Entretiens

Rencontre avec la librairie La Nuit Des Temps

Julien MOJO // Solveig et Ayla, libraires de la librairie La Nuit des Temps à Rennes
Julien MOJO // Solveig et Ayla, librairie La Nuit des Temps à Rennes
Écrit par Guillaume Punk

La nuit des temps, nouvelle librairie ouverte à Rennes en août par Ayla et Solveig est clairement l’un des projets phares de la rentrée dans le monde de la librairie. Ouvertement engagée sur les causes féministes, LGBT et écologiques, cette librairie dynamique qui ne ressemble à aucune autre était très attendue. Après un mois d’ouverture et un succès au-delà de toute espérance, les deux Calamity Jane du livre nous donnent leurs impressions.

librairie la nuit des temps

Question cruciale pour commencer : pourquoi avoir décidé de se lancer dans la création de votre propre librairie ?

Ça n’a finalement pas été un processus hyper conscient, plutôt l’accumulation de plein de facteurs qui nous ont aiguillé vers ce projet. Nous étions au chômage toutes les eux, nous nous sommes dits que c’était maintenant ou jamais de tenter l’aventure. Nous avons commencé à travailler le projet et de fil en aiguille on a ouvert.

Alors justement, quel premier bilan pouvez-vous faire après un mois d’ouverture ?

Le premier mois a été beaucoup plus fou qu’on ne le pensait. Nous avons un hyper bon accueil. La librairie est très fréquentée et les gens sont adorables, on nous a même offert des gaufres ! Nous commençons à réaliser que nous étions chez nous et que nous pouvions faire ce que nous avions envie de faire. Il y a un gros travail à faire pour perdre ses conditionnements de salarié et aussi quitter le pôle caisse pour oser se balader en boutique !

Du coup, votre méthodologie est-elle très empruntée à des méthodes classiques ou définissiez-vous vos propres façons de faire ?

Il y a un mélange des deux. Ce qu’on a appris dans nos précédentes expériences nous sert pour pas mal de choses, comme la réception des livres par exemple. En revanche, nous adaptons notre rythme à nos personnalités. Par exemple, nous faisons la caisse le matin avant d’ouvrir. Nous checkons juste le soir que notre résultat de CB est juste et laissons le reste pour le lendemain. Nous avons tendance à être crevées le soir car les journées sont denses et c’est typiquement là que tu te plantes dans tes comptes et que tu mets une heure à t’en démêler si il y a une erreur de caisse. Nous sommes du matin du coup nous venons plus tôt et regardons ça à tête reposée et c’est réglé en un clin d’oeil.

Votre orientation engagée (notamment sur les causes du féminisme, LGBT et de l’écologie) était l’une de vos marque de fabrique, un mois après ouverture ces rayons ont-ils trouvé leur public ou est-ce encore un peu tôt ?

Ca cartonne grave !!! En fait, nous avons dû développer encore plus nos rayons et prendre des choses encore plus pointues. Pour parler chiffre, sur notre premier mois, le rayon féminisme c’est 273 volumes vendus, le rayon LGBT 30 volumes, nous sommes donc à 300 volumes vendus sur un mois d’exercice, c’est le rayon qui tourne le plus en sciences humaines.

A-t-il été facile d’être prise au sérieux en étant deux filles, de surcroît jeunes et plein d’idées nouvelles ?

Il a fallu qu’on soit partout, qu’on nous voit dans beaucoup de médias, qu’on voit que nous étions très suivies sur les réseaux sociaux, pour qu’on se rende compte qu’on ne jouait pas aux billes. Après un mois d’exploitation, nous avons atteint 20 % de notre chiffre d’affaire prévisionnel de l’année, donc là les chiffres parlent et on nous regarde autrement. Du côté des maisons d’éditions et des auteurs, nous avons aussi un gros soutien. Là, nous venons d’apprendre que Katherine Pancol voulait venir signer chez nous pour la sortie de son prochain roman en fin d’année. C’est dingue !

Après un mois d’ouverture, quels sont vos projets ? Vos lignes à venir ?

On va tout simplement continuer sur notre lancée. On se rend compte que nos playlist plaisent en boutique, que la déco de nos rayons aussi, on va donc continuer en osant de plus en plus. On a moins de peur de mettre nos coups de cœur et le rayon féministe en avant. Bref, on va y aller gaiement.

Vous êtes clairement un projet qui marche. Ça ne met pas un peu la pression ?

Si bien sûr qu’on a la pression mais ça fait surtout hyper plaisir ! On a toujours peur que ça s’arrête mais quand on prend les choses rationnellement il n’y a aucune raison. L’étagère des commandes clients est blindée en permanence. Les clients sont contents et on déjà des clients fidèles en un mois d’existence. On est confiantes, on ne se débrouille pas trop mal. Parfois, ça nous dépasse un peu, par exemple pour Noël, on devra clairement recruter deux personnes. On pensait qu’en démarrant en août, on démarrerait très doucement et ça n’a pas été du tout le cas ! C’était fou !

Et la vie privée dans tout ça ?

On arrive à se manager du temps. On a deux jours de fermeture consécutifs dans la semaine, ça permet une vraie coupure. Parfois l’une de nous se permet de partir plus tôt quand la librairie est calme, et sortir avec deux heures d’avance nous donne l’impression que le monde est soudainement incroyablement vaste ! Même si l’automne approche et qu’on sort un peu moins, on reste sociables, on va au ciné.
Solveig : moi je continue le roller derby pour me défouler mais j’avoue que je suis contente que ce soit mon mec qui me fasse à manger quand je rentre !

 

Merci d’avoir pris du temps pour nous répondre et nous vous souhaitons un joli succès pour l’avenir, le monde libre a besoin de vous !

La libraire La Nuit des Temps

10 quai Emile Zola 35000 Rennes

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