Chronique Musique

Silent Slowly And Madly Shine, l’album de malade de Psychotic Monks

Depuis combien de temps n’avions-nous pas, en France, écouté d’album psyché/garage pouvant tenir la dragée haute aux américains ou aux anglais ? Combien d’albums peuvent se targuer de mettre les mains dans le cambouis, de développer des atmosphères tendues, violentes, sèches dignes des meilleurs albums noise de ces dernières années ? En France, actuellement, pas grand monde ; ou alors ils ont tous calanché (Sloy, Deity Guns, Diabologum). Bien sur, dans la catégorie psyché/garage vous avez les sorties de chez Howlin Banana mais elles lorgnent plus vers les 60’s, le sunshine pop que vers le noise.

Alors, autant le clamer haut et fort, l’arrivée de Silent Slowly And Madly Shine, premier album de The Psychotic Monks, dans le paysage français est une excellente surprise. Commençons par le commencement : les Psychotic sont un quatuor parisien à l’histoire banale (frangins, connaissance, beuveries, discussions et hop formation d’un trio puis arrivée d’un quatrième gus un peu plus tard. La routine quoi). Le groupe sort un premier Ep (nommé IV parce que c’était le premier jet du quatuor), se fait remarquer par Alter-K (maison de disque de Mi And L’Au faut-il le rappeler), entre en studio, créé et enregistre un disque et paf, l’album est dans les bacs le 21 avril.

L‘histoire est somme toute banale sauf que le groupe, sur l’album en question, fait preuve d’une impressionnante maîtrise dans le bordel tout en vous collant certaines mélodies dans le crâne, de façon quasi indélébile, avec une irrépressible envie de sauter partout en secouant la tête. Vous vous dites, ouais ça, c’est déjà entendu ailleurs, ça va bien cinq minutes. Effectivement mais pas là où vous l’attendiez. La description peut rappeler des groupes comme Nirvana, Pixies ou plus proche de nous Bloc Party/Franz Ferdinand mais comme je l’ai dit en intro, les parisiens évoluent dans une catégorie psyché/garage à tendance crasseuse et violente. Ça bave de partout, crade au possible, presque aussi dégueulasse que le Jesus And Mary Chain de Psychocandy, ou noise et dissonant que le Sonic Youth de la première heure mais c’est aussi assez ambitieux, évoquant par moment le Floyd de Wish You Were Here (la seconde partie de Sink) et bourré de mélodies, d’atmosphères au psychédélisme diffus (notamment sur les instrumentaux/intermèdes).

Après, avec leur psyché/noise/garage, les Psychotic Monks ne révolutionnent rien. Les recettes sont connues et éprouvées depuis longtemps, couvrant un spectre relativement large, allant de Ty Segall aux Spacemen 3 en passant par le premier Vision Fortune voire même Ry Cooder, mais leur savoir-faire est assez impressionnant. Pour cela, il suffit d’écouter Bad & The City Solution, vague noise, intense, à la limite de l’indus, d’une efficacité redoutable qui vous prend dans ses rouleaux et vous laisse sur le sable exsangue après six minutes de traitement intensif. Idem pour It’s Gone, chanson qui vous happe, retourne tripes et boyaux en vous donnant l’envie de faire des sauts de cabris absolument partout. Tiens, en parlant de bonds, une des qualités des parisiens est cette capacité à rebondir ou, si vous préférez une métaphore animalière à la Besson, à retomber sur leurs pattes, tel des chats agiles, à chaque fois qu’ils tombent dans une certaine facilité (le garage Wanna Be Damned, très efficace mais un peu vain) ou qu’ils se vautrent un peu (When I Feel, pause qui permet de souffler mais dont la montée est plus que prévisible et un peu longue). En effet, après chaque petite faiblesse, tel des Houdini, ils sortent de leur manche des morceaux hallucinants : Sink après Wanna Be Damned, Bad & The City Solution après When I Feel.

Pour autant, Silent Slowly And Madly Shine n’est pas un disque bâti sur un ou deux morceaux, il est un tout, doté de faiblesses, de pas mal de coup d’éclats mais pensé comme une unité avec une intro, des intermèdes (parfois à la limite de l’ambient-Part 3 Transforming– ou même de la B.O façon Ry Cooder Part 4 Thos Twisted Things ), des moments de répit et des coups de massue, d’une étonnante noirceur électrisante. Mais surtout c’est d’une sincérité non feinte, sans pose, ni roublardise (n’est pas Ty Segall qui veut), les parisiens mettent leurs tripes sur la table, font tout à l’instinct, quitte à se planter parfois. Du coup, ça ferraille sec, ça électrise illico, ça scotche régulièrement (le très beau Walk By The Wild Lands évoquant l’un des plus beaux morceaux de Grandaddy, He’s Simple …), c’est teigneux au possible et plus encore qu’autre chose, ça vous addicte dès la première écoute.

Bref, non seulement Silent Slowly And Madly Shine est une des plus belles surprises françaises de ce premier semestre 2017 mais au vue du résultat sur disque, on peut légitimement se dire que sur scène, la baffe doit être monumentale. Alors si vous avez trois kilos à perdre, des litres de sueurs à évacuer et qu’ils passent près de chez vous, n’hésitez pas à joindre l’utile à l’agréable (et n’oubliez pas vos boules quies, on ne sait jamais).

Sorti en cd le 21 avril chez Alter-K ainsi que chez tous les disquaires garagistes de France et de Navarre.

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