Littérature Francophone

« Sans Silke », de Michel Layaz : la grâce d’une amitié en marge

Sans Silke, de Michel Layaz aux éditions Zoé,
© Jenn Evelyn-Ann / Unsplash
Ecrit par Typhaine

Sans Silke, Ludivine ne serait qu’une enfant « endormie », maillon dysfonctionnel d’une chaîne liant deux parents exclusivement tournés l’un vers l’autre à sa petite personne qui semble de trop. Cependant, au contact de sa jeune et nouvelle préceptrice, Ludivine se révèle un oiseau plein de vie, prête à partager son royaume en marge, entre rires spontanés et rides soucieux…

Sans Silke, de Michel Layaz aux éditions Zoé

Engagée par la mère sous prétexte d’un soutien scolaire strict, Silke, dix-neuf ans alors, se retrouve logée au cœur de ce triangle plus isocèle qu’équilatéral, dont la base repose sur un narcissisme singulier. Depuis sa chambre Silke observe ce couple fusionnel, englué dans son propre microcosme : le père, présomptueux dans sa posture d’artiste isolé détenant un supplément de vérité, et sa femme, familière du barreau, dont l’élégante sévérité ne s’efface que devant cet homme qu’elle admire tous les jours davantage. Réunis en lisière de forêt dans une ferme solitaire surnommée La Favorite, ces deux êtres mènent une véritable existence en parallèle de celle de leur fille.

« J’aurais surtout voulu autre chose : trouver les mots justes pour décrire ce que je ressentais depuis mon arrivée à La Favorite. Mais comment s’y prendre pour parvenir, sans recul ni maturité, à peindre au mieux deux cœurs unis d’amour, d’orgueil et d’égoïsme, indifférents à un troisième, exempt celui-là de toute cruauté ? »

Chaque fin d’après-midi, Silke rejoint Ludivine dans sa chambre, et très vite, une fois les cahiers ouverts et les leçons parcourues, c’est une douce échappée qui pousse les filles à sortir, pour aller saluer les bêtes, les arbres, raconter aux nuages ce que murmure l’herbe sous leurs pieds ; puis ces instants volés prendront des allures de fugues mesurées, en scooter, toujours un peu plus loin, un peu plus vite. Le drame n’est pas le danger qu’elle court à rouler dans la nuit au milieu des bois, non, le drame est bien plus près que ça, lorsque le père est incapable de prendre sa fille au moins une fois dans ses bras.

Neuf mois durant, le temps d’une grossesse, Silke et Ludivine vont renaître toutes deux au monde, main dans la main, en cultivant une parenthèse pudique et délicate, celle de l’amitié, terrain naturel où peut s’exprimer l’enfance réenchantée.

« N’est-il pas réconfortant de savoir que les quelques égarés qui nous veulent du bien existent pour de vrai ? »

Sans fioritures stylistiques ni sentences sinueuses, Michel Layaz nous conte à travers Sans Silke la rencontre de deux âmes errantes qui, d’un seul écho, donnent soudain de la voix pour repousser l’affreuse échéance de la réalité. Le romancier des larmes retenues subjugue de nouveau par son économie de mots, rendant grâce aux silences évidents qui parcourent ce texte bref et frémissant, sur un faux air d’En attendant Bojangles.

Sans Silke, de Michel Layaz
aux éditions Zoé, Paru en Janvier 2019

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