Chronique Musique Musique

Hexadic, ou comment rajouter un peu de vitriol dans sa musique selon Six Organs Of Admittance.

Ecrit par Jism

Six Organs 1

D’emblée, mettons les choses au clair :  Six Organs Of Admittance, c’est Ben Chasny.  Auteur depuis 1997  de 31 disques (albums + compiles + Eps), il s’apprête à sortir ces jours-ci, avec Hexadic, son 19ème album si on compte bien. Pour ceux qui n’ont pas connaissance de son parcours, le chemin effectué par Chasny est assez unique. Parti d’un folk spectral, flirtant avec le primitivisme d’un John Fahey, auquel s’ajoutaient quelques drones, il n’a eu cesse de faire évoluer sa musique au gré de ses humeurs et de ses rencontres. Sa dernière livraison, Ascent, sortie il y a deux ans, le voyait produire le meilleur album de Neil Young depuis Ragged Glory. Ce 17 février sort donc Hexadic , son disque le plus radical jusque là.

Pour l’expliquer, ce petit farceur qu’est Ben Chasny  invoque le fait d’avoir voulu faire un disque de Rock.  Bon, mon petit Ben, t’es sympa, mais Ascent, c’était quoi ? un disque de néofreemusette ??? de polka sous acides ???  de variété Moldave  ???  Pour tout vous dire, après écoute d’Hexadic, on serait presque tenté de répondre par l’affirmative aux questions posées.  Parce qu’il faut tout de même vous prévenir : celui qui osera y mettre le bout de l’ongle de la phalange du troisième métatarse risque de le retrouver bouffé à l’acide tant sa vision du rock est cauchemardesque et plutôt âpre.

SixOrgansOfAdmittance_04

Hexadic, on y entre en se prenant d’abord les pieds dans le tapis : sur The Ram,  les rythmes se cherchent, un coup j’avance l’autre je trébuche, la basse occupe tout l’espace et la guitare semble s’échapper d’un western de Leone. En fait, The Ram, c’est Earth qui a enfin réussi à se paumer dans les grands espaces. Déroutant pour une intro, mais pas autant que la suite. Pour faire simple, les amateurs de Dark Noontide auront juste l’impression d’avaler cul-sec une fiole de vitriol, les autres, les non sachants,  d’avoir en sus les conduits auditifs débouchés à l’émeri. Car la vision du Rock que propose Chasny est plutôt radicale, se résumant à un axe variant entre deux extrêmes : la scène Harsh Noise japonaise et le Sister Ray du Velvet avec quelques déviances du côté du Doom et de l’Ambient. Ce qui donne,en résumé : des mélodies noyées sous le fracas, un chant indistinct, sans ligne mélodique, du bruit blanc façon Jesus & Mary Chain (Maximum Hexadic), du FreeDoom bruitiste (Wax Chance) avançant par moment au ralenti. Il y a bien des pauses, voire des vestiges du passé (le claudicant Hesitant Grand Light, comme échappé de Compathia) mais elles restent sous haute tension, inquiètes (il suffit d’écouter l’enchaînement saisissant entre le Slow Doomeux Fututre Verbs et l’Ambient malsaine de Vestige, grands moments flippés d’Hexadic) car malmenées en permanence par une radicalité sans concessions. Seul Guild, ultime morceau, joue la carte de l’apaisement sur les dernières minutes avec un harmonica et un piano très Neil Youngien, fermant quelque part la boucle entamée par Ascent, le plus Crazy Horse des albums de Chasny.

SixOrgansOfAdmittance_02

Comme il l’explique lui-même dans les notes accompagnant la création du disque sur les sites officiels, pour Hexadic  (enregistré avec deux bassistes et un batteur), Chasny admet avoir changé sa façon de composer sa musique, en utilisant un « système ouvert », inventé par ses propres soins et donnant son nom au disque.  Système dont la compréhension reste nébuleuse mais pour lequel le résultat, lui, est on ne peut plus clair : Rock or die. Mais dans le sens originel du terme : le Rock proposé ici se doit d’être inconfortable, dérangeant, âpre, limite inaudible, de carburer au vitriol, avec des mélodies taillées dans le papier de verre mais surtout à fond de cale et si possible à l’aveugle dans le chaos. Cahier des charges hautement atteint pour un album qui divisera probablement bon nombre de fans déroutés par la radicalité de la chose mais pour lequel il serait vraiment dommage de passer à côté. Ok, c’est violent, assez extrême (entre Ambient et  Doom/Noise, sans juste milieu pour temporiser) mais l’album se dompte au fur et à mesure des écoutes et se révèle à chaque fois plus passionnant. Suffit juste de passer outre les premières impressions et persévérer jusqu’à ce que les conduits auditifs coagulent. Là, après, je peux vous l’assurer, ce ne sera que du bonheur.

Drag CitySite Officiel

Sortie le 17 février chez tous les dealers de musique  habituels et, exceptionnellement chez tous les ORL de France et de Navarre, un disque acheté = une consultation gratuite.

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   

Ajouter un commentaire