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Sandrine Collette « Nature is a langage, can’t you read ? »

des noeuds d'acier

Des nœuds d’acier 

« I’ll be a slave for you »

Premier roman de Sandrine Collette, Des nœuds d’acier se referme sur une impression terrible de malaise, de tristesse et de désarroi.
Avec une telle description, vous savez dans quoi vous vous lancez. D’autant que le malaise évoqué à la fin a fait son chemin depuis le début du livre.

De quoi s’agit-il ?
Un homme sort de prison. Par peur et pour fuir, il se terre dans un petit hôtel, dans un lieu perdu. Il a de l’argent en avance et peut rester un moment tranquille.
L’ennui le prend rapidement. Il randonne.
Dans un coin très isolé, il se fait kidnapper. Il devient esclave, homme à tout faire et à tout subir.

Le huis clos peut commencer.

Souffrances morales et physiques terribles, humiliations et dépossession de soi même commencent alors pour Théo.

Aucun temps mort dans l’histoire racontée par Sandrine Collette. On est très rapidement dans le vif du sujet.

L’impression d’étouffement ne nous quitte pas et nous souffrons avec Théo, au plus près de lui.
Les pages se tournent et l’horreur ne s’arrête pas. Jamais.

Il faut s’accrocher pour supporter certaines descriptions particulièrement réalistes.

La vie de Théo ne tient qu’à un fil, notre souffle lui, est haletant.

Qui sortira vainqueur ? Théo ou ses tortionnaires ?

Pour un premier roman, l’aisance de Sandrine Collette est impressionnante. Difficile de ne pas penser à Pascal Bruckner et ses Voleurs de beauté  u à la fameuse Musique du hasard de Paul Auster pour l’enfermement commun à ces trois œuvres.

Impossible de lâcher le livre. Prévoyez quelques heures de libre, il peut se lire en une traite.


 

six fourmis blanches

Six fourmis blanches

« I never asked to be your mountain »

Une sacrée surprise que ce roman de Sandrine Collette (c’est le premier roman que je lis de l’auteur, c’est son troisième roman).

Dès le début l’ambiance proposée est lourde.
Un premier chapitre extraordinaire qui présente un personnage : Mathias, sacrificateur de son état.
Dans un coin reculé d’Albanie, Mathias a un don. Le pouvoir d’attirer la chance, la bonne fortune sur les gens qui le lui demandent. Pour cela il sacrifie des chèvres en les jetant du haut de la montagne.
Carche, mi homme d’affaires, mi truand, sorte de parrain de la région, lui confie son petit fils qui semble également avoir le don, afin que Mathias puisse parfaire sa formation.

Parallèlement aux aventures de Mathias, on suit un petit groupe d’européens venus faire une grande randonnée avec un guide.

Cette randonnée mortelle tourne au drame avec l’arrivée d’une tempête de neige.

Sandrine Collette s’attache au plus près de ses personnages : Mathias, sorte de sorcier des temps modernes qui lutte pour sa survie, Lou, la jeune européenne, un peu naïve qui se trouve en plein cauchemar.
Les chapitres passent d’un personnage à un autre jusqu’à ce que les uns et les autres se croisent.

Avant cela, les descriptions de la montagne, l’angoisse des européens, perdus dans cette Nature quasi originelle, sans pitié et surtout Mathias, ce personnage bourru et charmeur à la fois, sorte d’homme issu de nos vieilles croyances, rendent ce roman formidable.
Un suspens étouffant, une traque extrêmement angoissante, la montagne qui étouffe : le retour en plaine est difficile.


 

vent de cendres

 

Un vent de cendres

« Ashes to ashes »

Deuxième roman de Sandrine Collette, Un vent de cendres a été écrit alors que son premier ouvrage (Des noeuds d’acier) n’était pas encore paru, enlevant ainsi à l’auteur une pression qu’elle dit être contente de n’avoir pas ressenti.

La ruralité se trouve une nouvelle fois au cœur de l’histoire mais cette fois, c’est le plein air qui joue : les vignes.

Camille, jeune fille un peu délurée, son frère aîné protecteur et leurs amis décident de passer une semaine à faire la récolte des vignes. A la dure. Pour s’éprouver et se prouver qu’ils en sont capables.

Andreas, le propriétaire du domaine, qui vit en reclus, a confié l’exploitation à son ami Octave.
Ces deux là sont unis, à la vie à la mort, par un accident qui a failli leur coûter la vie. Ils en sont sortis vivants mais transformés à jamais. Physiquement d’abord. Octave boitera le reste de sa vie et son visage arbore une cicatrice terrible. Andreas, de son côté, ne se remettra jamais de la mort de sa petite amie, Laure.
Depuis plus de dix ans, ils vivent, survivent ensemble, dans le domaine, enchaînant les récoltes. Protégés par Lubin, sorte de contremaître qui les connait bien et leur est dévoué.

Ils pourraient continuer ainsi pendant longtemps mais quand arrive Camille, ils sont subjugués. Tous les deux. Elle ressemble trait pour trait à Laure.
La chasse est ouverte.

Sandrine Collette confirme avec Un vent de cendres son talent pour installer une ambiance malsaine, pesante et emmener son lecteur dans des abysses de noirceur.


Après avoir lu en l’espace de deux mois, les trois romans de Sandrine Collette, parus aux Éditions Denoël dans la collection Sueurs froides, je trouve de nombreux thèmes qui reviennent.

Des personnages enfermés : dans une cabane (Des nœuds d’acier), dans la montagne (Six fourmis blanches), dans une maison (Un vent de cendres) et encore plus souvent en eux mêmes. Des hommes, des femmes condamnés à l’avance en quelques sorte, comme marqués par le destin (Mathias  quasiment obligé de devenir sacrificateur, mais aussi Théo, trahi par son frère et qui réagit de manière violent, trahi ensuite par un personnage chez qui il s’est réfugié, Andreas et Octave marqués par l’accident de voiture qui leur enlève une femme aimée).

Les personnages de Sandrine Collette sont souvent doubles : les deux amis de Six Fourmis Blanches unis par la souffrance. Les deux frères fous et leur sœur dans Des nœuds d’acier, une nouvelle histoire de frère et sœur, Malo et Camille dans Un vent de cendres.
Le thème de la famille semble porteur chez Sandrine Collette. Des familles unies mais des familles désaxées, toujours sur la lame du rasoir et dont nous nous demandons quand elles vont basculer. Certaines le font assez vite: Théo massacre son frère, le laissant dans un état végétatif, ne regrettant jamais son geste. D’autres sont plus lents à tomber.

Seul couple de frère-sœur à peur près équilibré, Camille et Malo, mais eux non plus ne peuvent s’en sortir sans égratignures.

Un autre thème omniprésent dans les trois romans de Sandrine Collette est la nature. Une nature belle, sublime parfois (Six fourmis blanches) mais toujours sauvage et hostile. Un danger pour l’homme.
Certes, faire les vendanges (Un vent de cendres) est une belle expérience, la nature donne du plaisir aux personnages, elle les forme, les entraîne mais se révèle aussi dangereuse, à l’image de ce cheval mort de vieillesse (toujours Un vent de cendres) qui servira à détourner l’attention.

Certes, une randonnée en Albanie peut être une bonne idée, à condition que la tempête ne survienne pas pour faire un carnage (Six fourmis blanches).
De même, les randonnées de Théo partent d’une bonne intention et d’un amour de la nature mais ce sont elles qui le mènent à sa condition d’esclave.

Les trois romans noirs de Sandrine Collette peuvent se lire comme le début d’une oeuvre singulière.
Complexe et parfois terrifiante.
Marquée par le questionnement sur le destin des hommes, leurs actions, ce qui les tient, les sauve ou les condamne.

***

Des noeuds d’acier, janvier 2013, Un vent de cendres, février 2014,  Six fourmis blanches, janvier 2015, de Sandrine Collette, collection Sueurs froides, aux Editions Denoël 

 

 

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