Chronique Musique

The Magnetic Fields, la vie en chansons

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]L[/mks_dropcap]a générosité faite homme : alors que d’aucun ne s’imagine passer le demi-siècle qu’une Rolex au poignet, Stephin Merritt, Monsieur The Magnetic Fields inverse le principe du cadeau et  fête ses 50 ans en nous offrant 2h30 de musique et 50 chansons, une par an, afin d’illustrer sa vie et célébrer dignement son anniversaire.

Avec 50 Song Memoir, pas besoin de savoir l’heure, le temps s’arrête et nous fait un arrêt sur image, balayant les souvenirs d’un artiste singulier et immensément talentueux.

Un tel concept n’est pas nouveau, venant de la part de The Magnetic Fields. Personne n’a en effet oublié que le groupe new-yorkais a déjà fait plus encore à la fin du vingtième siècle avec le plantureux et insurpassable 69 Love Songs. Il va de soi que 50 Song Memoir, et ses 19 chansons de moins !, sera forcément vu à l’aune de ce chef d’œuvre, la comparaison est difficile vu l’ampleur de son prédécesseur mais le résultat est tout aussi réjouissant.

50 Song Memoir commence donc en 1966, pour la première bougie de Stephin Merritt, né Stéphen Raymond Merritt le 09 février 1965 à New York. Son père, qui déserta très rapidement le foyer familial, est également chanteur, Scott Fagan, auteur d’un splendide album en 1968, South Atlantic Blues.

La carrière musicale de Stephin Merritt, étudiant dans le massachussets puis New-York, commença très tôt (hilarant Blizzard Of 78) et prit diverses formes avant d’arriver aux Champs Magnétiques. Il lance ainsi Buffalo Rome avec Shirley Simms et The Zinnias, en compagnie de John Gage, Johnny Blood et Claudia Gonson, fidèle d’entre les fidèles.

Distant Plastic Trees, le premier album du groupe sort en 1991 et donne d’entrée la recette du groupe, une pop synthétique et baroque, marquée par le mélange des voix masculine et féminine portée à l’époque par la merveilleuse Susan Anway, sur les textes doux-amers de Stephin Merritt et son humour mélancolique. Ce premier disque porte même son petit tube avec le génial 100 000 Fireflies.

S’ensuivront 4 autres albums avant 69 Love Songs, tous aussi recommandables les uns que les autres, avec pour ma part, une légère préférence pour le merveilleux Holiday sorti en 1994.

Après leur pantagruélique hymne à l’amour, le groupe fait un break, revient en 2004, les synthés rangés dans un placard, pour une « no-synth » trilogie, I, Distortion et Realism, quelques sublimes chansons comme toujours mais un poil décevante par rapport à leurs mirifiques débuts.

Les synthés firent leur retour avec Love At The Bottom Of The Sea en 2012, pour un album plaisant mais à l’étincelle un peu éteinte.

On n’oubliera pas non plus de citer tous les projets parallèles de Stephin Merritt, car c’est tout aussi indispensable, de The 6ths et son repère de crème indie pop des années 90 (Dean Wareham, Lou Barlow, Chris Knox…) à Future Bible Heroes en passant par The Gothic Archies.

Ce balayage complet de la carrière de Stephin Merritt n’est pas au cœur de 50 Song Memoir, bien au contraire, puisque, modeste ou lucide, le grand barbu considère que la vie d’un musicien est pas des plus passionnantes. Il préfère se pencher sur des souvenirs d’enfants, des instants de vie, entre éducation hippie, virées entre copains, vie amoureuse à l’ère du sida, une chanson par an, dans l’ordre chronologique, une vie faite de tout petits riens, de hauts et de bas, permettant ainsi au groupe d’alterner avec classe, ballades romantiques et pop songs absurdes et décalées.

Un chat du nom de Dionysus, Judy Garland, Jefferson Airplane, Tetris et le disco, The Magnetic Fields amusent et émeuvent avec en particulier un passage des années 90 aux années 2000 particulièrement poignant.

Toujours entouré de Claudia Gonson, Sam Davol et John Woo, La voix toujours aussi trainante, Stephin Merritt se fait à la fois troubadour baroque, minutieux mélodiste et parolier sarcastique, au fil de ses courtes vignettes, qu’on peut écouter d’une traite (5 CD ou 33 tours) mais qu’on prend plaisir à picorer d’ici de là, la touche repeat à proximité pour sélectionner ses années préférées.

Loin du concept-album imbuvable, 50 Song Memoir est avant tout un retour en très très grande forme de l’un des musiciens les plus passionnants  de ces 30 dernières années, qui nous offre là un premier bilan d’une vie consacrée avant tout à écrire les plus belles  chansons et de belles chansons, cet album en compte beaucoup !

50  Song Memoir est disponible depuis le 10 mars chez Nonesuch Records.

 

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