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Séries

The OA (oh ouai !)

Pénélope Crouteprod
Par
Pénélope Crouteprod
Publié le 18 janvier 2017
10 min de lecture

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]A[/mks_dropcap]vant de décider de regarder The OA, veillez à être sûrs de vouloir qu’on vous raconte une histoire.

Une grande, divisible, faillible, tentante histoire.

Celle de Prairie Johnson (Brit Marling), jeune femme disparue depuis plus de sept ans qui refait surface brutalement, sans explication cohérente. Non seulement elle est en vie, mais elle n’est plus aveugle. Et veut qu’on l’appelle « OA ». La mystérieuse « miraculée du Michigan » est de retour dans son foyer, un joli et calme pavillon de calme banlieue. Perdue. Aux côtés de ses parents, vieillissants, dépassés et bienveillants, prêts à tout pour réussir à contrôler le caractère exceptionnel de leur fille, à comprendre l’incompréhensible.

Celle de Steve (Patrick Gibson), lycéen agressif, commerçant de sa propre vanité et dealer notoire, que le père menace sérieusement d’envoyer en centre de redressement.

Celle de Buck, née Michelle (Ian Alexander), petite souris discrète mais déterminée à changer son destin féminin en masculin.

Celle de French (Brandon Perea), joueur de crosse en pleine réussite, tyrannisé par une mère absolument dépressive, et sniffant un peu pour soutenir ce labeur de chef de famille et de star du lycée.

Celle de Betty Broderick-Allen (Phyllis Smith), prof essoufflée, enfouie dans ses années perdues qui viennent de lui claquer au nez avec la mort de son frère jumeau. Une étincelle de cinquante piges.

Celle de Jesse (Brendan Meyer), ado orphelin de fait, qui squatte avec sa sœur la maison familiale dont les murs, un jour, n’étaient pas recouverts de graffitis nés d’esprits déchirés.

Des portraits, des destins, si absolument normaux et étranges à la fois. Uniques et banals. Tout ce que peut renfermer la jeunesse en paradoxe s’y retrouve. Ici, on désespère d’espérer. L’arrivée de Prairie, le mystère qu’elle renferme, son appel à l’aide, va réunir ces cinq personnages, pour former une sorte de fratrie improbable et mener à bien une mission secrète.

Sans oublier l’histoire originelle, la pré-histoire, qui finalement n’amène que d’autres questions.

Est-ce la réalité ?

Ou n’est-ce que la réalité de Prairie ?

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#d4d2d2″]T[/mks_dropcap]he OA, c’est une, ou plutôt des histoires, racontées parallèlement les unes aux autres, dans un très bel exercice de forme. On se prend facilement au jeu d’avancer dans les souvenirs de Prairie, mettant de côté toutes les incohérences pourtant révélées.

Le premier épisode prend au cœur, grâce à sa seule construction. Le montage est simple, limpide, soutenu, et explose dans un élan orchestral de flashback annonçant, enfin, le commencement.

Et une vraie surprise. Le travail de mise en scène est parfait, l’image et son aspect sont si justes, perçants et froids quand il le faut, pâles et passés pour qui le reste, c’est une réussite de cohérence.

Cohérence aussi côté bande son. Malgré certaines évidences en soulignement, il n’y a pas de surexplication par la musique, et quels rendez-vous ! Ben Frost, Vince Staples, Chilly Gonzales…

Reconnaître Sharon Van Etten au moment où son personnage décide de chanter, et se faire transporter… Délicieux ! [Vous pouvez retrouver en fin d’article la playlist de la bande son]

Inattendue également, mais si juste, la décision de finir chaque épisode en presque silence. Car quel son pour l’inconnu, le futur à tracer ?

L’essentiel est là. Un personnage clair, fort, surprenant, narrateur absolu, nous fait traverser un passé, un présent, et une idée de futur, avec toute la simplicité de la conviction.

Prairie est convaincue de ne pas être Prairie. Elle est bien autre chose. Elle a été. Elle a traversé le miroir.

Ce qui la mène droit dans les griffes de la science. Forcément. Car comment contrebalancer ces théories farfelues de vie après la mort sans passer par la pragmatique et terrifiante vérité scientifique ?

Incarnée par le terrible Jason Isaacs, comédien impeccable pour porter la noirceur du bien nommé Docteur Hunter Aloysius Percy, alias « Hap », cette vérité va se révéler être la pire de toutes. Celle qu’on ne peut que détester, et qui alimentera le lien petit à petit consolidé avec Prairie et ses congénères.

Brit Marling – Jason Isaacs

[mks_pullquote align= »left » width= »250″ size= »22″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#726964″]Il s’agit de contrecarrer la force de la science, de notre propre raison, et la lutte est constante.[/mks_pullquote]

On lutte face aux exagérations de récit, aux présupposés ésotériques, aux propositions scénaristiques troublantes tant il est question de dimension particulière et de mouvements tellement trop humains pour y parvenir…on lutte parce qu’on veut savoir la suite de l’histoire. Celle qu’on découvre dans le cercle restreint des amis, en secret, dans une maison abandonnée, dans un temps qui nous appartient. Le club des cinq, les six compagnons, lampe torche et couteau suisse, et oubli de la réalité le temps d’une aventure.

En cela, cette série réussit le pari de la régression, tout comme l’avait tenté sous d’autres formes et par d’autres moyens, la série Stranger Things (clin d’œil entre frangines, la série passe à la télé pendant que Jesse se paye un bang avec sa sœur).

[mks_pullquote align= »right » width= »250″ size= »22″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#726964″]Parce que cette quête de l’absolu commence dès l’enfance. Ce questionnement de réalité, d’alternative à la mort, nous cogne tous petits.[/mks_pullquote]

Tout s’organise autour de ces interrogations que nous partageons tous, quel sens donner à notre présence ? Nous sommes tous sur la même barque, prenant le même chemin inéluctable, selon un courant, un seul, le temps de notre vie. Puis, la mort.

Ou alors…?

Peut-être que certains pourraient marquer suffisamment leur passage pour ouvrir les portes de mondes alternatifs, où d’autres existences seraient possibles. Où la mort aurait, elle aussi, un sens, une explication et une alternative ?

Ce sont des questions de sens très brutales, heurtées même, explosives à l’âge de l’adolescence. Les envies exacerbées, les relations déchirantes, l’incompréhension de soi et la paradoxale volonté de s’affirmer, ponctuent à vif cette période, et s’offrent des convocations tout au long de nos existences.

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]C’[/mks_dropcap]est sûrement l’atout comme le défaut de la série. Ce questionnement teinté de naïveté, avec lequel on joue, en battant les cartes d’un récit, des genres, et des croyances. Et cette capacité de surtout ne répondre à rien. On s’arrange de toute possibilité, on caresse des surfaces connues, troublant leur contour. Ici un peu de sel fantastique, là un peu de poivre dramatique, et encore un brin de science-fiction. Les délimitations sont volontairement fondues les unes dans les autres, pour aider le passage du propos délirant du scénario.

Et on ponctue, de ci de là, des mantras façon « tout est bon, tant que tu y crois ».

« Il suffit de le vouloir ».

Ce genre de slogan avancé pour rassurer, réduit tout à soi et au contrôle qu’on veut avoir sur sa propre vie. Très tentante option pour qui avance à tâtons, et moyen facile de forcer la main de l’hésitant. Rien de vraiment étonnant dans notre ère du « il suffit de le dire pour que ce soit ».

Mais ça reste une photographie plutôt réussie d’une classe moyenne en errance, responsable d’une génération autant perdue que les précédentes, avec une forte propension à l’isolement.

Un peu comme dans un film de John Hugues, la comédie en moins.

Netflix

Le moment du dénouement est, quant à lui, ambivalent. Cette scène finale ne ressemble pas vraiment au chemin qui l’y a conduit.

Ici, on assène une solution, en confrontant une réalité reconnaissable, à la théorie folle d’un mouvement collectif, sorte de sursaut croyant, au-delà de tous les doutes.

Le religieux, qui était resté à la lisière du propos durant tout le récit, devient brusquement central dans l’issue choisie. Mais surtout, la poésie vibrante qui a pu être capturée et distillée jusque-là, perd de sa subtilité.

Cela n’enlève en rien la qualité du voyage fait jusqu’à cette conclusion, qui peut très bien ne pas en être une.

Elles ne l’ont jamais été pour OA.

THE OA

créée par Brit Marling et Zal Batmanglij

série en 8 épisodes – diffusion décembre 2016 sur Netflix

La bande son de The OA

https://open.spotify.com/user/1195068063/playlist/6UsGoFOQuqHMxGs2v1F92q

Facebook         The OA – Netflix

Etiquettesben frostbrandon pereabrendan meyerBrit MarlingChilly Gonzalesian alexanderJason IsaacsnetflixOApatrick gibsonphyllis smithsharon van ettenstranger thingsthe OAvince staplesZal Batmanglij
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