Chronique Musique

Wilsen : La disparition sera pour plus tard

Ecrit par Jean-Baptiste

Tamsin Wilson a donné à son groupe son patronyme, à l’exception du « o » qu’elle a transformé en « e ». Une manière certainement, comme l’avait fait Grant Lee Philips au sein de Grant Lee Buffalo en son temps, d’affirmer que les deux musiciens dont elle s’est entourée font bien partie du collectif, mais que la tête de la formation, c’est elle et personne d’autre.

La combinaison des origines londoniennes de Tamsin et de la localisation brooklynite de Wilsen peut expliquer en partie le son du trio, marqué essentiellement par le folk américain mais où la new-wave s’immisce aussi par intermittence (dans la reverb sur la guitare, notamment). En résultent des chansons qui conquièrent patiemment l’auditeur, sans effets faciles ni refrains XXXL. Il faudra en effet un minimum d’efforts à ceux qui font leur ordinaire des combinaisons folk-rock à gros sabots pour capter les vibrations de ce deuxième album, sorti quatre ans après Sirens. Mais les douces mélopées, entre tradition et expérimentation, contenues dans ce beau disque calme, s’imposent à la longue comme un baume nécessaire.

Il ne faudra pas croire pour autant qu’I Go Missing In My Sleep n’est que zénitude et sérénité. A l’image de sa pochette inquiétante, qui rappelle les peintures de René Magritte tant par les ciels bleus délavés et nuageux que par la figuration d’un visage introuvable, le groupe fait aussi passer un sentiment diffus d’anxiété, qui peut confiner à l’angoisse d’anéantissement lorsque Tamsin Wilsen répète « Did the dark swallow you hole » à la fin du lent et atmosphérique Otto. Le morceau lui-même semble finir par s’évaporer, à l’image du titre du disque. Rebelote sur Dusk, où elle semble chantonner pour se rassurer tout en s’enfonçant inexorablement.

Mais la disparition, dans les ténèbres ou dans le sommeil, sera pour plus tard car le groupe, et au premier chef la voix de sa chanteuse, est bien présent de bout en bout. Cette voix claire est à l’autre extrémité du spectre de la netteté par rapport à celle d’Elena Tonra de Daughter, dont Wilsen a assuré la première partie à plusieurs reprises en 2016 et dont les accents de dramatisation doloriste sont totalement absents ici. Magnifiée par une prise de son d’une exemplaire précision, elle évoque souvent l’apaisement d’une mère berçant sa progéniture, mais sans la plénitude et la rondeur qui pourraient être associées à cette image. Un peu éplorée au début de Centipede, habillée d’échos sur Garden, s’enivrant de ses mots sur Heavy Steps, elle émeut systématiquement.

Les autres musiciens, inspirés et boostés par la créativité qu’impose la formule à trois, ne sont pas en reste et tirent de la batterie et de la guitares des motifs subtils pour offrir un écrin au chant de Tamsin.  Le silence devient un quatrième membre du groupe à l’occasion, mais quand il s’agit d’impulser de l’allant (Emperor), voire carrément du souffle et du lyrisme (la dernière partie du conclusif Told You, qui peut paradoxalement constituer une porte d’entrée intéressante dans cet album), le groupe répond aussi présent. C’est parfois le doux souvenir de L’Altra de In The Afternoon (2002) qui affleure.

I Go Missing In My Sleep fait partie de ces œuvres qui, dans le créneau profus des chanteuses associées au folk, n’affolera pas les radars. Sa beauté et l’intelligence de sa construction méritent pourtant autre chose qu’une disparition dans le flux des nouveautés.

Vous l’acquerrez chez Secret City, chez lequel il est sorti le 28 avril 2017.

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