Les éditions Les Fourmis Rouges ont un talent rare lorsqu’il s’agit de publier des albums qui déclenchent le rire, tout en invitant petits et grands à réfléchir. Avec Poisson-Fesse de Pauline Pinson et Magali Le Huche et Coup de foudre de Jean-Baptiste Drouot, l’éditeur signe deux ouvrages très différents, mais reliés par l’utilisation de l’humour comme vecteur d’émotion et de sens.
Dans Poisson-Fesse, le point de départ est volontairement absurde. Un petit poisson naît avec une tête… de fesses. Évidemment, ses camarades rient et se moquent beaucoup. Toutefois, sous ce ressort comique se cache une histoire bien plus profonde. Poisson-Fesse, moqué et mis à l’écart, choisit de fuir pour échapper aux quolibets. En chemin, il rencontre un camarade aussi singulier que lui (on ne dévoilera volontairement pas trop de détails) et découvre la puissance de l’entraide et de la solidarité.
A première vue loufoque, ce conte sous-marin se révèle une fable sur l’acceptation de soi et la différence. L’étrangeté de Poisson-Fesse, celle qui lui vaut d’être rejeté, se transforme finalement en opportunité puisque, lorsque les pêcheurs le capturent, ils le relâchent aussitôt, effrayés par son apparence inhabituelle. Ce détail, glissé avec subtilité, montre combien ce qui nous semble être une faiblesse peut devenir une force, pour peu qu’on apprenne à la regarder autrement.

Le dessin de Magali Le Huche, connue pour la série musicale Paco et sa bouleversante BD autobiographique Nowhere Girl, donne une énergie incroyable à l’album. Les fonds marins sont vivants, grouillants de détails, et les personnages dégagent une expressivité irrésistible. L’humour se mêle à la tendresse, et les enfants comprennent, sans qu’on le leur explique, que rire d’un personnage peut aussi être une manière de mieux le comprendre et de l’aimer.
Avec Coup de foudre, Jean-Baptiste Drouot change totalement de décor. Après Oskar et le comte, il revient avec une histoire médiévale pleine d’élan et de fantaisie. Deux royaumes se préparent à une guerre aussi absurde qu’inévitable, coopèrent même pour construire le pont qui leur permettra de se battre, jusqu’à ce qu’un twist inattendu vienne suspendre toutes les velléités guerrières. L’auteur joue avec les codes du conte médiéval, châteaux branlants, armures cabossées et soldats qui se disputent plus qu’ils ne se battent. Tout est prétexte au rire, mais un rire intelligent, nourri par des dialogues enlevés et une chute qui surprendra même les lecteurs les plus aguerris.
Les Fourmis Rouges confirment donc, avec ces deux parutions, qu’elles savent publier des livres qui parlent aux enfants comme aux adultes. Derrière les éclats de rire se cache toujours une réflexion subtile. Deux albums qui prouvent que, parfois, c’est en riant qu’on grandit le mieux.




