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The Black Angels : « Nous explorons les recoins les plus sombres de nos pensées » – Interview

Photo : Alain Bibal
Photo : Alain Bibal
Écrit par David Jegou

Les Black Angels signent avec Death Song, leur album le moins psychédélique et le plus varié à ce jour. Les fans de la première heure, déçus par leur production plus récente semblent pourtant s’y retrouver. A quelques jours de leur concert à la Cigale, nous avons demandé à leur leader, Alex Mass de nous parler de cette évolution. Il revient sur 11 années de carrière, nous parle des frustrations sans lesquelles les Blacks Angels n’existeraient pas, mais aussi de sa passion pour Oasis.

Quatre années se sont écoulées depuis la sortie d’Indigo Meadow en 2013. Aviez-vous besoin de faire un break, ou bien vos projets parallèles vous ont-ils demandé trop de temps ?

Nous avons travaillé sur des chansons après la sortie d’Indigo Meadow. L’album aurait pu être enregistré plus tôt, mais nous n’avions pas de maison de disque. Trouver le bon label nous a pris du temps. Nous ne sommes pas restés inactifs pour autant. Le groupe a sorti deux singles et un EP de sept titres dans l’intervalle. Tous avec des titres inédits. Si tu ajoutes les tournées, les Black Angels nous ont occupé la majorité de ces trois années. Plus que nos projets parallèles.

Est-ce important pour toi d’avoir d’autres projets en dehors des Black Angels ?

Je trouve ça plutôt sain. Rencontrer d’autres personnes, jouer d’autres styles de musique. J’ai monté un festival (Levitation, plutôt ancré sur la musique psychédélique ndlr), certains membres travaillent sur des films ou des documentaires. C’est un moyen de tout remettre en perspective.

Photo : Alain Bibal

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Quelles idées aviez-vous en tête au moment de commencer à travailler sur ce nouvel album ? Etes-vous resté fidèles à ce que vous vouliez ?

Ça va te paraître stupide, mais nous voulions juste sortir un bon album. Nous ne nous mettons jamais la pression. Comme presque tout le monde, nous portons une grande attention aux palettes sonores et au thème des paroles. Les années passant une mission s’est imposée à nous. Un album de Black Angels doit refléter notre perception du monde contemporain. La période récente a été chaotique et malsaine. Le thème de l’album évolue autour de ça. On ne se bat pas contre le pouvoir, on le bouscule. On incite les gens à trouver des solutions.

En effet, tes paroles ne sont pas des plus optimistes. As-tu besoin de te plonger dans les recoins les plus sombres de ta pensée pour trouver l’inspiration ?

Oui, c’est cathartique. Mais je ne suis pas le seul. Cette incompréhension et cette révolte liées à la situation sociale ou politique sont les raisons pour lesquelles chaque membre des Black Angels fait partie du groupe. Nous ne sommes pas aussi négatifs dans la vie de tous les jours que nos paroles ou notre musique laisse transparaître. Au moment de nous mettre au travail, nos frustrations ressortent naturellement. Tu parles des recoins les plus sombres de la pensées. Nous nous y rendons tous quand nous composons ensemble. Nos chansons sont une opportunité d’essayer de comprendre ce qui se passe autour de nous.

Photo : Alain Bibal

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Est-ce parce que les sujets abordés sont lourds que tu rédiges toujours tes paroles en dernier ?

Partiellement. La majorité des chansons a été composée en 2014. Ça m’a laissé du temps. Nous attendons que la musique que nous créons dégage un pouvoir suffisant pour que les paroles s’imposent d’elles mêmes. Nous avons toujours fonctionné de la sorte.

Répétez-vous beaucoup avant d’entrer en studio ?

La majorité des chansons est composée avant d’entrer en studio. Pour une fois, nous avons eu le temps de prendre du recul. Lors de l’enregistrement, les chansons évoluent peu. On travaille surtout sur le son.

Photo : Alain Bibal

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L’album dégage surtout une impression d’immédiateté. Il donne l’impression d’un groupe soudé qui joue live plus que celui d’un groupe à la recherche de sons inédits. C’est ce qui fait son charme.

Nous avons toujours les concerts en tête quand nous composons. On anticipe même le nombre de musiciens qu’il faudra pour jouer chaque titre. On ne saute pas les étapes pour autant. Le but est de créer les meilleures chansons possibles, de faire le tri, puis de travailler la sélection restante dans les conditions du live.

On ressent une plus grande liberté d’écriture pour cet album, comme si vous aviez cherché à casser les règles. Es-tu d’accord ?

Oui nous essayons toujours de garder notre ADN tout en cassant les règles. Ce nouvel album démontre que nous ne sommes pas dans notre zone de confort. Le son a évolué. Pourtant au fond de moi j’ai l’impression que certains titres auraient leur place sur nos anciens disques. Il y a des chansons pour les fans de chaque album. Étrangement, lorsque nous composons, nous écartons les chansons qui ne sonnent pas trop comme les Black Angels.

Photo : Alain Bibal

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Le résultat donne peut être votre disque avec le son plus riche. Mais aussi le plus efficace dans le sens où dès la première écoute, les titres sont immédiatement ancrés dans votre tête.

J’ai envie de te dire que je suis d’accord même si je suis la personne la moins bien placée pour te le dire. Ça aurait du sens car c’est notre cinquième album et que nous jouons ensemble depuis 11 ans. C’est un disque dense et varié.

Même si les deux groupes n’ont rien à voir, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la manière très brute et très direct qu’Oasis avait d’aborder le son. Quelque chose de très lourd et direct à la fois. Un rock qui petit à petit s’est teinté de psychédélisme. On a l’impression que vous parcourez le chemin inverse.

Tu as raison. C’est album est le moins psychédélique des Black Angels. On retrouve des ingrédients de ce qui définit le groupe, dans les textes ou dans le son. Nous ne produisons plus de chansons ouvertement ancrées dans les 60’s. Nous sommes entrés dans une phase plus moderne. Je trouve fascinant qu’Oasis ait réussi à toucher autant de monde avec un tel son. Sur papier, Columbia n’est pas le type de chanson que des millions de gens vont écouter et adorer. Il y a clairement des moments sur Death Song qui peuvent faire penser à Oasis dans l’approche. Si ce n’est pas délibéré de notre part, ça a du sens lorsque l’on fait le rapprochement avec leurs albums.

Photo : Alain Bibal

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Avant de finalement porter votre choix sur Phil Ek à la production, vous avez eu du mal à trouver quelqu’un pour travailler avec vous sur cet album. Pourquoi ?

Death Song s’annonçait comme un disque important. Nous avons pensé que certains titres pourraient bénéficier de l’apport d’un producteur. Il fallait faire un tri sur une grande quantité de maquettes. Bénéficier d’une oreille extérieure est rapidement devenu indispensable car nous avions perdu notre perspective. Trouver quelqu’un avec qui nous étions sur la même longueur d’onde n’a pas été aisé. Nous devions travailler avec Pablo Clement et James Griffiths d’Unkle. Ça ne s’est pas fait à la dernière minute. Nous nous sommes repliés sur Phil Ek. Il nous avait été vivement recommandé par notre entourage. En plus d’être patient, il a une oreille incroyable. Il est très fort pour créer un son énorme et ample.

Crédit photo : Alain Bibal

Merci à Florian Alcantra

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