Chronique Musique

✰ THE STORY OF YO LA TENGO – troisième chapitre : 2003 – 2018 ✰

Comment se réinventer et survivre à une décennie qui fut très importante pour la formation d’Hoboken, puisqu’elle lui a permis non seulement de se faire un nom, mais aussi une réputation ? C’est simple, on ne change rien. L’équipe est soudée, le line-up semble définitif et l’extrême longévité peut s’entrapercevoir car le groupe a grandi, mûri et son public aussi. Bien entendu, l’âge de la quarantaine est entamé et s’il n’est plus vraiment question, sur disque du moins, de sortir l’artillerie lourde, les clairs-obscurs illumineront encore les installations sonores des collections les plus avisées et puis, Yo La Tengo, c’est un peu comme le bon vin, non ?

Petit récapitulatif d’une suite de carrière qui n’en finit plus d’étonner.

Le tournant des années 2000 avait été négocié de manière tout à fait différente par rapport aux ritournelles noisy pop que la formation d’Hoboken nous avait habitués à produire depuis Ride The Tiger jusque I Can Hear The Heart Beating As One. Avec le précédent And Then Nothing Turn Itself Inside-Out, le groupe avait pris un tournant plus mélancolique et minimaliste.

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Summer Sun emprunte la même voie. Il s’agit clairement d’un album introspectif où les ambiances feutrées dominent et où les chuchotements de Georgia Hubley sont mis en avant. C’est d’ailleurs elle qui chante sur Little Eyes et Today Is The Day, sans doute les deux meilleurs titres de ce disque qui, contrairement aux précédents, n’avait pas reçu un écho aussi favorable à sa sortie.

Il faut dire qu’à l’époque, le rock bruyant (mais tout de même convenu à de rares exceptions près) revenait en force, tandis qu’eux prenaient l’exact contre-pied à cette tendance, un peu comme Sonic Youth, à qui ils resteront éternellement associés à tort ou à raison. À noter aussi l’excellente reprise de Take Care, titre d’Alex Chilton qui figure sur Third/Sister Lovers, troisième album de Big Star et toujours chantée par Georgia.

Avec le recul, Summer Sun s’avère en définitive tout aussi réussi que le reste, finalement.

Ils nous avaient laissés avec un disque atmosphérique, ils nous reviennent avec la prise branchée sur la fée électricité pour I’m Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass. L’album comporte quinze titres, dont les premiers et derniers morceaux forment une espèce de parenthèse renfermant les treize autres.

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Pass The Hatchet, I Think I’m Goodkind est comme un mantra où la basse récite le titre de l’album durant les 10’45 que dure la chanson (chantez par vous-même I Am Not Afraid Of You, And I Will Beat Your Ass au rythme que donne James McNew, vous verrez, ça fonctionne). Quant à The Story Of Yo La Tengo, titre très long lui aussi puisqu’il dure près de douze minutes, on sent l’envie qu’ils ont à en découdre sur les années qui passent et les stigmates qu’elles procurent. On se croirait revenu au temps d’Electr-O-Pura. Et entre les deux, le reste.

Le reste qui alterne entre pop illuminée (Beanbag Chair et sa trompette, Mr Tough et son piano), soul blanche (Black Flowers), punk rock’n’roll façon Jon Spencer (Watch Out For Me Ronnie) ou encore beat psyché (The Room Got Heavy).

D’une manière générale, cet album a été mieux appréhendé par les critiques et la presse que Summer Sun. Ils renouaient un peu avec leur passé. Après deux disques plus atmosphériques et introvertis, c’était assez bien vu.

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Les chansons de Yo La Tengo n’ont jamais réellement coulé de source. Le classique couplet – refrain – pont n’a jamais été leur marque de fabrique, le groupe préférant jouer la carte de l’éclectisme, parfois bruitiste, parfois pop, jamais académique. Popular Songs est de ces disques qui explorent différents horizons.

Ici un clin d’œil aux Doors (Periodically Double Or Triple), là une touchette du côté du Philly Sound (If It’s True), et toujours cette attirance pour le Velvet Underground (When It’s Dark).

Bien entendu, Yo La Tengo n’oublie pas d’être Yo La Tengo, tant sur la balade I’m On My Way que du titre d’ouverture un peu grandiloquent, Here To Fall. Le triptyque final, More Stars Than There Are In Heaven – The Fireside – And The Glitter Is Gone, affiche à peu près 36 minutes au chrono. Le premier est un titre shoegaze planant, le second un voyage acoustique aérien et le dernier une saillie électrique qui rappelle qu’un jour, Yo La Tengo fut assez proche, dans l’esprit, d’un groupe comme Sonic Youth. Avec cette trilogie, on sent que le groupe clôture une période et qu’il s’en ira bientôt vers d’autres contrées.

S’il n’est pas le plus réussi des années 00’s, Popular Songs s’inscrit dans la lignée de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont toujours fait par le passé.

En 2013, après presque trente années d’existence, que pouvions-nous encore attendre d’un treizième album de Yo La Tengo ? Georgia Hubley et Ira Kaplan étaient déjà bien ancrés dans la cinquantaine et certains leurs reprochaient de commencer à ronronner de plus en plus fort au fur et à mesure que les albums paraissaient. Ceux-là en furent pour leurs frais. Car, oui, sans aucun doute possible, Fade est leur meilleur disque paru depuis And Then Nothing Turned Itself Inside-Out.

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D’ailleurs, le retour vers une certaine forme intimiste n’est sans doute pas étranger à ce regain de créativité, tout comme d’ailleurs le changement de producteur. Roger Moutenot, qui était à la console depuis Painful en 1993, cède ici la place au sorcier de Tortoise, John McEntire.

Dès l’entrée magistrale de Ohm, on sent que l’on tient quelque chose de rare : une pépite. Des pépites pour être plus précis, que la pop mélancolique de Is That Enough confirmera. Le clou s’enfoncera encore un peu plus grâce à l’indie rock nerveux de Paddle Forward, au très velvetien Stupid Things et aux splendides I’ll Be Around et Cornelia And Jane.

Two Trains et The Point Of It, ballades acoustiques introspectives qui sont de celles qui procurent moult frissons dans le dos. Before We Run clôt l’album de manière épique, à grandes envolées de claviers soutenant une rythmique martiale, renvoyant vers l’image de l’Ouest des grands espaces.

Tout ceci est sublime et frise la perfection.

Quelques mots sur ce qui peut être considéré comme une gentille récréation. Si avec Stuff Like That There, albums de reprises allant de The Cure (Friday I’m In Love) à Hank Williams (I’m So Lonesome I Could Cry) en passant par le Parliament de George Clinton (I Can Feel The Ice Melting), ils tentent de refaire le coup de Fakebook, il faut bien reconnaitre que ce n’est pas totalement réussi.

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On a parfois l’impression d’un manque de conviction, ou en tout cas de tension, pour faire de ce disque une totale réussite.

Si deux nouvelles compositions sont de la partie (Ricketty, Awhileaway), ils en profitent pour revisiter quelques-unes de leurs compositions (The Ballad Of Red Buckets, All Your Secrets, Deeper Into Movies). Ce n’est certes pas raté, mais ce n’est pas ce qu’ils ont réalisé de plus haletant non plus.

Toute notre attention est maintenant tournée vers le nouvel album qui paraît aujourd’hui, There’s A Riot Going On, qui sera, on l’espère, à la hauteur de l’attente.

Croisons les doigts. Et allons tout de suite lire l’article de Beachboy qui nous le présente.

✰ L'histoire de Yo La Tengo ✰ ➩ La suite...

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