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[Rivages a 30 ans] En Louisiane avec les morts confédérés

Quand je pense à Rivages/noir, je me retrouve immédiatement projetée en avril 2009 dans cette étroite et longue rue du XVIIIe arrondissement de Paris. Je suis tout à côté de mon patron qui, depuis le mois de septembre, réussissant à tirer sur la corde de sa patience sans jamais qu’elle ne cède, tente de m’apprendre les bases de ce merveilleux métier de libraire.

Plongée dans ce monde enthousiasmant et si riche depuis bientôt trois ans, je n’en finis pas de développer mes connaissances, faire des rencontres enthousiasmantes et découvrir des auteurs incroyables.

Ce devait être un après-midi calme de semaine, sans doute un jeudi vers 14h, que je lui demande – à ce fameux patron si passionné – ce qu’il pourrait bien me conseiller en roman policier. « A part les nordiques que je connais déjà très bien », précise-je. Il me parle avec fougue de Jean-Bernard Pouy, Caryl Ferey et Thierry Jonquet, mais je ne sais pas bien pourquoi, j’ai envie de quelque chose de plus exotique.

« Et ça, c’est comment ? »

« Ah ça, c’est pas mal du tout. James Lee Burke c’est un ponte, et celui que tu as entre les mains est un de mes favoris. Sombre, sur fond historique et typique des enquêtes de Dave Robicheaux. »

Ni une, ni deux, je me plongeais dans ce roman fantastique (dans tous les sens du terme) et tombais amoureuse de la Louisiane, ses bayous, ses odeurs d’oranges grillées et d’épices cajuns dans l’air. J’y découvrais cette plume si singulière, cette atmosphère moite et cette langue qui sent les non-dits et la violence. Chaque personnage apparaît clairement, je vois leurs mains rêches et leur regard fatigué. Dave, dont je me sens déjà si proche, doit faire face aux fantômes de l’Histoire et se révèle à la fois faillible et terriblement combatif.

« Le ciel au sud brillait comme une soie bleue brillante. J’espérais qu’il allait faire orage cet après-midi, que la pluie viendrait battre les marais et le bayou comme un tonnerre, rugir comme des rafales de chevrotine sur le toit de ma maison, déferler dans les rigoles et les feuilles mortes sous les pacaniers de mon jardin. »

J’ai appris quelques heures plus tard qu’un film allait sortir justement en France : une adaptation de ce roman avec Tommy Lee Jones incarnant mon Dave. Et que la couverture du livre avait donc changée, délaissant les portraits des pauvres soldats confédérés.

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Il n’en fallait pas plus pour que je me lance un défi à moi-même, tel un chasseur d’or à qui l’on aurait parlé de la pépite la plus extraordinaire jamais aperçue : je voulais absolument posséder l’ancienne version, comme une sorte de collector qui enrichirait ma bibliothèque déjà débordante.

J’ai alors utilisé l’un des outils les plus fantastiques et pratiques pour la sauvegarde des libraires indépendants en me connectant sur le site placedeslibraires.com et ai repéré l’unique exemplaire restant dans la librairie d’un de mes professeurs (il n’y a pas de hasard). Une heure plus tard, j’avais acquis la pépite et ressentais un sentiment de bonheur indescriptible.

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Ah, la joie des livres !

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