « post-rock » est en fin de compte assez vague et interprétable à l’infini, peut-être une voie de substitution pour qui croit que le rock appartient au passé ? Ce n’est pas mon cas. OTIA est né du plaisir à jouer ensemble et non d’une volonté quelconque d’appartenance à un courant, le style s’est imposé de lui-même.

Stéphane : Personnellement, je ne me réclame pas du post-rock, mais plutôt du post-punk, dans le sens où le « rock », l’image qui y est associée, ne me correspond pas vraiment, je ne viens pas de cet univers. En revanche, le post-punk, l’idée de se servir de l’esprit sauvage du punk, mais de le dépasser pour créer quelque chose de « beau », me correspond mieux ; d’autant plus que je suis autodidacte et que j’ai beaucoup de mal à me discipliner musicalement, à me cantonner à un style précis.

Laurent : Pour ma part, je viens du post punk, essentiellement.

Quelles sont d’ailleurs vos principales influences, musicales ou autres ?

Stéphane : Ma plus grosse influence, sur le plan musical et même au-delà, c’est The Cure, toutes périodes confondues, ça m’a touché très jeune, vers l’âge de 11 ans ; puis ensuite les groupes post-punk de la fin des seventies, Joy Division et Bauhaus surtout. C’est quasiment une façon d’appréhender l’existence. J’ai aussi une grande admiration pour Magma, que je vais régulièrement voir en concert depuis environ 25 ans. La musique de Christian Vander m’a amené à m’intéresser au jazz, Coltrane en particulier. Je peux citer Primus aussi dans les groupes qui m’ont le plus marqué, j’aime la singularité de leur musique, leur folie. Et puis j’ai un côté « gros son » assez prononcé, j’aime beaucoup le métal des années 90, Sepultura, Pantera, ainsi que la nouvelle vague de cette époque, Deftones notamment. Je citerai Prohibition et Doppler dans ce qui me plaît énormément, deux excellents groupes hexagonaux. J’adore les arbres aussi. Et puis la bière.

Eric : Tu me laisses sur une île déserte avec de quoi écouter l’album Grace de Jeff Buckley, Gymnopédie de Satie, Clair de Lune de Debussy, l’oeuvre complète de Brel, Ferré, Mike Patton, Radiohead et Bjork, quelques livres soigneusement choisis et je devrais pouvoir survivre un bon bout de temps. En ce moment, je voue un intérêt tout particulier pour Mike Horn, un personnage qui bouscule l’idée que l’homme se fait de lui-même… très inspirant !

Laurent : The Cure, Joy Division, The Doors et Jimi Hendrix.

OTIA n’est pas vraiment un groupe neuf. Expliquez-nous un peu la genèse du groupe ?

Stéphane : Laurent et moi avons rencontré Eric à l’époque où l’on jouait dans la Diagonale du Fou et lui dans Stéréogrammes, il y a une dizaine d’années. Nous sommes restés en contact depuis et il y a environ un an et demi, je me suis retrouvé à faire un peu de son avec Eric. Ce qui en est sorti m’a conduit à proposer à Laurent de tenir la basse, vu qu’on se connaît par cœur tous les deux, je me suis dit que ça collerait sûrement dans l’approche. Ça a fonctionné tout de suite.

Laurent et Stéphane, vous êtes de la même famille. Est-ce un avantage en termes de musicalité et de cohésion ou, au contraire, y-a-t’il parfois des divergences plus difficiles à surmonter ?

Stéphane : J’ai suivi au départ un double apprentissage, d’un côté avec Laurent, et de l’autre avec Benjamin (actuel Torquem), le troisième membre de la Diagonale du Fou. On se connaît sur le bout des doigts avec Lolo, musicalement et humainement,  alors ça comporte évidemment des avantages, on va vite, on sait ce qu’on peut faire sonner ou pas, il n’y a pas de filtre entre nous. Mais en réalité, je ne me suis jamais vraiment posé la question ; j’ai toujours fait de la musique avec lui, c’est lui qui m’a initié à ça. On partage une passion commune pour The Cure et avons toujours fait de la musique ensemble. L’aspect négatif c’est qu’il faut veiller à ne pas tomber dans des formules, du pré-mâché ; c’est pas toujours évident, mais jusqu’à présent ça fonctionne pas mal. Et puis on se « coache » un peu l’un et l’autre.

Laurent : Oui, Stéphane et moi nous connaissons très bien, nous jouons ensemble depuis toujours.

Avez-vous des envies de scène ?

Eric : Bien sûr ! Par contre, la durée de notre répertoire ne nous permet d’assurer aujourd’hui qu’une première partie, pas de quoi assurer une heure de set, ce qui peut s’avérer problématique pour une programmation, à moins de combler à grand coups d’improvisations.

Stéphane : Moi, la scène, c’est ce qui me motive et me donne du plaisir. J’aime la musique vivante et j’aime la faire vivre; donc pourquoi pas.

La formule en trio n’est-elle pas un peu trop limitative ?

Eric : Le trio est une formule qui facilite beaucoup les choses, notamment au moment de trancher sur l’orientation d’une musique, la composition collective est une succession de décisions qui devraient idéalement convenir à chacun des membres d’un groupe et ce n’est pas toujours facile, le 3 est un bon chiffre pour s’accorder. Cette formule impose aussi d’aller à l’essentiel et au delà de cette limite, c’est du bonus. Le limitatif est relatif.

Laurent : Non, je ne pense pas que cette formule soit limitative, au contraire, elle oblige à nous dépasser.

Stéphane : Et à trouver l’équilibre parfait. Les groupes que je préfère sont des trios.

Vous vivez à Paris. Est-il encore facile de trouver des clubs accueillants ?

Stéphane : Je ne fais plus beaucoup de concerts depuis un moment alors difficile de répondre. Le truc positif à Paris en terme de programmation, c’est l’existence d’une association qui s’appelle « En veux-tu ? En v’la !» ; des passionnés qui se démènent pour faire jouer un maximum de groupes français et internationaux sur Paris.

Eric : J’habite dans la banlieue ouest de Paris et moins je vais à la capitale, mieux je me porte. Je ne suis pas la personne la plus éclairée pour répondre à ta question.

Laurent : Et moi, je n’habite plus à Paris depuis quelques mois.

Eric, la première chanson que j’ai entendue de toi, c’était une reprise de Josh T. Pearson, artiste mis à l’honneur aujourd’hui grâce à la réédition de l’unique album de Lift To Experience. Ta maîtrise était plus que parfaite, en termes de qualité de réinterprétation comme de l’usage de la langue anglaise. Envisages-tu, à un moment donné, de continuer sur cette voie ?

Eric : N’étant pas bilingue, il est forcément plus naturel pour moi de chanter dans ma langue maternelle et paradoxalement, le français est plus difficile à  faire sonner, ce qui rend l’exercice d’autant plus intéressant. Ce qui ne m’empêche pas de reprendre occasionnellement certaines chansons en anglais, dont la reprise de Josh T. Pearson, ou encore Radiohead, Buckley, au gré de mes envies. Le chant anglophone a envahi les ondes et conditionne beaucoup d’artistes français à se fondre dans cette langue mais je résiste encore un peu…  Le français n’a pas dit son dernier mot.

À la recherche d’un label ou l’autonomie complète reste l’option privilégiée ?

Eric : Nous n’avons pas de recherche dans ce sens, pas de plan ni stratégie ; l’objectif d’enregistrer notre EP a été rempli et après, qui sait ? Quant à l’autonomie complète, elle me paraît une bonne option. Cela dit, si une structure solide devait s’intéresser à nous, j’écouterais au moins ce qu’elle aurait à nous proposer.

Stéphane : La question ne s’est pour l’instant pas posée, Eric continue son petit bonhomme de chemin en solo et moi je prépare actuellement l’enregistrement du disque de Velocross.

 

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