Cinéma

Bande de filles, comme une danse endiablée.

Je ne savais pas à quoi m’attendre lorsque le Cinéma le Katorza, à Nantes proposa Bande de filles en avant première. Le public nantais était présent. La salle était pleine, les gens impatients de découvrir ce nouveau long métrage de Céline Sciamma présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes.

Bande de filles est l’histoire de Marieme, 16 ans, une jeune fille sage s’occupant de ses sœurs et souhaitant poursuive ses études comme les autres. Une rencontre va tout changer. Elle va se laisser convaincre progressivement par trois jeunes filles de la cité de rejoindre leur bande pour vivre sa jeunesse. Qu’est ce qu’elles ont à nous raconter ? Comment Céline Sciamma va nous emmener dans leur univers ?

Cette fois-ci, la réalisatrice a envie de nous faire partager la vie dans la cité, la vraie, pas celle que l’on veut nous montrer sans cesse comme violente et dangereuse. Non, elle veut nous faire rencontrer les « vivants » d’entre ces murs. Pour nous laisser prendre conscience de cette vie Céline Sciamma empli son film de couleurs, de rires, de sensibilité et de musique. Les portraits très esthétiques de ces jeunes filles sont tout simplement beaux. Elles sont fascinantes et sauvages.

Evidemment, Céline Sciamma n’est pas au pays des Bisounours, elle déploie aussi toutes les difficultés d’être et de devenir une femme au coeur d’une cité. Nous plongeons avec elles dans le poids des regards posés sur elle, on les ressent. Pourtant cela ne les empêche pas de vivre leur vie car la soif de liberté et de VIE est plus forte que tout : Elles rient, dansent, chantent, assument leur féminité et veulent vivre leur jeunesse comme toutes les autres filles sans le poids des « grands-frères ». Elles s’émancipent.

Céline Sciamma joue avec les plans floutés, des scènes photographiques où le spectateur touche du bout du doigt leur grain de peau mais aussi avec des couleurs vives (un bleu intense, un vert profond) qui nous permet d’entrer dans leur intimité. Par petites touches, la musique électro nous décoiffe, nous emporte dans leur folie.

Céline Sciamma est cash, elle ne nous cache pas le langage parfois « trash » employé par cette jeunesse frappée par l’angoisse de l’avenir, les codes de violence que la vie leur a imposé. Aussi, parfois, le message ne peut se transmettre que via une agressivité. Même Marieme va y céder et en devenir parfois l’instigatrice. Parce que aimer devient compliqué, parce que coucher avec un mec, c’est être « une pute ». Les mots nous font l’effet d’une gifle : « Salope, t’es qui toi ? » « T’as baisé comme une pute ». C’est la loi de la jungle qui explose. Malgré ce climat de violence, certaines scènes sont hilarantes (scène du mini-golf où ces jeunes filles sont tellement volubiles et cinglantes). La réalisatrice défend également le sujet de la sensualité des corps. La cité n’est pas le lieu où le corps a cette place. Pourtant, à travers les scènes de danse, les corps sont décomplexés et la tension a presque disparu même si elle est encore palpable… Une scène marquante : Elles sont sous la pluie, libres, fortes, puissantes, touchantes !

Marieme va ensuite suivre un nouveau chemin. Céline Sciamma m’a beaucoup moins séduite sur cette partie. Le film porte une telle puissance dès le début qu’il s’essouffle dans cette seconde partie.

Céline Sciamma, présente à la fin du film, nous a précisé que son film « veut assumer ses combats » et est pleinement dans l’identification de ces jeunes filles. Les comédiennes sont de parfaites inconnues : « une page blanche sur laquelle on peut tout écrire ». Ce film c’est l’histoire d’une rencontre. Ces jeunes filles, elles aussi, se sont rencontrées.

Le premier film que j’ai vu de Céline Sciamma c’est Tomboy. L‘histoire de Laure, une petite fille de dix ans prenant les traits d’un garçon, Michaël, auprès de ses camarades. La réalisatrice pointe du doigt un sujet peu abordé au cinéma. Film troublant d’une belle sensibilité.

Après Bande de filles, j’avais envie de découvrir son premier long métrage réalisé en 2007: Naissance des pieuvres où elle nous plonge dans le milieu de la natation synchronisée où trois adolescentes s’éveillent au désir. On ressent déjà toute la puissance des sentiments entre adolescents.

Avec Bande de filles, la cinéaste poursuit son exploration intime de la découverte de la féminité au moment de l’adolescence et surtout les troubles que cela peut causer chez chacune de ces jeunes filles !

Le film sort demain et voir la jeunesse n’a pas de prix alors allez-y vite !

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