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Sinéad & Tori 2014, deux oubliées surnagent

Écrit par Vznt Inc.

Unrepentent-Bossy

 

Souvenez-vous, au début des années 90, vous ne pouviez pas passer à côté de ces deux artistes. L’une faisait pleurer dans les chaumières en chantant ses déboires amoureux écrits par Prince (Nothing Compares 2U). L’autre se demandait pourquoi nous nous crucifiions (Crucify).

Après ces succès, les carrières des deux chanteuses ont connu une lente descente vers l’oubli, si ce n’est les frasques et difficultés personnelles. Néanmoins, les deux dames n’ont jamais arrêté de produire des albums. Avec des projets plus ou moins heureux dans la réussite artistique.

Après des incursions dans des sonorités plus électro ou industrielles, Tori Amos reviendra creuser le sillon sonore de ses premiers albums dans des albums longs comme le bras, où elle aura fait preuve de peu de discernement dans le choix des chansons. Le cas classique de l’auteur qui écrit trois chansons au lever, juste avant le petit déjeuner. J’appelle ça le syndrome Prince. Billy Corgan des Smashing Pumpkins en souffre aussi. Quelques projets sortiront néanmoins du dit sillon. Un album de reprises. Un album de ré-instrumentation de ses chansons avec un orchestre philharmonique. Des ré-interprétations d’oeuvres classiques sous forme de chansons « pop ». Un album de Noël et…. une comédie musicale. Des projets plus ou moins appréciés par la critique. Tori Amos peut néanmoins  compter sur une solide fan-base américaine.

Pour Sinéad, les albums se suivent et ne se ressemblent pas. Un album de reprises de standards jazz (il faut l’entendre chanter « i wanna be loved by you, pou pou pi doo »), des chants celtiques sur fonds électro, un album de reggae, des foultitudes de collaborations plus ou moins prestigieuses (Massive Attack, Peter Gabriel, Moby, U2, parmi tant d’autres), mais aussi des incursions dans le mainstream et pas mal de guitare-voix. Ennui et indifférence ou intérêt et passion, le coeur peut balancer. On peut trouver à boire et à manger dans chaque projet.

En 2014 elles étaient donc de retour. Tori Amos avec Unrepentant Geraldines. Sinéad O’Connor avec I’m Not Bossy, I’m The Boss. Pour les Géraldines non repenties, il s’agit d’un nouveau retour aux sources, de sonorités amossiennes classiques, avec un album comprenant 15 morceaux et qui dure à peine plus d’une heure. Ramassé et solide, le disque où le piano reste omniprésent dans ces compositions, contient quelques perles imparables. On retiendra notamment le superbe chant d’amour mère-fille Promise, et le chant d’émancipation face à tout crédo qu’est la chanson-titre de l’album, qui dans un air exaltant déclame :

« I’m gonna free myself from your opinion
I’m gonna heal myself from your religion
I’m gonna free myself from your aggression
I’m gonna heal myself from your religion »

 

 

Pour Sinéad O’Connor, il s’agira du deuxième effort vers des sons plus mainstream, après le très réussi How About I Be Me (And You Be You) ? qui reprenait des sonorités proches de ses premiers albums, avec la désormais progression classique de débuts doux et de conclusions rageuses dans ses titres. Le titre du nouvel album est un hommage à une campagne féministe défendant les femmes de pouvoir, accusés d’autoritarisme lorsqu’elles ne font qu’acte d’autorité. Si la première chanson de I’m Not Bossy… reprend le titre du disque précédent, la filiation en reste là. Fait amusant à noter : cette chanson avait déjà été éditée avant le précédent album, en version… reggae. Ici, l’instrumentation est classique (guitares basse batterie), blues, selon certains. Et ne variera pas sur tout l’album, où le chant sera constitué d’une superposition de voix dans de harmonies invariées. Certaines compositions, comme Harbour, expriment toujours la rage. Et dans Take Me To Church, la chanteuse s’affranchit des religions :

« Oh, take me to church
I’ve done so many bad things it hurts
Yeah, take me to church
But not the ones that hurt
‘Cause that ain’t the truth
And that’s not what it’s for »

 

Le point commun entre ces deux personnalités hors du commun restera la liberté artistique, mais aussi la rébellion face à la religion. Elles font pourtant l’objet d’un certain culte de la part de leurs suiveurs. Si leurs oeuvres avancent dans l’indifférence du grand public, elles méritent qu’on y jette une oreille, ne serait-ce que pour y déceler les bijoux dont elles sont parsemées…

à lire aussi sur Addict : Il y a 20 ans, Sinéad O’Connor sortait le magnifique Universal Mother.

 

 

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