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The Chills : l’argent fera votre bonheur

Ecrit par Jism

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Avant d’entamer cette chronique, je souhaiterais faire un petit rappel pour ceux atteints d’un alzheimer précoce ou qui n’étaient pas nés lors de l’avènement des Chills, au siècle dernier. Pour commencer et situer le niveau de la chose, je dirai simplement que les Chills est un groupe pop Néo-Zélandais. Si vous êtes un peu curieux ou que vous avez quelques connaissances musicales, vous aurez vite fait d’associer Nouvelle-Zélande, pop, siècle dernier et excellence. Si en sus j’ajoute Flying Nuns, légendaire label et réservoir de ce qui se fait de meilleur en pop dans les 80’s et 90’s, vous comprendrez très vite que l’affaire prend une tournure sérieuse et qu’on parle, ici, du haut du panier en matière de pop.

Fermons cette parenthèse et revenons à nos kiwis, à savoir les Chills. The Chills, c’est essentiellement Martin Phillipps. Le garçon a formé son groupe il y a 35 ans (en 1980 donc), a sorti son premier album (Brave Words) en 1987, connu la consécration en 1990 lors du second (Submarine Bells) avec le « tube » de poche Heavenly Pop Hit et le chant du cygne en 1992 avec le sombre et magnifique Soft Bomb (et son sublime Water Wolves). Fin des Chills en 1992 donc. Certaines personnes, un tantinet tatillonnes, mettront à mal cette vision des choses en rétorquant que Phillipps a sorti en 1996, avec Sunburnt, un album des Chills. Pas tout à fait pourtant car c’était avant tout un album de Martin Phillipps accompagné des Chills.

Toujours est-il que jusqu’à 2013, les Chills restent en sommeil, ne donnant aucune nouvelle (malgré le Ep, ironiquement titré, Stand By de 2004). De là à se dire que les Chills sont un autre groupe de pop précieuse perdu pour la cause musicale (n’est-ce pas The Moles?), il n’y a qu’un pas que tout un chacun pourrait franchir. Pourtant, grâce à Fire Records, les Chills reviennent au premier plan. D’abord en sortant un single, Molten Gold, en 2013 ; puis un album live, Somewhere Beautiful et enfin une compilation des BBC Sessions en 2014. Tout ça préparant bien entendu le terrain au nouvel album Silver Bullets, à sortir ces jours-ci.

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Donc retour au bercail via Fire pour Phillipps et comment vous dire ? L’album serait sorti en 1993, qu’on n’y aurait vu que du feu. Qu’on se comprenne : cette même remarque, pour My Bloody Valentine, comporterait un arrière-goût amer, une forte pointe de déception, sous-tendant : tout ça pour ça ? Ici au contraire, rien n’a changé, pour le meilleur. On retrouve un Martin Phillipps identique à lui-même, au top de sa forme. Et ce dès Warm Waveform. Il y a dans ce titre et dans les suivants, toute l’essence de The Chills : cette façon d’écrire des tubes pop de très haut niveau (Silver Bulllets), avec un certain sens du raffinement voire une noblesse et surtout un talent qui ne s’est en aucun cas délité au fil des années. C’est simple, sur Silver Bullets, on retrouve la maison telle qu’on l’a quittée. Rien ou si peu a changé : la seule variable c’est que le groupe délaisse la noire ambition de Soft Bomb pour revenir à une certaine simplicité, si ce n’est luminosité et en profite également pour resserrer le propos (l’album est plus concis, moins délayé). Bref, on navigue ici entre Sunburnt et Submarine Bells.

Et, avouons-le, il y a par ailleurs quelque chose de rassurant, de chaleureux à l’idée de retrouver les obsessions de Phillipps pour les fonds marins, ces petits apartés d’une cinquantaine de secondes, de savoir qu’on retrouvera cette qualité constante en matière de pop/rock et réciproquement; même si, curieusement, et contrairement aux autres albums, on ne trouve pas vraiment de sommets (Sur Silver Bullets, il n’y a pas vraiment d’équivalents à Submarine Bells ou encore Water Wolves). Néanmoins, si on ne trouve pas vraiment de sommets, on est tout de même soufflé par la beauté, la pertinence des arrangements (Tomboy, ses cordes, ses chœurs et au final sa douce mélancolie), devant ces chansons avançant par fois sur un fil, au bord du précipice, et capable de retomber sur leurs pattes (Pyramid Moon est de cette trempe : elle s’égare dans les abysses les 2/3 de la chanson -why do we climb when it’s a wasting of time ?- puis finit par retrouver la lumière). Pour tout dire, on ne trouve pas de sommets sur Silver Bullets pour la simple raison qu’à part Father Time, instrumental un peu grandiloquent, il n’y a aucun morceau faible.

A la première écoute, on peut très bien se dire que Warm Waveform, Underwater Wasteland, Pyramid Moon, I Can’t Help You ou Tomboy pourraient faire office de sommet. A la seconde, on ajoute deux morceaux puis à la troisième on rend les armes, finissant par adhérer complètement à Silver Bullets. Les suivantes, comme souvent chez les grands disques, sont alors consacrées à chercher les détails qui nous auraient échappés et voir si l’album résiste à l’usure des écoutes. Rassurez-vous, après plus d’une vingtaine d’écoutes, l’album conserve toujours une fraîcheur et une élégance qui lui permettront de truster d’ici un mois ou deux les premières places des tops de fin d’année. Reste donc plus qu’à espérer que ce retour au sommet permette aux Chills de trouver enfin la consécration méritée et non l’anonymat dans lequel ils étaient confinés au moment de leur « gloire ». C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à Martin Phillipps

Sortie le 30 octobre chez Fire Records ainsi que chez tous les disquaires sous anticholinestérasiques de France.

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Bandcamp

 

 

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