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La pluralité de la culture mexicaine est au festival Viva Mexico ! Rencontre avec Bárbara Carroll de Obeso

Addict-Culture a choisi d’être partenaire du festival de cinéma Viva Mexico. J’ai voulu aller à la rencontre de la directrice de ce festival, Bárbara Carroll de Obeso, une jeune femme passionnée, passionnante à l’enthousiasme contagieux !

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Lilie Del Sol : Bonjour Bárbara Carroll de Obeso , je voudrais que vous nous racontiez un peu la genèse du festival Viva Mexico. Nous expliquer les raisons qui vous ont poussée à créer un festival de cinéma mexicain en France et, comment vous avez procédé.

Bárbara Carroll de Obeso : L’origine du festival remonte un petit peu avant 2013. L’initiative a été portée par une association que j’ai créée avec deux autres collègues en 2010, Inc France Mexique. Nous nous sommes retrouvées deux mexicaines (Julia Villaseñor Bell et moi) en France, toutes les deux spécialisées dans la culture de par nos métiers (promotion culturelle et commissaire d’exposition) et nous avons immédiatement constaté qu’il y avait une méconnaissance très importante de ce que le Mexique peut proposer culturellement parlant en créations contemporaines. Passés les « classiques » tels que De Oliveira, Inarritu, Frida Kahlo… et tous les clichés qui vont avec. Et là on s’est dit que « tout de même, le Mexique c’est beaucoup plus que ça ! »
Alors voilà, on a créé cette association, Inc France Mexique dont le but est d’accompagner ou produire des projets artistiques mexicains contemporains (toutes disciplines confondues) à faire découvrir en France.
Nous avons proposé à une amie française, Clémence Vazard, de nous rejoindre afin de constituer l’équipe de création de l’association.

Le Mexique c’est beaucoup plus que ça ! 

A quelle occasion avez-vous pu commencer à présenter vos artistes ? 

L’idée était d’être présents pour présenter des œuvres et des artistes mexicains contemporains lors de « l’année du Mexique en France » prévue en 2011. Malheureusement suite aux soucis diplomatiques de l’époque (liés à l’affaire de Florence Cassez), la plupart des événements de cette année « mexicaine » ont été annulés.
Par chance pour nous, nous étions impliqués dans des événements « en marge » de la programmation officielle et certains d’entre eux ont malgré tout pu être maintenus. Nos premiers projets étaient axés sur les arts visuels (exposition à la Gaîté Lyrique donc en 2011, exposition au Musée d’Art Moderne de Paris, exposition à l’Institut Cervantes,…). Suite à ces événements, petit à petit, nous avons été contactés pour des partenariats avec des artistes ou des lieux d’exposition. Et, en 2011, l’idée de parler du cinéma mexicain a commencé à germer. Sachant que le cinéma est probablement l’une des branches artistiques mexicaines qui a le plus d’impact au niveau mondial et que le but est toujours le même : faire connaître notre pays et sa culture au plus grand nombre. C’est comme ça que Viva Mexico a vu le jour.

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Et alors quel est le concept de Viva Mexico ? 

Viva Mexico est un panorama. La volonté n’a jamais été de créer un festival de compétition, mais bien de présenter un panorama des « possibles » en matière de cinéma mexicain et d’ouvrir un dialogue autour de ce cinéma entre les différents acteurs (réalisateurs, producteurs, comédiens, spectateurs etc…) de la production cinématographique mexicaine et le public français. Mais aussi de casser les stéréotypes et montrer que le cinéma mexicain est loin d’être limité aux sujets tels que les narcotrafiquants, les problématiques de frontières avec les Etats-Unis…Il y a, dans le cinéma mexicain, des comédies, des drames, des films de genre, des documentaires…et le public mexicain est intéressé par cette diversité.

Comment sélectionnez-vous les films représentés au festival ? 

Justement après avoir posé ce que l’on voulait vraiment faire de ce festival, nous avons proposé à Jean-Christophe Berjon (ex délégué de la semaine de la critique au festival de Cannes) d’être le programmateur du festival Viva Mexico afin d’avoir le regard d’un expert et proposer un cinéma éclectique et de qualité aux spectateurs). Les seules contraintes étant le nombre de films (10) et le fait qu’ils aient moins de 18 mois de production afin que nous restions sur des productions très actuelles.

Donc d’accord Viva Mexico est un festival de présentation et non de compétition mais vous avez tenu à créer un prix du public tout de même, c’est bien ça ? 

Oui c’est ça. Parce que l’on pense que rendre le public « acteur » est toujours positif. L’investissement personnel a toujours de belles destinées. Et puis le concept est simple : A chaque fin de séance, les spectateurs notent le film (ils ont le choix entre trois possibilités : j’ai aimé beaucoup, plus ou moins ou pas du tout ) et ensuite nous faisons les comptes. Le prix du public est remis au film qui aura reçu la meilleure note du public tout simplement.

Et vous avez choisi d’installer le documentaire au cœur du cinéma de fiction, sans faire de distinction ?

Oui parce que le documentaire a une place importante au cœur de la production cinématographique mexicaine et nous pensons que c’est le cinéma qui a le plus de « poids » pour parler des problématiques fortes et qui tiennent à cœur des réalisateurs.

J’avoue mon ignorance,  je ne connais pas très bien le cinéma mexicain. Je pense être limitée aux plus connus comme Guillermo Del Toro, Buñel, Iñarritu, Franco mais c’est finalement très limité j’imagine par rapport au nombre de productions. Y a-t-il une vraie place pour le cinéma indépendant au Mexique ?

En fait c’est assez complexe comme contexte. Il y a trois voies : les cinémas de Del Toro, Iñarritu etc… qui sont clairement diffusés via les canaux de Hollywood, ensuite il y a une partie de cinéma indépendant très soutenu et représenté dans les festivals de cinéma et puis il y a tout le reste qui reste à un niveau national et qui a du mal à trouver des emplacements pour être distribués. Les Etats-Unis possèdent une grande partie des salles d’exploitation mexicaines et donc limitent la programmation à « leurs » productions. Ce qui laisse très peu de place pour le cinéma totalement indépendant. Même s’il y a quelques salles qui commencent à ouvrir pour donner la priorité à ce cinéma mais c’est très compliqué. L’Etat est en train de mettre en place des aides à la création mais c’est très récent.
Et puis il faut savoir que au niveau économique les réalisateurs et producteurs n’ont aucun pouvoir et ne perçoivent rien de leurs créations. Les recettes d’un film vont toutes aux salles d’exploitations et à la distribution.

Et financièrement vous comment faites-vous pour exister ?

Ah ça c’est une affaire compliquée ! Ca a longtemps été de l’autofinancement par nos économies… comme c’est souvent le cas pour les associations 1901. Nous n’avons jamais eu d’aide de fonctionnement par l’Etat français. Depuis peu de temps nous avons été soutenus par deux mécènes sur les deux dernières éditions de Viva Mexico et puis cette année le gouvernement mexicain a enfin accordé une aide au festival mais sans cela nous n’aurions sans doute pas pu réaliser cette dernière édition.

Je voudrais revenir sur un des points que vous mettez en avant dans le dossier de presse, c’est l’adaptation des films aux sourds ou malentendants. La mise en place de l’audiodescription, la langue des signes… c’est un véritable engagement de votre part ?

Oui c’est quelque chose qui nous tient beaucoup à cœur et qu’on a réussi à mettre en place depuis 2014. Malheureusement, ce sont des coûts extrêmement importants. L’année dernière la Fondation de France et d’autres associations nous ont beaucoup aidé mais cette année nous n’avons obtenu aucune aide. Du coup on ne voyait plus comment faire. Mais des bénévoles nous ont proposé de faire la transcription des films en direct en langue des signes dans la salle. Mais aussi d’être présents aux débats et ils ont fait des bandes annonces spéciales pour les sourds et malentendants.

C’est exceptionnel ça ! De toute façon on sent bien que cet engagement fait partie de votre identité, c’est une des caractéristiques de votre festival cette accessibilité.

Oui on y tient beaucoup ! Mais c’est un parcours du combattant !

En tout cas votre programmation fait envie et le concept de votre festival est très beau ! Vos choix correspondent totalement à la ligne directrice d’Addict-Culture et je suis très heureuse et fière d’être partenaire d’un aussi beau projet. Je vous souhaite tout le succès possible et de profiter de ces moments intenses !

Un grand merci à Ophélie pour ce beau partenariat ! 

Pour retrouver toutes les informations pratiques et les dates, suivez ce lien.

Le festival a commencé hier et se déroule jusqu’au 11 octobre.
Cinéma Luminor Hôtel de Ville 20 Rue du Temple, 75004 Paris

Soyez curieux !

Site Officiel de Viva MexicoFacebook OfficielAssociation Inc France Mexique

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