Littérature Francophone

Trois jours chez ma tante : le drôlissime roman d’Yves Ravey

Ecrit par Marianne S.

Yves Ravey revient en cette rentrée littéraire avec un court roman publié chez Minuit : Trois Jours Chez Ma Tante.

Il s’agit de Marcello, qui, après vingt ans de silence radio, se voit convoqué par sa tante, une vieille dame fortunée, qui lui annonce qu’elle va mettre fin à son virement mensuel. Autrement dit : qui le laisse littéralement sur la paille. Lui, qui s’est habitué depuis deux décennies à cette rente d’une aïeule qu’il n’est même pas obligé de voir, cette nouvelle l’embête et perturbe sa vie au Liberia.

Qu’à cela ne tienne, il prend l’avion jusqu’à Lyon et projette de convaincre sa vieille tante que cela est une bien mauvaise idée. Pour cela, il a trois jours, qui seront largement suffisants pour faire reculer la vieille chouette.

Les thèmes de la manipulation, la domination, et l’argent sont traités avec délectation et humour par Yves Ravey. Le neveu se révèle petit à petit, au fur et à mesure des appels avec son employé dénommé Honorable resté au Liberia pour préparer la visite d’un contrôleur de gestion. Quelle est exactement son activité en Afrique ? Un foyer pour enfants, une école, un internat ? Des enfants oui, mais de quel âge ? Pour quoi faire ? Et d’ailleurs, pourquoi faut-il préparer ce contrôle ?

La tante, Vicky, a toute sa tête malgré son placement en maison de santé. Elle révèle au fil du texte les raisons de l’exil de son neveu. La vérité sur cette histoire n’a d’ailleurs jamais été faite… Vicky le suspecte de ne pas être honnête et tente de lui faire reconnaître ses torts. « SuperTatie » cache bien son jeu et surprend à plusieurs reprises. Sa perspicacité envoie valser tout espoir de sénilité.

Marcello, lui, reste persuadé jusqu’au bout de pouvoir la berner et lui subtiliser de l’argent. Il est insaisissable et fuyant. Pas franchement sympathique, pas franchement détestable. Car, au fond, derrière son obsession de l’argent et son désintérêt total pour sa tante et l’histoire de sa famille, il est surtout désespéré.

On le sent de plus en plus fébrile, d’autant plus qu’Honorable ne semble pas gérer la situation si bien que ça. Marcello s’impatiente, il doit jouer le tout pour le tout : pousser sa tante a signer un ultime gros chèque avec lequel il pourra rentrer au Liberia et régler les nouveaux problèmes apparus là-bas.

J’ai rangé les deux pièces de dix cents dans ma poche. C’était le moment, contre toute attente, de revendiquer sa fortune. J’ai donc décidé de la convaincre. Que le dixième au moins de son capital me revienne. Que je sois toujours et toujours son neveu, seul et unique. J’étais revenu au pays pour cela, et rien que pour cela, car le reste ne m’intéressait pas. J’ai alors dit à ma tante : Si tu ne fais rien pour moi, tu pourrais au moins entreprendre quelque chose pour ces enfants.

L’ambiguïté des personnages est à la fois triste et désopilante : la tante sème ses questions et ses doutes, le neveu recule et se débat comme un coupable sentant le piège se refermer sur lui. Marcello cherche des appuis et comprend vite que son ex-femme ne l’aidera pas, bien au contraire. Mais qui est-elle exactement ? Que sait-elle ? Tente-t-elle, elle aussi, de manipuler tante Vicky pour profiter de son argent ?

Les scènes de Trois Jours Chez Ma Tante s’enchaînent. Le rythme est théâtral et le style très visuel. La lecture, fluide, est aussi très drôle ! Le lecteur ne peut imaginer la suite des évènements et le final qui clôt en beauté ce jeu de dupes.

Yves Ravey réussit un roman surprenant, grinçant et loufoque. L’humour y est très noir, mais ce qui est d’autant plus jouissif, c’est qu’il n’y a pas une once de psychologie. Un vaudeville tout simplement, un plaisir de lecture.

Trois Jours Chez Ma Tante de Yves Ravey

paru aux Éditions de Minuit, septembre 2017.

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