Cinéma

A Girl Walks Home Alone At Night – Une errance nocturne.

Ecrit par Asae

 affiche a girl walks home alone at night

 

Ce film a été sélectionné au Festival du film de Sundance en 2014, au 40ème Festival du Cinéma Américain de Deauville où il a obtenu le prix de la Révélation Cartier puis, est passé en avant-première au 5ème Festival International du film de La Roche-Sur-Yon. Ana Lily Amipour est également venue présenter son film à L’étrange Festival en septembre 2014 à Paris.

Cette jeune réalisatrice vit à LA et on y ressent les inspirations autant musicales que cinématographiques avec des ambiances à la David Lynch. Ce film américano-iranien « old school vampire » est son premier long métrage. C’est un film en noir et blanc, saturé, avec des plans flous, magnifiques et photographiques (plan sublime des tatouages sur le corps d’un des personnages). Grâce au travail de Lyle Vincent, Directeur de la Photographie, le spectateur se laisse volontiers happé par ces images d’une grande sensualité.

Bad City, étrange ville iranienne imaginée par la réalisatrice, est vide, épurée et sombre. C’est un lieu d’errance qui inspire la méfiance. Elle a tenu à ce que les dialogues soient en persan, ce qui donne une impression plus envoûtante encore au film. Puis, il y a ce charnier au milieu de la ville où les corps s’amoncellent. Cette ville respire les vices et la mort. Cette jeune fille a-t-elle à voir avec la mort ?

Une fille solitaire comme le suggère le titre, vêtue d’un tchador et d’une cape noire, tenue identique tout au long du film lors de ses sorties nocturnes. Ces yeux très maquillés accentuent son regard intense et froid. Elle ne dit pratiquement aucun mot, ce qui la rend encore plus ésotérique. Lorsqu’elle se déplace sur son skateboard, tchador et cape flottants au vent, en suivant tous ces personnages afin de chercher du sang frais, elle paraît effrayante, ce qui contraste avec l’univers feutré et paisible de son appartement. Lorsqu’elle se retrouve chez elle, elle met du rock, enlève ce voile macabre pour nous laisser entrevoir une jolie marinière. Cette girl, interprétée par Sheila Vand, nous fascine. Sa rencontre avec le personnage d’Arash, superbement joué par Arash Marandi (nous faisant étrangement penser à James Dean) va la déconcerter.

a_girl

Film avec peu de personnages mais qui ont tous une réelle présence et un rôle à tenir. Ces personnages sont tous énigmatiques, tels des fantômes et le spectateur ne sait pas toujours pourquoi ils sont là ! On ne connait rien de leurs histoires. On va juste les suivre un instant dans cette ville avec toujours en arrière plan cette jeune femme qui rôde sans bruit. Mais que cherche-t-elle ? A jouer les justicières féministes ?

Il y a ces messages furtifs que l’on saisit à peine. Le sujet du bien et du mal transparait dans quelques scènes violentes. On aurait pu penser que Ana Lily Amipour allait nous amener à des réflexions telles que la religion, la place de la femme… Au contraire, elle ne veut pas vraiment nous en parler et raconte plutôt les travers de la société (la drogue, les armes, le crime, la prostitution).

Cette réalisatrice a été baignée de musique électro house minimale et la techno de Chicago et ça se sent. On y retrouve un groupe iranien Kiosk et son tube Yarom Bia. Le guitariste de Brian Jonestown and the Massacrors, avec son groupe Federale, lui fait un beau cadeau : la bande son Side project qui colle aux tripes de ce film.

Si le souhait de Ana Lily Amirpour était de nous fasciner, elle le réussit plutôt bien. C’est un premier film ambitieux original plein d’ardeur qui ne cherche pas à nous parler de religion mais plutôt de sujets sociétales. La réalisatrice bouscule le spectateur et l’emporte dans une multitude de genres : du thriller en passant par la romance, du fantastique au western et des images underground.

Je vous conseille de tenter cette ballade troublante, souvent macabre, pleine de silence, mais d’une énergie folle!

Sortie le 14 janvier 2015.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   

1 commentaire

Ajouter un commentaire