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Trentemøller, Fixion Romance

Ecrit par French Godgiven

Si un certain nombre d’artistes opérant dans la sphère des musiques dites électroniques peut se targuer d’avoir produit au moins un titre méritant le qualificatif de « classique », il s’en trouve en revanche beaucoup moins à pouvoir l’affirmer au sujet d’un album, format tombé en relative désuétude hors du cercle, de plus en plus restreint, d’un public averti.

Le danois Anders Trentemøller est pourtant bien l’un de ceux-là, lui qui, après une myriade de maxis publiés au tout début du siècle, frappe un grand coup en 2006 avec son premier véritable long format, malicieusement intitulé The Last Resort (« Le dernier recours », rien que ça). Opus gargantuesque et exclusivement instrumental, ce disque allait durablement placer son auteur au centre de toutes les attentions, développant sur ses soixante-dix-sept (!) minutes une techno semblant de prime abord souscrire aux codes de la vague minimale allemande alors très en vogue, mais offrant en creux une complexité redoutable, sans rien perdre en efficacité accrocheuse et envoûtante.

Le succès, public comme critique, sera déjà surprenant compte tenu de l’aridité trompeuse de sa musique, mais le carton à Ibiza, l’été suivant, d’une nouvelle version du titre Moan, chantée par Ane Trolle et remixée par ses soins, enfoncera le clou tout en poussant la barre encore un peu plus haut : il faut bien admettre que parvenir à produire un tube estival à base de techno polaire ne manquait pas de panache.

C‘est à cette époque que le nom Trentemøller deviendra quasiment une marque de fabrique, lorsque le danois fournira des remixes à nombre d’artistes de tous horizons, du nabab techno pop Moby aux incontournables vétérans Depeche Mode, en passant par le duo électro-pop suédois The Knife ou ses compatriotes du groupe rock Efterklang. A tous ou presque, le même traitement de choc sera implacablement appliqué : structure de l’original écartelée, basses telluriques, rythmiques tentaculaires et efficacité maximale.

Ne surtout pas croire qu’Anders soit l’un de ces producteurs régis par un dogme stérile, qui l’autoriserait à débiter une formule sans âme pour sacrifier son art sur l’autel d’une gloire rutilante. Lorsqu’il reviendra à ses propres affaires, ce sera pour voler de ses propres ailes, et ce, dans plusieurs domaines : d’abord en montant sa propre structure, le label In My Room, sur lequel paraîtront toutes les sorties référencées Trentemøller les années suivantes, mais aussi (surtout) en tournant partiellement le dos au style qui l’aura fait connaître, pour en proposer une variation à la fois plus personnelle et plus accessible.

Son deuxième album, le très cinématographique Into The Great Wide Yonder, dévoilera alors en 2010 de saisissants paysages sonores, lardés de guitares vaporeuses ou plombées, investis par des voix diaphanes et mélancoliques. Sortir du giron purement techno, pour un musicien de ce calibre, ce n’était pas seulement une pirouette, mais bien un acte de résistance : non, on ne l’enfermerait pas dans une petite boîte avec une étiquette réductrice dessus.

Le spectre s’élargira encore davantage en 2013 avec le plus ouvertement rock Lost, qui semble pour sa part spécifiquement taillé pour la scène : si le travail de production est tout aussi monumental que sur les précédents disques, la structure des morceaux eux-mêmes se fait plus carrée, plus frontale et directe. Cet album lui permettra également de collaborer avec nombre d’invités prestigieux, tels Alan Sparhawk et Mimi Parker du trio Low, Johnny Piers des prometteurs The Drums, Sune Rose Wagner des furieuses Raveonettes ou encore la divine Kazu Makino des new-yorkais de Blonde Redhead. Loin de vampiriser le disque, la contribution de chacun(e) profite à l’ensemble dans une impressionnante cohésion, comme si les chanteurs et chanteuses concerné(e)s étaient eux-mêmes ensorcelé(e)s par leur hôte, faisant fi de leurs identités propres, pourtant bien trempées, comme pour lui offrir d’inédites facettes de leurs talents respectifs.

Ce qui nous amène au dernier album en date, sorti il y a tout juste quelques jours, ce Fixion au titre énigmatique, en forme de jeu de mots subtil ou de radicale mutation lexicale, selon le point de vue que l’on adopte. Première constatation : la durée de la chose est bien plus resserrée, puisque le disque affiche au compteur un bon quart d’heure de moins que son prédécesseur. Bien que la couleur générale de l’opus soit dans la continuité presque logique de Lost, avec ses basses estampillées post-punk (tendance ligne claire) bien en avant, ses rythmiques alternativement solennelles ou galopantes et ses ambiances synthétiques grandioses ou effrénées, un détail accroche vite l’oreille, au fil des plages qui s’égrainent : à l’opposé du large panel d’invités qui garnissait le précédent, Anders Trentemøller semble avoir souhaité faire ce disque « en famille », ne conviant à se succéder derrière le micro « que » trois chanteuses.

Si l’on ne sera pas surpris de retrouver la fidèle Marie Fisker, déjà présente sur d’autres sorties du bonhomme, et devenue depuis la chanteuse officielle de la formation scénique, on reconnaîtra également facilement, sur deux titres, la voix identifiable entre mille de Jehnny Beth, chanteuse des Savages, dont le dernier album en date, Adore Life (sorti au début de l’année et cornaqué alors avec brio par mon confrère Ivlo Dark, ici même), avait déjà été mixé par le danois.

Une autre caractéristique générale, liée au casting vocal restreint certes, mais touchant également les titres purement instrumentaux, est l’homogénéité de l’ensemble : même en variant le tempo et les textures, chaque morceau creuse le même sillon que le précédent, tout en dévoilant, parfois sur le coup, mais aussi écoute après écoute, d’autres couleurs, d’autres émotions. Ainsi, au single Redefine, porté par une basse rugueuse et une batterie souple, succède le plus dur My Conviction, appuyé sur un beat quasiment hip hop, qui s’achève dans un final acide que ne renierait probablement pas le producteur américain Timbaland, tandis que la voix de Fisker, langoureusement voluptueuse puis tendue comme un arc, sert de trait d’union entre les deux.

Un autre sentiment qui se dégage progressivement de ce disque long en bouche, est la profonde unicité thématique qui lie les paroles des chansons : confessions douloureuses, aveux d’impuissance ou accès de colère rentrée, tout ici suinte le désir contrarié, l’absence béante et le questionnement intime. Et que l’on saisisse pleinement le sens des textes ou non, le message passe essentiellement dans l’interprétation qui hante ces voix blanches, qu’elles évoquent tour à tour la spiritualité (« Did you pray for me / When I was gone ? » sur le majestueux One Eye Open d’ouverture), l’animalité (« I am the rock / She is the sea / Shaping each other’s forms » sur le rageur River In Me) ou la difficulté (« Do not confess you love me less » sur le déchirant Complicated) du rapport amoureux.

Les instrumentaux ne sont pas en reste, loin d’être de simples transitions entre deux complaintes intelligibles : de l’orgue saturé et épique de Phoenicia aux décharges bruitistes de Circuits, la tension qui irrigue cet album reste constamment palpable et presque physiquement oppressante, comme rarement auparavant. Tout juste le conclusif Where The Shadows Fall, interprété par Lisbet Fritze, guitariste occasionnelle du groupe, distille-t-il, en toute fin de parcours, un apaisement relatif, sans que l’on sache très bien si c’est de plénitude ou de mort qu’il est question, quelque part entre la joie et la peur (« Drifting with joy and fear »).

Derrière sa machinerie savante, la musique de Trentemøller a toujours généré un fort potentiel romantique, que ce soit par simple évocation mélodique ou plus explicitement lyrique, comme l’attestait déjà la dimension presque blues du Moan d’il y a dix ans (« Thinking too much about you »). En revanche, jamais aucun de ses disques, dans sa longueur ou sa cohérence, n’avait donné à ce point l’impression d’être une fenêtre ouverte sur son âme, quand bien même la camouflerait-il habilement derrière les voix de trois interprètes habitées.

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Photo : Nicolas Wilmouth.

La possibilité d’avoir quelques réponses à nos interrogations se présentera le lendemain de la sortie de Fixion, le danois débarquant avec son groupe à la Maroquinerie de Paris, pour le lancement d’une courte tournée d’une dizaine de dates, en Europe puis aux Etats-Unis. L’occasion pour nous de rencontrer son auteur, et de tenter de cerner ses motivations et ce que cache l’écrin somptueusement vénéneux de ses nouveaux morceaux de chair, de câbles et de sang.

Le titre Fixion évoque à la fois une dimension imaginaire et un ancrage dans le réel. Est-ce que cela symbolise votre objectif avec ce disque, trouver un équilibre entre ces deux aspects ?
Anders Trentemøller – Ce n’est pas spécifique à ce disque, en fait c’est un peu ce qui se passe à chaque fois que je me lance dans la création d’un album. Je tiens vraiment à une rencontre entre le monde analogique et le monde numérique, le premier ayant à mes yeux une forme de pureté, qui représenterait le réel, et l’autre étant plus artificiel. Donc le titre Fixion était pour moi un bon moyen d’exprimer mon envie de créer une musique que j’aime vraiment, à travers un monde certes imaginaire, mais qui puisse susciter des émotions bien réelles.

Contrairement à votre précédent disque, Lost, qui invoquait nombre d’invités, celui-ci convoque trois chanteuses seulement. Etait-ce pour donner un fil conducteur, une continuité à l’ensemble ?
AT – Oui, l’idée de base était même d’avoir une seule voix qui guiderait l’auditeur tout au long de l’album, donc dans un premier temps j’ai déjà fait quatre chansons avec Marie Fisker. Plus tard, lorsque les Savages m’ont demandé de travailler sur leur album, je me suis dit que ce serait super de faire quelque chose avec Jehnny. Donc j’avais sa voix en tête alors que je continuais à écrire de nouveaux morceaux, et je suis parvenu à ces deux titres dont l’énergie correspondait bien à sa personnalité. Enfin, je trouvais que la dernière chanson que j’avais composée pour ce disque (Where The Shadows Fall), un peu à la dernière minute, ne convenait ni à Marie ni à Jehnny, donc j’ai fini par la proposer à ma petite amie, Lisbet, bien que ce soit avant tout une guitariste et non une chanteuse professionnelle. J’ai enregistré sa voix sur une dizaine de prises puis les ai superposées les unes aux autres pour donner cet effet fantomatique. Bref, à l’arrivée, ça ruinait complètement mon idée d’avoir une seule interprète, mais je pense que leurs timbres sont suffisamment proches pour qu’on ait le sentiment d’être pris par la main par un seul et unique personnage.

Les paroles de vos morceaux n’ont jamais été aussi directes que sur ce disque, était-ce une volonté de faire quelque chose de moins abstrait de ce point de vue-là ?
AT – Oui et non, je n’ai pas vraiment pensé à ça. Très souvent, chaque chanson prise isolément me dicte où la musique devrait aller, et le grand challenge pour moi est de trouver ensuite lesquelles pourraient convenir au format d’un album. Certaines peuvent être géniales mais ne pas correspondre au voyage dans lequel je veux emmener les gens. Au final, c’est surtout la musique qui décide de ce que le son, et à travers lui les sentiments, devrait être.

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Photo : Nicolas Wilmouth.

La basse, qui a toujours été un élément clé de votre musique, l’est encore davantage sur Fixion, presque au même plan que les voix. Est-ce la colonne vertébrale de tout l’édifice ?
AT – C’est tout à fait exact, principalement parce que je suis très inspiré par la façon dont Peter Hook (membre fondateur et ex-bassiste de New Order et Joy Division, ndlr) composait ses lignes mélodiques sur son instrument. La basse n’est pas seulement là pour donner la tonalité, elle peut aussi définir une trame qui se confronte à la ligne de chant. C’était un peu une nouveauté pour moi de m’essayer à ça, et c’est aussi la raison pour laquelle nous avons maintenant un vrai bassiste sur scène, alors qu’avant je jouais ces lignes moi-même sur mon Moog Bass. Donc oui, c’est un petit truc que j’ai volé, d’une certaine manière (rires). J’admets bien volontiers que ce n’est pas MON idée originale, mais j’ai décidé de la pousser à l’extrême, au point que la basse peut parfois être plus mélodieuse que le chant lui-même.

Au fil des années, vous vous êtes davantage orienté vers un format plus pop, tout en conservant un travail très poussé sur le son. Est-ce que le sound design est pour vous une forme de songwriting à part entière ?
AT – Oui et non, là encore, car cette fois-ci je voulais vraiment me concentrer sur la composition, en me disant que si je pouvais jouer ces chansons sur mon vieux piano, alors elles seraient suffisamment fortes pour que je puisse les emmener encore plus loin une fois en studio, dans davantage de directions possibles. Donc j’ai vraiment travaillé pour peaufiner les progressions d’accords, les lignes de basse et les mélodies, puis ensuite je me suis demandé où je pouvais emmener tout ça. Pour certains titres je me suis retrouvé avec quatre, cinq, parfois six versions différentes, jusqu’à m’arrêter lorsque j’étais sûr d’avoir la meilleure possible. Par ailleurs, il est vrai que c’est toujours important pour moi d’avoir ces strates dans ma musique, afin qu’on puisse encore y découvrir des choses au bout de cinq, six écoutes, sans parler des effets stéréophoniques dont on se rend mieux compte au casque. C’était aussi un challenge pour moi de ne pas faire quelque chose de trop frontal, d’avoir une approche plus subtile. C’est comme dans les films de David Lynch, il y a une trame principale, et certaines histoires secondaires qui viennent se greffer dessus en allant dans une autre direction, contre cette trame même. J’aime aussi le contraste, lorsqu’après un morceau downtempo on a quelque chose de plus dur derrière. Je crois bien que j’ai passé deux mois rien que sur l’ordre des titres, j’en ai même rallongé certains et raccourci d’autres, pour trouver LA vibration que je cherchais. Je veux surprendre les gens, qu’ils ne sachent pas à l’avance à quoi s’attendre.

A votre avis, que pourrait dire le jeune homme qui produisait Le Champagne (son tout premier maxi, ndlr), il y a treize ans, à celui que vous êtes devenu ?
AT – Oh c’est une bonne question ! (rires) Je crois qu’il me dirait de continuer à me fier à mon intuition. J’ai eu autour de moi tant de gens qui ont tenté de me conseiller de faire telle ou telle chose, qu’à un moment j’étais complètement perdu. Je travaille essentiellement en solitaire, c’est donc à moi de prendre toutes les décisions difficiles. C’est quelque chose qui marche pour moi, mais ça peut très bien ne pas fonctionner pour tout le monde. C’est difficile, en particulier quand on débute, d’affirmer ses choix contre ceux des autres, contre la logique du marché. Je me rappelle qu’à la sortie du deuxième album, quand j’étais encore sur Myspace, je recevais beaucoup de messages de gens en colère, qui me disaient que j’allais ruiner ma carrière, que ce n’était pas ce qu’ils avaient envie d’entendre. C’était très dur, parce que je pensais, et je le pense toujours, que c’était une évolution naturelle pour moi. Chaque album est comme un cliché instantané de la personne que vous êtes au moment où vous le faites, c’est donc tout à fait logique, voire une question de survie, d’avancer.

C’est quelques heures plus tard que l’on retrouvera Anders avec son groupe, sur la petite scène de la Maroquinerie, à 20h30 précises. Alors que retentissent à travers la sono les dernières secondes de l’orageux Frankie Teardrop de Suicide, en hommage évident au regretté Alan Vega, les lumières s’éteignent et la section rythmique s’installe, déroulant bientôt la pulsation métronomique de One Eye Open. Suivent Anders lui-même, son guitariste et Marie Fisker qui, telle une grande prêtresse signifiant l’ouverture d’une célébration solennelle, captive d’emblée la salle à l’instant même où résonnent les premières paroles de la chanson. Tel un chef d’orchestre, le danois se tient derrière ses machines, tout en balançant à la volée ses indications à son équipe. Comme on pouvait s’y attendre, la majeure partie de la setlist sera consacrée au nouvel album, avec quelques détours bienvenus par les classiques que sont l’atmosphérique Shades Of Marble, qui se voit accoler un final frénétique inédit, ou le toujours pimpant Gravity, dont la mélodie entêtante sera reprise en chœur par le public, pour le plus grand bonheur de la chanteuse, radieuse.

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Photo : François Dieudonné.

Dans le contexte du live, Anders Trentemøller a toujours glissé quelques clins d’œil à ses influences majeures, comme lors de sa première tournée, où il intégrait le gimmick fédérateur du Blue Monday de New Order en plein milieu de son propre Take Me Into Your Skin, ou lorsqu’il reprenait in extenso l’introduction du Lullaby de The Cure pour en faire celle de son tube Moan, lors de la promotion de l’album précédent. Ce soir, la référence sera à la fois plus subtile et plus surprenante : au point culminant du déjà très remuant My Conviction, se plaque en surimpression le break ravageur du monument disco-funk Holy Ghost des Bar-Kays, déjà intégralement samplé il y a bientôt trente ans par le collectif M/A/R/R/S pour leur mythique Pump Up The Volume. Le danois peut bien souligner l’obédience post-punk voire new wave de sa musique sur disque, il ne se prive pas de rappeler sur scène qu’il a démarré sa carrière en tant que DJ, écumant les soirées avec son acolyte Thomas Bertelsen (alias T.O.M.), qui d’ailleurs assurait ce soir sa première partie, comme toujours depuis maintenant une dizaine d’années.

La formation aura d’autres occasions de tester l’élasticité des nouveaux morceaux, comme lorsque le fiévreux River In Me verra son break rallongé de quelques secondes à peine, pour un effet dévastateur, entraînant la salle entière dans une montée vertigineuse avant de retomber avec force sur un public abasourdi. A cet instant précis, l’énergie est telle que la fosse devient une joyeuse pagaille de corps se cognant les uns contre les autres. Anders fait feu de tout bois à son poste, envoyant ses séquences martiales en symbiose parfaite avec le groupe, et ne s’en absentera que pour danser à l’arrière de la scène lorsque viendra l’hypnotique Trails, écho saisissant au rock lourd et narcotique des texans The Black Angels. Visiblement, le type se fait plaisir, et c’est incroyablement communicatif.

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Photo : François Dieudonné.

C‘est après avoir déployé les titres les plus représentatifs du répertoire récent que Trentemøller revient à ses fondamentaux, au cours d’une longue séquence instrumentale. Mon voisin s’exclamera même « Back to the roots ! », en reconnaissant les premières notes du merveilleux Miss You, dont la cotonneuse mélodie synthétique se voit doublée à la basse, tout juste relevée par une rythmique discrète. Le ton se durcira ensuite avec une version abrasive du bien-nommé Still On Fire, fusion parfaite entre syncope précise et attaques massives, tandis que le sombre Vamp se voit étiré sur une variation psychédélique hallucinée.

Le concert proprement dit s’achève avec le retour de Marie Fisker au micro, pour une version monstrueuse de l’inévitable Moan, calquée sur le remix d’origine, quelque part entre boucles acides, riddims jamaïcains et torpeur cold wave. Il faut souligner ici la capacité de la chanteuse à transcender, par son talent vocal bien sûr, mais aussi par sa présence et son charisme, les versions studio des chansons proposées, y compris lorsqu’elle n’en est pas l’interprète originale. Le rappel la mettra ainsi à l’honneur, pour une performance hantée de Where The Shadows Fall, puis pour une relecture méconnaissable de Come Undone, ballade plaintive chantée par Kazu Makino sur l’album Lost, et reconstruite ici en saillie lascive et délurée, pour un final qui laissera le public exsangue, à bout de souffle.

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Photo : François Dieudonné.

On savait déjà, pour l’avoir vu donner un concert stupéfiant de maîtrise au Trianon il y a maintenant trois ans, qu’Anders Trentemøller prenait très au sérieux la transcription scénique de son univers sonore. Ce qu’on ignorait en revanche, c’est qu’il serait capable, dans l’intervalle, de renouveler à ce point son arsenal pour surprendre de nouveau, allant jusqu’à remanier les arrangements les plus efficaces pour en proposer de plus audacieux encore.

C’est là qu’apparaît, encore plus clairement, toute la démarche du bonhomme : plus qu’une construction par étapes distinctes, ou même une évolution « naturelle » comme il le dit lui-même, sa musique s’apparenterait davantage à un diamant brut, qu’il taillerait patiemment, disque après disque, concert après concert. La force des sentiments provoqués par son monde imaginaire, qu’il se confronte à nous par le biais d’un album écouté au casque ou d’un live exécuté devant mille personnes, ne laisse alors plus aucune place au doute.

Loin de refuser la réalité, ou de se laisser dépasser par elle, cette Fixion-là prend le parti de la saisir à bras le corps, et de l’embrasser à pleine bouche.

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Fixion est disponible en CD, vinyle et digital depuis le 16 septembre 2016 via le label In My Room.

Trentemøller repartira en tournée début 2017, et reviendra en France à cette occasion.

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Je tiens à remercier chaleureusement Lilie Del Sol pour sa patience, sa perspicacité et son insistance, Solenne Mézières pour sa disponibilité et son écoute, et (last but not least) Nicolas Wilmouth pour son immense talent et son amitié.

Les droits des photos de Nicolas Wilmouth sont gracieusement et exclusivement cédés pour utilisation web au site Addict-Culture.

Pour tout autre usage, merci de contacter le photographe pour les conditions : www.nicolaswilmouth.com

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