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Soft Hair, les beaux bizarres – Interview

Écrit par David Jegou

Ils en parlaient respectivement depuis plusieurs années, l’album de la rencontre au sommet de Connan Mockasin et de Sam Dust (Late Of The Pier, LA Priest) va enfin sortir. Le projet, baptisé Soft Hair est à la hauteur de cette longue attente. Croisement parfait de leurs deux univers, le disque ne ressemble à rien de ce que vous avez pu entendre jusque là.

Rencontre sous prozac (le temps de réponse et le débit de parole étant extrêmement lent) pour percer le mystère de ces deux têtes chercheuses à la tension inversement proportionnelle à leur originalité.

 

Connan, tu as assuré la première partie de Late Of The Pier à tes débuts. Est-ce par ce biais que vous avez fait connaissance ?

Connan Mockasin : Nous nous sommes rencontrés en 2007, et Sam m’a embarqué en tournée avec Late Of The Pier en 2008. Late Of The Pier tournait en bus contrairement à moi qui n’en était qu’au stade de mini van. Ce changement de mode de transport m’a donné l’impression d’être une rock star. C’est dans ce bus que nous avons évoqué la possibilité de travailler ensemble sur un projet commun. Ce que nous avons fait presque immédiatement. L’album est achevé depuis 2011, mais il ne sort qu’aujourd’hui pour diverses raisons. Il a beau être vieux, nous en sommes toujours fiers.

Sam Dust : C’est un vieux disque qui n’en est pas un puisqu’il ne sort que maintenant. Nous annoncions sa sortie dans nos interviews depuis plusieurs années. Les gens vont être confus.

Justement, Sam, lors d’une interview que j’ai réalisée avec toi l’année dernière, tu m’avais dit que l’album de Soft Air avait été enregistré sur une plage avec le logiciel Cool Edit 2.0. J’imagine que c’est bien plus compliqué que ça !

Sam : Non, c’est tout à fait vrai. En fait c’était plutôt sur des falaises car il fallait marcher trop longtemps pour arriver à la plage. Cool Edit a eu une part importante dans la réalisation de ce disque. C’est un logiciel génial mais qui a pas mal de limites. Par exemple, il est impossible de créer des loops. En gros tout est compliqué avec ce programme.

Connan : C’est pour ça qu’on s’en est servi comme un magnétophone. Sam et moi passons notre vie à enregistrer. Comme nous nous retrouvions aux quatre coins du monde pour travailler ensemble, nous avons utilisé les moyens du bord. Nous travaillions parfois en bord de mer, parfois dans des chambres d’hôtel.

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On entend même un sample de vagues sur “Lying Has To Stop”.

Connan : Oui, c’est enregistré chez moi, à la plage de Te Wonga en Australie.

Sam : Les gens doivent confondre avec Tijuana.

Connan : Oui, ça arrive souvent, les gens me prennent pour un mexicain et pas un australien (rire).

Vous avez en partie composé l’album pendant la tournée de Caramel, le deuxième album de Connan à laquelle Sam a participé en tant que musicien. Sam, tu travaillais certainement sur “Inji” à l’époque. Pour moi, l’album de Soft Hair correspond vraiment à une fusion parfaite de vos deux univers à cette époque (les guitares distordues avec de la reverb, des sons de synthés trafiqués etc). Etes-vous d’accord avec moi ou bien pensez-vous avoir créé quelque chose de différent ?

Connan : (s’adressant à Sam, ayant l’air tout content) Hé, tu vois !

Sam : On a entendu tous les sons de cloches concernant ce disque.

Connan : Je suis super content que tu dises ça car, pour moi, il n’y a aucune autre façon de le décrire. J’y retrouve nos sons respectifs. Je suis certain que si nous n’avions commencé à travailler sur l’album que maintenant, il aurait sonné pareil.

Sam : Tu as raison, mais je pense que les avis divergents viennent de personnes plus familières avec l’un de nos deux univers.

Connan : J’y entends même un peu de Late Of The Pier.

Sam : C’est parce que j’étais encore dans le groupe à l’époque. Mais mon style a changé depuis. Si nous avons l’occasion de tourner pour la promotion du disque, nous reprendrons probablement quelques titres de Late Of The Pier en live.

Connan : Tout dépendra de la réaction des gens à l’album. Si personne ne l’aime, il n’y aura pas de tournée.

Sam : Disons que ce que nous avons en tête pour des concerts est un peu démesuré par rapport à l’échelle des ventes que nous risquons de réaliser.

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Vous jouiez “Relax Lizard” ensemble sur scène lors de cette tournée de Connan. Est-ce ce titre qui a lancé l’idée d’enregistrer un album ?

Connan : Seulement quelques éléments car la chanson n’était pas encore terminée. Nous l’avons fait évoluer sur scène.

Sam : C’est le premier titre que nous avons achevé et qui a donc donné la tonalité générale du disque. Nous nous cherchions un peu avant “Relax Lizard”.

Connan : Mon grand frère trouvait que ce titre lui rappelait le Cantina Band dans Star Wars (il se met à chanter). Nous savions alors que nous tenions quelque chose de spécial.

Sam : Il n’était pas ironique, c’était une remarque flatteuse. Tu sais c’est le groupe où ils ont tous des têtes qui ressemblent à des postérieurs.

“Relax Lizard” sonne pourtant très funk-soul 90’s. Est-ce une des influences de ce titre ?

Connan : Je ne sais pas, je n’écoute pas du tout ce style de musique.

Sam : Probablement, oui. Car la même personne qui a comparé ce titre au Cantina Band, m’a aussi fait écouter des titres des années 90 qui n’étaient pas si éloignés de certains éléments de “Relax Lizard”. Mais il lui a également trouvé un côté ESG qui résume plutôt bien l’esprit “disco garage” que j’avais en tête. Mais je suis content que les gens aient l’impression de trouver des influences qui me sont inconnues, ça apporte un côté mystérieux qui n’est pas pour me déplaire.

Connan : C’est incroyable, personne ne voit la même chose dans nos chansons.

Sam : Je me souviens que Connan m’avait dit adorer la house music un peu cheap (ils se mettent tous les deux à chanter des rythmes de house), et j’ai essayé de reproduire un peu ça avec “Relax Lizard”.

Connan : C’est parce que quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, j’ai acheté beaucoup de vinyles de House car ils ne coûtaient que cinquante centimes dans les bacs d’occasions.

L’album sonne très détendu, à part “I.V.” et “L.I.V.”  qui sonnent mélancoliques et un peu à part. Pourquoi avoir inclus deux titres qui viennent rompre l’ambiance générale ?

Sam : C’est intéressant que tu dises ça.

Connan : Ces deux titres sont issus d’une période de six semaines pendant laquelle j’étais extrêmement malade. Nous étions en tournée en Angleterre. C’était donc compliqué pour moi de voir mon médecin. J’ai fait de la recherche sur internet pour tenter de comprendre ce que j’avais au regard de mes symptômes. Je n’ai trouvé que le VIH.

Sam : C’était la dernière des choses à faire car il n’y a rien de pire que les auto diagnostics.

Connan : J’étais au plus bas, hyper stressé.

Sam : Nous avons essayé de capturer ces instants en musique. Le manque d’espoir se ressent dans ces deux titres. Nous avons découvert par la suite que tout allait bien.

Connan : Nous avons juste réalisé un disque que nous aimerions écouter. Il n’y avait pas de réelle direction pour séduire un type d’auditeurs. Ces deux titres ont toute leur place sur l’album.

Sam : Ils apportent une touche versatile.

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“I.V.” est proche du son de groupes qui expérimentaient avec les synthés à la fin des 70’s début 80’s. Sam, comme à ton habitude, as-tu utilisé des instruments que tu as créés toi même ?

Sam : Non, je n’avais pas commencé à le faire à l’époque. C’est plutôt le son d’un synthé en fin de vie que j’utilisais à l’époque de Late Of The Piers qu’on entend. J’ai failli le mettre à la poubelle tellement il était en mauvais état. C’est un modèle avec lequel tu peux utiliser des baguettes de batterie. C’est moi qui l’ai utilisé car Connan, même s’il joue très bien du synthé, préfère de manière générale en rester éloigné.

Connan : Je perds patience au bout de cinq minutes dès qu’il faut bidouiller des sons. Et comme nous étions complètement fauchés, nous avons dû jouer avec le peu  d’instruments que nous avions sous la main. Ils étaient souvent en mauvais état, mais ça avait du bon de ne pas avoir trop de choix.

Sam : Nous les avons tous poussés jusqu’à leur limite.

J’adore votre façon de sortir des sentiers battus tout en produisant une musique très pop et accessible. Que pensez-vous de ceux qui pourraient reprocher à votre album d’être trop étrange ?

Connan : Une fois de plus tu as compris ce que nous voulions créer. Tu as l’impression que la moindre excentricité est jugée comme étrange par les gens.

Sam : Tout est tellement recyclé de nos jours que les gens ont tendance à oublier ce qui est vraiment étrange. On a accès à tout si facilement de nos jours que l’on a tendance à ne plus s’engouffrer dans des brèches inédites pour s’exprimer. Les gens trouvent qu’un gamin avec les cheveux peroxydés et un costume à paillettes dans une émission comme X-Factor est étrange alors que c’est du déjà vu.

Connan : C’est juste de la musique. Et je suis content que tu la considères comme de la pop. Ce n’est qu’un album. Il n’y a pas matière à analyser à outrance.

Sam : Peut-être que dans quelques années, quand il y aura plus de comparaisons possibles avec nos albums, les gens arrêteront de tenir ce genre de propos.

D’ailleurs “Lying has To Stop” le premier single de l’album est illustré par une vidéo des plus originales. Les gens vont encore vous prendre pour des gars un peu étranges. Vous avez dû avoir du mal à garder votre sérieux pendant le tournage !

Connan : Oui, nous ne nous étions pas vus depuis des années, et nous avons un peu arrosé ça. Nous logions chez un ami et on lui a demandé s’il ne voulait pas que l’on tourne la vidéo ensemble.

Sam : La vidéo est un peu parodique. On passait le titre le plus fort possible pendant le tournage. Les voisins sont même venus se plaindre. Nous nous sommes imprégnés du titre et avons laissé sortir naturellement ce qu’il nous inspirait comme images. Sans aucune provocation.

Connan : Nous avons laissé la musique nous faire planer.

J’adore la ligne “I’d like to watch you run but i’ll never touch your bum” (j’aimerais te voir partir, mais je ne pourrais plus jamais toucher tes fesses) sur ce single qui parle d’une relation compliquée. Elle m’a fait mourir de rire.

Sam : Connan, je te laisse expliquer, ce sont tes paroles (rire).

Connan : (Gêné) C’est juste sorti comme ça. Il faut m’imaginer courir après quelqu’un avec mes bras tendus vers son postérieur (rire).

“Alive Without Medicine” est mon titre préféré de l’album, avec sa longue intro et ses paroles minimalistes et étranges. Sa structure est plutôt inhabituelle.

Sam : C’est la dernière chanson qui a été composée pour l’album, à un moment où nous étions bien plus confiants et détendus vis à vis de nos capacités à créer ensemble. “Alive Without Medicine” est arrivée comme un bonus car nous pensions que l’album était déjà terminé. Nous séjournions chez un ami à Londres et chacun a commencé à composer de son côté. Nous nous sommes retrouvés avec deux idées différentes. Connan m’a rejoint dans une pièce où je jouais du synthé. Il a enfreint sa règle et m’a accompagné sur un autre synthé. Ce sur quoi nous avions travaillé séparément était exactement sur le même tempo, avec des accords identiques. Nous n’avons pas changé grand chose, juste réalisé une sorte de collage.

Connan : Oui ça s’est fait très facilement. Comme le reste de l’album.

Crédit photo : Erwan Fichou

Merci à Jennifer Gunther

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3 Commentaires

  • Bonjour,

    C’est dommage on ne sait pas pourquoi ils ont remit une chanson qui était déja dans  »Inji » de L.A Priest mais peut etre que tu leur a demandé ca me parait étrange et je voulais savoir !

    Merci d’une réponse.

      • Bonjour,
        En grand fan de LA Priest, la question était sur ma liste.
        Le débit de réponse des deux Soft Hair étant très lent, je n’ai pas eu le temps de la poser.
        Gooood Signs (les titres sont écrits différemment sur les deux albums)ayant été composé bien avant que LA Priest ne se mette au travail sur Inji, on pourrait penser que Sam Dust trouvait que le morceau correspondait bien à l’atmosphère de son travail solo.
        Bonne journée
        David

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