Chroniques Musique

Tue-Loup, l’épiderme et la Nature

C’est 25 ans de cheminement pas forcément en pleine lumière, malgré une franche abnégation à soutenir le beau, un quart de siècle loin de l’effervescence de la capitale, en plein cœur de la Sarthe, douze albums sur les tablettes, hors du temps et des modes, finement singuliers en quelque sorte. J’avais d’ailleurs oublié à quel point la mécanique de Tue-Loup était si féconde.

La Peau des Arbres n’échappe pas au précepte, ajoutant à l’aventure une nouvelle pierre taillée sur mesure. C’est l’orfèvrerie pop-folk qui nous avise de sa sophistication légère, invoquant le surréalisme évident, la part de mystère en exergue. Au-delà des arpèges en velours et la dimension poétique des instants, c’est un refuge que les protagonistes nous offrent avec une éloquence appropriée.

On notera, par exemple, le crescendo rempli de sel au gré d’une piste intitulée Ard Almead. À l’écoute de la chanson suivante, Les beaux Jours, l’électricité parait maitrisée grâce à quelques roulements précieux (imaginez la classe absolue propagée par les cousins français de Tindersticks).

C’est pour tous ces beaux jours

Qui courent à mon secours

C’est pour tous ces beaux jours

Trempés de ta folie douce

Ritournelle au refrain séducteur dont le chant pudique de Xavier Plumas s’affirme comme un crève-cœur qui ruisselle. C’est un attachement perpétuel qui se lie aux arrangements adroitement pesés.

Cette fois-ci, Tue-Loup s’exprime également dans la langue de Shakespeare, notamment au travers un clin d’œil appuyé en direction de Nina Simone (du moins pour le titre et l’esprit). Le versant blues insufflé par Black Is The Color Of My True Love’s Hair ouvre une parenthèse habile où la participation vocale d’Astrid Veigne devient le point d’ancrage, apportant du relief aux contours déjà plutôt bien inspirés (même si la pertinence de l’essai pouvait laisser à désirer sur les premières secondes).

Avec Supramonte, nous basculons en direction d’une construction plus touffue, arborée d’effets multiples pour l’effervescence soudaine d’un climat, une mise en suspension plus soutenue… Mayol est plus évident, ailé et élégant à souhait.

De manière plus globale, l’ensemble est parfaitement feutré, appuyant les diffusions à l’aide d’un savant mélange de chaleurs et rafraichissements. C’est ce que vous allez ressentir à chaque mouvement de Large Ciel, son clavier au charme vintage, ses absorptions rêveuses qui nous gratifient d’une formidable traversée sonore. Siagne qui liquide l’affaire, revêt les atouts d’un itinéraire au bord de la rivière. L’authenticité est ainsi révélée en plein jour, ces images musicales emplies d’odeurs, gorgées d’un besoin de nature, exprimé avec tendresse. Revigorant et sensoriel !

 


 

La Peau Des Arbres – Tue-Loup

 

La Lézarde /L’Autre Distribution – 5/02/2021

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Image bandeau : Pascale Massard

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