Les éditions Agullo

« Le Prix d’un avenir » d’Arpad Soltész

Les éditions Agullo vous offrent toute la semaine une nouvelle inédite à lire sur Addict-Culture ! Aujourd’hui on commence avec “Le Prix d’un avenir” d’Arpad Soltesz (auteur de Il était une fois dans l’est).

 

Oleg a la tête qui explose, sans doute à cause de cette bouteille de vodka qu’il a éclusée la nuit dernière dans le bar chez Zamir. Et à cause du coup qu’il vient de se prendre avec la crosse du pistolet de Zamir. À présent, nu comme un ver, avec le canon de l’arme dans la bouche, il est agenouillé par terre et, de peur, chie sur son tapis.
La mince fille blonde au regard vide s’habille en toute hâte, met sa culotte à l’envers, se dispensant du soutien-gorge. Elle a juste enfilé son tee-shirt à toute vitesse et se glisse à grand peine dans son jean étroit. Erika ? Monika ? Oleg n’arrive pas à se souvenir. Elle s’était montrée collante au bar, s’était invitée dans son taxi et avait fini dans son lit. Il ne sait pas s’il est parvenu à faire quelque chose, mais ils étaient nus quand il s’est réveillé en entendant Zamir défoncer la porte de son appartement à coups de pied.
– Espèce de salopard, tu as baisé ma gonzesse, dit Zamir en hochant la tête comme s’il n’arrivait toujours pas à le croire, et il vise de son pied l’entrejambe découvert d’Oleg.
En même temps, il sort le canon de sa bouche pour ne pas le souiller de vomi, et qu’Oleg ne se brise pas les dents de devant lorsqu’il s’affaisse par terre en position fœtale. L’Albanais tendineux aux oreilles décollées le retourne sur le dos d’un coup de pied.
– Je te mets à l’amende, annonce-t-il sèchement.
Puis il se tourne vers la fille et lui colle une gifle.
– File dans la voiture, espèce de pute, on réglera ça plus tard.
Il lui lance la clé avec le logo Mercedes et ne s’intéresse plus à elle.
Zamir ouvre la fenêtre, la puanteur est devenue épouvantable. Il s’assoit sur le lit d’Oleg et attend patiemment que celui-ci revienne un peu à lui.
– Je ne l’ai pas… (Oleg déglutit difficilement et se rend compte que la chose ne peut pas être expliquée.) Zamir, sorry, je ne savais pas que c’était ta meuf. Comment aurais-je pu le savoir ?
Zamir, l’air indifférent, vise de son arme un point dans l’angle de la pièce.
– Tu me laisses ta copine douze heures. Celle qui vend de l’herbe pour toi.
– Je te la laisse comment ? (La voix d’Oleg est désespérée.) Zamir, ce n’est pas ma…
– N’aie pas peur, je ne veux pas la baiser. Si je voulais la baiser, je me la ferais sans même te demander. J’ai besoin qu’elle fasse un travail.
– Quel travail ?
– D’emmener de la marchandise à Berlin, c’est tout. Elle aura mille balles de l’heure. Douze mille euros.
    Oleg pâlit. Il sait ce que les Albanais exportent en Allemagne, même s’il préférerait ne pas savoir. Il ne veut rien avoir à faire avec ça. D’ailleurs il ne veut rien à voir avec aucun Albanais, mais ce sont eux qui contrôlent tout le business de l’herbe, et il faut bien qu’il vive de quelque chose.
Saloperie d’Union et putain de Schengen, se dit Oleg. Avant, il vivait comme un roi à la frontière ukrainienne. Il avait commencé par les clopes, l’alcool et le fuel de contrebande. Ensuite, dans les bienheureuses années quatre-vingt-dix, le passage de clandestins était devenu florissant. Il suffisait de faire traverser la ligne aux illégaux, de les amener dans le village le plus proche, de les stocker dans la cave et d’attendre que des camions viennent les chercher pour les emmener quelque part dans un trou pourri. Trois cents dollars par tête. Personne ne les arrêtait. Pour quoi faire ? Les migrants, c’était le problème des Boches et des Engliches, ils ne restaient pas en Slovaquie. Seul restait le fric, et il y en avait assez pour tout le monde, même pour les flics. Ensuite est arrivé ce putain de merde de diktat de Bruxelles, la frontière a été fermée et les voies migratoires ont changé.
     Pour survivre, Oleg devait trouver un nouveau business. Il connaissait des gens qui connaissaient des gens. Il déménagea de Sobrance à Košice et commença à faire dans la drogue. Ce n’était pas possible sans les Albanais, alors il avait appris à traiter avec ces enculeurs de chèvres. Mais il n’est pas de taille à se lancer dans l’histoire dans laquelle Zamir veut le mouiller aujourd’hui. Il doit s’en dégager.
– Je ne sais pas si ma copine sera d’accord.
– Tu vas la convaincre.
– Je n’ai rien à voir avec elle. Elle ne fait que m’acheter la ganja.
– Tu baises avec elle, non ?
– C’est bon pour les affaires. Ça renforce la confiance, tu comprends ?
– Tu vas la convaincre, répète Zamir, et le canon du pistolet revient se pointer sur Oleg. Vous vous présentez dans ma boîte, demain après déjeuner. À quatre heures.
Zamir se lève et se dirige vers la porte.
– D’ailleurs, elle s’appelle comment, ta morue ?
– Marta.
– À quatre heures, répète Zamir, et il part sans même se retourner.
– Incroyable, ce débile s’est chié dessus devant toi, dit la blonde dans la voiture avec un émerveillement d’enfant gesticulant comme si Zamir l’avait emmenée au cirque, avec des clowns particulièrement comiques.
– Est-ce que tu as bien tiré ton coup, au moins ?
– Il s’est endormi tout habillé. Ce qui m’a donné le plus de turbin, c’est de le déshabiller.
– Du fric facile.
Zamir tend à la prostituée un billet de cinq cents et la dépose dans la cité, devant un immeuble anonyme en panneaux de béton.

***

    Marta écrase le bout de son joint de la pointe du pied et l’envoie dans le canal. Personne ne fait attention à elle. Ici, tout le monde fume partout. La petite ville au passé glorieux et sans avenir est un État dans l’État. La marihuana a été décriminalisée le jour même où Marta a commencé à en fournir aux subordonnés de son père. Avant qu’il se biture à mort, son père avait été le patron du commissariat local.

     Elle monte dans l’autobus, s’installe à l’arrière. Elle tourne la tête et regarde par la vitre arrière sale les immeubles gris au crépi écaillé qui disparaissent lentement dans la poussière. Sur la bande étroite, sinueuse, de trous jointés par des couches d’asphalte pour former quelque chose qu’on considère ici comme une route, un camion chargé de bois se traîne devant eux.
    La petite ville minière, perdue dans les montagnes, oubliée de Dieu et du gouvernement, fut florissante à l’époque où on y extrayait de l’or, quelque part vers la fin du quinzième siècle. Depuis, elle ne fait que décliner. Marta est née ici cinq cents ans plus tard, manifestement en guise de punition.
– Nous naissons tous ici en guise de punition, lui disait Viktor quand ils couchaient encore ensemble.
À l’époque, il ne s’intéressait plus qu’à la meth. Il avait treize ans de plus qu’elle, mais semblait plus vieux que son paternel au moment de son départ en retraite pour invalidité, avec sa cirrhose au stade terminal. Le commissaire de police n’avait pas survécu plus de six mois à la retraite. Elle n’en donnait pas plus à Viktor. Il était intelligent, voire sensé, à sa manière. Il avait fait ses études à Prague, mais était revenu ensuite au pays, avec le sentiment que quelqu’un devait sauver sa ville natale. Il avait fondé un centre associatif et essayait d’éduquer les enfants d’un campement rom. Ses projets n’intéressaient personne. Ils avaient capoté dans l’indifférence générale, et Viktor aussi finirait par mourir de même. Elle ne pouvait rien faire pour lui, alors elle lui apportait au moins quelques doses de temps en temps.
    La dernière fois qu’elle lui avait apporté la pervitine¹ la plus pure qu’elle ait pu trouver, il l’avait regardée comme un rat affamé, acculé dans un coin. Elle savait qu’il la tuerait sans remords pour ces quelques grammes de cristaux jaunâtres. Elle ne pouvait supporter ce regard, elle sentit les larmes lui monter aux yeux.
– Tout droit de chez le fabricant, n’en abuse pas, l’avait-elle averti.
– Mieux vaut mourir d’overdose que d’abstinence.
Il lui avait posé la main sur l’épaule presque comme pour la consoler, mais elle avait senti une légère pression qui la poussait vers la porte. Il voulait la voir décamper au plus vite pour pouvoir enfin plonger dans la marmite.
La vie a appris à Marta à ne pas chercher à résoudre ce qui n’a pas de solution. Elle sort son iPhone, met ses écouteurs, envoie Trosky² et profite du voyage pour dormir au moins un peu.

***

    Il fait nettement plus chaud à Košice, les nuages de plomb commencent à se déchirer et le soleil apparaît par moments. Oleg devait l’attendre à la gare, mais bien entendu il n’est pas là. Marta achète au bar une lavasse marron et tiède qui coûte plus cher que le café chez eux. Le liquide dans le gobelet en plastique pue comme un effluent pétrolier lors d’un accident dans une raffinerie. Elle sort devant le bâtiment et allume une cigarette. Une cigarette normale, les flics d’ici ne sont pas aussi tolérants que dans leur ville libre royale.
Elle envoie un SMS à Oleg : « Je suis là, je prends un taxi. » Elle s’avance vers la première voiture libre du rang. Elle a déjà la main sur la poignée quand la Range Rover noire d’Oleg apparaît au coin. Il double expertement la file de taxis dans la rue étroite et freine brutalement.
– Où tu étais encore passé, merde ? dit Marta en guise de salutation, et elle s’installe sur le cuir fin, couleur crème.
– Putain, ma belle, ne sois pas tout de suite comme ça, j’avais à faire, tu comprends ?
Oleg se penche vers elle et l’embrasse sur la bouche. Marta ne se dérobe pas, mais ne lui rend pas son baiser. Oleg, c’est un peu comme son mec, mais il lui tape de plus en plus sur les nerfs, et elle se rend compte que seules les affaires la retiennent auprès de lui. Il a un peu plus de trente ans, à peu près comme Viktor, mais son âge mental est celui d’un ado de seize ans. Au début, son côté infantile lui paraissait mignon, maintenant il ne fait que l’irriter.
– Du travail, toi ?
– Oui, le business, tu comprends ?
Jadis, Oleg était le dealer de Viktor. Il lui fournissait l’herbe de chez les Albanais et du tintin³. Ç’aurait pu être idyllique, si Viktor n’avait pas commencé à goûter à la marchandise. Quand il n’a plus pu gérer les affaires, c’est Marta qui s’en est chargée. Et quand il n’a plus pu gérer leur vie commune, c’est Oleg qui a récupéré Marta.
Ils ne vont pas loin, Oleg se gare une rue plus loin, devant l’Auge. Il ne parle pas business en voiture. Pour Marta, ce comportement tient de la paranoïa. « Personne n’a encore pris douze ans parce qu’il était parano, mais à cause de la came, si », lui avait cloué le bec Oleg, quand elle s’était moquée de lui.
L’Auge abrite les strates les plus basses de la criminalité locale, installées ici à demeure. Les macs des putes à vingt balles qui se gèlent sur les trottoirs aux alentours de la gare, les chauffeurs de taxi receleurs de marchandise tombée du camion et les voleurs roms à la tire. L’Auge, c’est un fond d’étang vaseux dont on ne peut pas remonter, où on ne peut que s’enfoncer encore plus bas. Mais le rade se trouve dans un souterrain profond aux murs épais et rugueux. Il n’y a pas de réseau. Depuis qu’on ne peut plus enlever les batteries des mobiles, Oleg règle toutes ses démarches commerciales ici.
– Zamir a un boulot pour toi, annonce-t-il à Marta, une fois que la serveuse a posé devant eux deux Kofola ¼ pressions.
– Cet Albanais aux grandes oreilles ?
Marta boit un peu de Kofola. On dirait que celle-ci a servi au lavage approfondi du sol. D’un coup d’œil rapide, elle s’assure que le sol n’a pas encore été lavé cette année.
– Ouais.
Marta ne supporte pas Zamir. Il est toujours parfumé comme une vieille pute et la regarde comme un poivrot une bouteille dans la vitrine. Elle ne peut imaginer quel genre de travail il pourrait avoir pour elle. Oleg se tait quelques instants. Il prend une profonde inspiration et la regarde dans les yeux.
– Je sais que tu ne le portes pas dans ton cœur, mais il t’offre douze mille balles pour douze heures.
Marta se fige.
– T’es complètement malade, espèce de connard ?
Elle serre dans la main l’anse de la lourde chope pleine de Kofola et se demande si elle va la vider sur Oleg ou carrément lui casser la tête. Elle sait que le gars a des problèmes, mais qu’il essaie de la transformer en pute albanaise, ça, elle ne l’aurait pas imaginé de sa part. Oleg ne comprend pas son explosion.
– Qu’est-ce que tu déconnes  ?
Il se recroqueville et lève les bras dans un geste défensif.
– Il a besoin de transporter quelque chose et il lui faut une fille pour le faire.
– Quoi ?
Marta pose prudemment la chope sur la table comme si elle avait peur de voir le verre épais éclater. Elle se sent gênée d’avoir pris la mouche.
– Il a besoin d’une femme courrier.
– Tu ne pouvais pas le dire normalement, espèce d’abruti ?
– Comment ça, normalement ? Je te raconte normalement qu’il te paie mille balles de l’heure pour ce travail…
Oleg éclate de rire avant d’enchaîner :
– Tu délires, ma belle ? Tu imagines vraiment que Zamir donnerait mille balles de l’heure pour pouvoir te baiser ? S’il le voulait, il te coincerait tout bonnement contre une table ici à l’Auge, et tu serais encore contente qu’il ne te casse pas les dents pour que tu lui tailles une pipe sans problème.
Oleg cesse soudain de rire et prend une mine indignée.
– Marta, tu crois vraiment que je te… (Il ne finit pas sa phrase, il se contente de secouer la tête, d’un air de reproche.) Je sais que je peux être un salopard, mais je t’aime.
Il ne lui avait jamais dit qu’il l’aimait. Il la complimentait pour sa beauté, la félicitait pour ses performances au lit, se montrait volontiers avec elle en public, mais il n’avait jamais dit qu’elle était pour lui autre chose qu’une partenaire commerciale, avec avantages en nature. Lorsqu’elle venait chercher la marchandise, elle ne passait jamais plus d’une nuit chez lui.
– D’accord. Je le ferai, murmura-t-elle.
Soudain, elle eut terriblement honte de ce qu’elle avait pensé de lui.
– Pardon, Oleg.
– Viens, on va le voir. Tu veux conduire ?
Il lui tend les clés de la voiture. Il sait à quel point elle aime être au volant. Tout le monde le sait. Quand il s’agit de voitures, Marta est un vrai mec.

***

    Zamir est aussi prosaïque qu’un employé de banque. L’odeur qui règne dans le petit bureau derrière le bar fait toujours penser à celle d’une parfumerie après un tremblement de terre, mais Zamir ne lui lance pas le moindre regard lascif.
– Tu prends le train de nuit pour Pest, Oleg te mettra à la gare, dit-il en lui tendant le billet.
Zamir est installé derrière son bureau dans un fauteuil à roulettes en similicuir. Il ouvre le tiroir et en sort un mobile chinois, du genre qu’on trouve pour quelques dollars sur AliExpress.
– S’il y a un problème, tu appelles le numéro enregistré, annonce Zamir. Tu ne contactes personne d’autre. À Budapest, tu prends un taxi et tu te fais emmener à la première adresse de la liste.
Il lui tend une simple enveloppe. Elle contient une feuille avec des adresses imprimées et deux mille forints.
– Pour le taxi, ajoute Zamir en tendant la main. Ton mobile.
– Quoi ?
– Donne-moi ton mobile. Tu n’en auras pas besoin. Après le boulot, tu reviens directement me voir. Tu emmènes la voiture qu’on te donnera à la deuxième adresse. Berlin, parking-relais à la gare Albrechtshof de Spandau. Tu seras attendue. Tu as douze heures pour la livraison. Tu livres la voiture, tu touches tes douze mille, tu prends le premier train pour la gare centrale de Berlin, tu achètes un billet pour Vienne, de Vienne tu prends le train de Bratislava et de Bratislava le premier train pour Košice. Là, tu montes dans un taxi et tu viens directement ici au bar. Tu ne parles à personne, tu n’appelles nulle part et tu attends que j’arrive. C’est clair ?
– Et si je ne suis pas dans les temps ?
– Aucune raison.
– Il peut arriver n’importe quoi, une panne, des flics, un accident. Et si je rate le rendez-vous ?
– S’il y a quelque chose, tu m’appelles. Mais de toute manière tu seras dans les temps.
– Mais si je ne le suis pas ? insiste Marta
Zamir hoche la tête.
– Je ne sais pas ce qui arrive quand le courrier n’est pas dans les temps, je me contente d’en trouver un autre, tu comprends ?
– C’est clair.
Marta essaie de le dire sur un ton anodin, comme si elle avait l’habitude des menaces de mort, mais on dirait le couinement d’une souris qui vient de se faire prendre au piège.
– Si tu fais l’affaire, tu pourras rouler pour moi régulièrement. Zamir lui sourit, mais ses yeux noirs sont comme ceux d’un ourson en peluche – immobiles et vides. Il range l’iPhone de Marta dans le tiroir d’où il a tiré l’enveloppe.
– Tu le récupères à ton retour.

***

    Ce n’était pas une bonne idée de boire de la Kofola à l’Auge. Les toilettes du train font penser à l’entrée dans une autre dimension où vivent des choses dangereuses et puantes, mais elle n’a pas le choix. On dirait que ses entrailles explosent.
À Budapest, le chauffeur de taxi lui soustrait les revenus mensuels d’une famille nombreuse de Roms, mais les forints de l’enveloppe couvrent exactement le prix de la course. Il la dépose quelque part en banlieue, près d’une voie ferrée. Deux grands gaillards secs et basanés sortent d’une Audi A8 noire garée près d’un entrepôt. Ils la saluent en allemand ; à part ça, ils ne disent pas grand-chose.
Dans l’entrepôt attend un Volkswagen Transporter argenté avec des plaques allemandes. Les sièges de l’habitacle ont été empilés à la va-vite près du mur et la fourgonnette est remplie jusqu’au plafond de conserves de poivrons. Sur le siège passager avant se trouve un étui avec les documents. Les garde-boue sont fleuris de rouille, mais la boîte automatique fonctionne parfaitement, le moteur avec ses trois litres de cylindrée tourne sans à-coups. Marta va passer par l’Autriche et la Tchéquie. Même cela devrait lui laisser environ une heure de battement. Chère Union, cher Schengen – pas de délais, pas de contrôles.
Elle cherche un champ pour s’arrêter et roule plutôt lentement, ce qui lui évite de percuter la patrouille de police insuffisamment éclairée. La Kofola se rappelle de nouveau à son souvenir et voilà trente bons kilomètres qu’elle n’a pas rencontré de station-service. Elle freine brutalement sur l’accotement, saute hors de la voiture et s’enfuit dans la nuit. C’est le mois de novembre, le champ labouré est désert, mais le ciel est menaçant et la nuit presque totale. Les policiers furieux crient quelque chose en hongrois, mais Marta n’a pas le temps. Elle baisse prestement son jean et s’accroupit. Le borborygme lui cause une douleur presque physique. Aucun homme ne devrait entendre ça. Pas même un flic hongrois. Mais les cris se taisent aussitôt et on entend un rire étouffé.
En revenant à la voiture, Marta a les oreilles qui brûlent. L’un des deux flics est un vrai bleu, on dirait un enfant qui aurait endossé l’uniforme de son père. Les commissures de ses lèvres s’agitent et il essaie de toutes ses forces de réprimer son rire. Le second est nettement plus vieux, il peut avoir la quarantaine. Il prend un air compatissant et lui dit quelque chose sur un ton paternel. Elle n’a pas besoin de comprendre les mots pour savoir ce qu’ils veulent dire – ne vous en faites pas, mademoiselle, heureusement que vous y êtes arrivée à temps.

***

    Elle atteint Berlin avec une heure d’avance et sans autre incident. Elle se gare dans le parking-relais et attend. Cinq minutes plus tard environ, une discrète Mercedes classe E vient se garer à côté d’elle. Soit ils l’ont suivie, soit il y a un mouchard dans la voiture. Un Arabe musculeux d’âge moyen, aux cheveux épais, noirs et frisés, à la barbichette soignée, sort de la merco. Il s’assoit à la place du passager avant et lui parle en anglais avec un accent français à couper au couteau.
– Bonjour, vous allez bien ? Je suis Karim. Mettez le contact, s’il vous plaît. Nous allons à Paris, je vous guide.
– Non, dit Marta en tournant la tête. Je devais amener la voiture à cette adresse. Donnez-moi mon argent et emmenez-la où vous voulez.
Elle sort la clé du contact et la lui tend.
Sans argumenter, Karim enfonce la main dans son blouson de sport. Marta s’attend à le voir extraire le pognon, mais quand il sort la main de sa poche, il tient un bout de métal noir, plat, allongé, de forme caractéristique. Un cliquetis sonore et métallique se fait entendre et une lame brillante jaillit du manche. Marta sait qu’elle est tranchante comme un rasoir et qu’elle est solide, comme si le couteau était fait d’une seule pièce d’acier. C’est un Microtech Halo V à six cents dollars, la Rolls Royce des couteaux automatiques. Son père adorait et collectionnait tout ce qui servait à exercer de menues violences : coups-de-poing, matraques télescopiques et particulièrement les couteaux. Évidemment, il n’avait jamais eu de quoi se payer un vrai Microtech, mais il lui a laissé en héritage une solide copie chinoise qu’elle garde même maintenant dans son sac à dos. Karim tient le sien à la main et il est clair qu’il sait s’en servir. Marta soupire profondément, remet la clé dans le contact et suit les indications de l’Arabe.
Il faut encore onze heures pour arriver jusqu’à Paris. Marta met une station de pop allemande et monte le son de la radio. D’une part pour ne pas s’endormir, mais surtout pour épicer le voyage de cet enfoiré. Elle ne desserre pas les dents de tout le trajet, et cela semble convenir parfaitement à Karim.
À Paris, ils se garent au milieu d’immeubles qui rappellent à Marta les grands ensembles communistes délabrés du bloc de l’Est. Karim appelle quelqu’un et au bout de quelques instants une discrète Peugeot bleue se gare à leurs côtés. Karim lui ordonne de la suivre. Ils atteignent un petit hangar de tôle, Marta y entre en marche arrière. Quatre jeunes Arabes sortent de la Peugeot, Karim retire la clé du contact, ordonne à Marta d’attendre dans la voiture et sort lui aussi. Il explique quelque chose aux quatre hommes pendant quelques instants et soudain une querelle éclate. Finalement, un des jeunes Arabes sort un pistolet et le pointe sur Karim.
Si ce connard n’avait pas confisqué la clé, Marta se risquerait à fuir. Mais là, elle se contente de rester assise, elle essaie de se souvenir d’une prière, au moins Ô mon saint ange gardien, qui m’assistez dans mon besoin… et elle attend de voir comment les choses vont tourner. Un des jeunes vise Karim, les trois autres s’empressent de vider les conserves de poivrons. En quelques minutes, ils démontent aussi le plancher. Il dissimule deux longues caisses militaires. Marta préfère ne pas se retourner, mais lorsqu’ils ouvrent la première, un coup d’œil dans le rétroviseur lui suffit. Son père adorait les armes et avait toujours voulu un fils. Elle n’était pas vraiment intéressée, mais elle s’y connaît. Des Kalachnikovs. Ou plus exactement leurs clones yougoslaves, des fusils d’assaut M70.
Le jeune Arabe range son arme, serre la main de Karim et l’embrasse. Marta continue de regarder fixement la porte fermée du hangar et fait semblant de ne rien voir, rien entendre. Un peu plus tard, la portière s’ouvre de son côté.
– Vingt-cinq mille euros, dit Karim en lui tendant une épaisse
enveloppe contenant cinquante billets de cinq cents. –
– Mille par heure de transport et un petit bonus pour les complications imprévues. Nous vous appelons un taxi, il vous emmènera à la gare. Évitez absolument les aéroports et les routes, souligne-t-il en l’accompagnant dans la rue.

***

    Les cheminots français sont en grève. « Bienvenue au pays des fromages, du vin et des syndicats », grommelle Marta, les dents serrées. Elle s’assied par terre, s’appuie contre le mur et s’endort. Elle arrivera à Košice après cinq changements et avec plus de quatre jours de retard. Elle n’ose appeler personne, elle se contente d’envoyer un message sur le numéro de Zamir.
« Le client m’a fait aller jusqu’à Paris, les trains sont en grève, je suis en route. »
Sans son iPhone, elle meurt d’ennui, elle n’a pas de musique, d’Internet, de films, de liseuse électronique. Dans le train entre Bratislava et Košice on lui propose un journal, elle est tellement désespérée qu’elle le prend. Elle parcourt du regard le bandeau à la une de la feuille de chou, sursaute, le relit et le lit encore une fois. Elle se lève d’un bond, se précipite aux toilettes et vomit spasmodiquement.
À Paris, des terroristes ont attaqué une salle de concert. Avec des fusils d’assaut yougoslaves M70. Plus de cent morts, d’autres blessés dans un état critique.
Le temps d’arriver à Košice, elle se reprend un peu et commence à faire usage de son cerveau. Dans le premier tunnel, elle jette le téléphone de Zamir par la vitre. En descendant du train, elle fait le tour, traverse les rails, suit les voies ferrées jusqu’à quitter le centre-ville. Elle va à pied jusque chez Oleg, les taxis sont des rats et Zamir a les yeux partout. Elle emprunterait bien le mobile de quelqu’un pour appeler Oleg et le prévenir, mais elle ne connaît pas son numéro par cœur.
Oleg n’ouvre pas, on dirait qu’il n’est pas chez lui. Étant données ses activités, sa serrure est plutôt nulle. Marta sort de son sac à dos le couteau de son père et deux épingles à cheveux. Son père lui a appris la théorie, mais elle ne l’a jamais mise en pratique. Elle n’y arriverait peut être pas, mais la serrure est cassée et la porte cède dès qu’elle la pousse.
Chez Oleg, ce n’est sans doute pas la meilleure planque du monde, mais comme les hommes de Zamir l’attendent devant la gare, ils ne se doutent peut être pas encore qu’elle est arrivée.

    S’ils n’ont pas surveillé le mobile. Et si vraiment ils cherchent à l’attraper. Peut-être que le choc lui fait voir les choses trop au tragique. Mais la paranoïa n’a encore tué personne, tandis que les Albanais ont déjà rempli tout un petit cimetière.
Elle fait un tour rapide dans les toilettes et la salle de bains, traverse le salon et jette un coup d’œil dans la cuisine. Finalement, elle entre dans la chambre. À la lumière du réverbère qui éclaire la pièce, Marta voit Oleg étendu sur son lit. Il a encore dû se soûler. Elle s’avance vers lui, le prend par les épaules pour le réveiller.
Cette fois-ci, le choc ne la fait pas gerber, mais elle prend une bonne crise d’hystérie. Elle se rend compte qu’Oleg est tout froid, et c’est alors qu’elle prend conscience de cette odeur qu’elle respire depuis qu’elle est dans l’appartement. Exactement la même qu’un certain matin, lorsqu’elle a trouvé son père mort dans son lit.
Elle part à la salle de bains, fait couler l’eau froide. Tour à tour, elle boit et s’en verse sur la tête. Finalement, elle reprend ce qui lui reste de courage et retourne dans la chambre. Elle allume la lampe de chevet. Oleg a les yeux fermés, mais il n’a vraiment pas l’air de dormir. On dirait une réplique en matière plastique bon marché.
Sur la table de nuit un gros tas de meth est répandu, avec une seringue utilisée. Tout le monde va croire que ce dealer notoire a fini par faire une overdose fatale. On dira que vous récoltez ce que vous semez. Car presque personne ne sait que l’alcool était la seule drogue qui intéressait Oleg. Il ne touchait pas à sa marchandise, il n’avait jamais même essayé l’herbe.
Marta n’ignore pas qu’elle devrait appeler les flics, mais que leur dirait-elle ? Qu’elle a transporté des armes jusqu’à Paris pour des terroristes qui ont massacré plus de cent personnes et que les fournisseurs albanais sont en train de liquider les témoins ? Combien prendrait-elle ? Douze ans ? Plutôt vingt. Elle préférerait le couteau de Karim entre les côtes, au moins ce serait rapide. Mais si elle a le choix, elle essaiera de survivre.
Elle met presque deux heures à pied pour atteindre le village le plus proche. Elle s’assoit sur un banc et attend le premier car pour chez elle.

***

    Marta évite son propre appartement, elle se rend chez Viktor sans cesser de regarder derrière elle en chemin.
– Ils ne t’ont pas cherchée ? Les flics nous recherchent ! Ils ne t’ont pas suivie ?
Viktor l’attire brutalement dans l’appartement, met la chaîne de sécurité et ferme les deux serrures à clé. Il a une super attaque de paranoïa due au tintin. Un jour, il avait entraîné Marta dans l’appartement et avait ouvert une par une toutes les armoires pour y chercher des policiers. C’est alors qu’elle l’avait quitté pour de bon.
– Je ne sais pas s’ils m’ont suivie, mais ils me recherchent. Pas les flics, les Albanais. Les hommes de Zamir. Ils veulent me descendre.
C’est un peu paradoxal, mais sa réponse fait revenir Viktor à la normale.
– Quoi ? Pourquoi Zamir voudrait te descendre ? Tu n’as pas payé la marchandise, ou quoi ?
– Tu as vu les informations ces jours-ci ?
– Non. Peut-être. Je ne sais pas. Je perds un peu la notion du temps. Qu’est-ce que tu as fait ? On a parlé de toi aux informations ?
– Tu as entendu parler de l’attentat à Paris ?
– Le concert, ouais, un vrai massacre, ces fanatiques sont complètement dingues.
– Je crois que c’est moi qui leur ai acheminé les armes. De la part de Zamir. C’est pour ça que je suis partie si longtemps.
Viktor s’assoit sur une chaise de la cuisine, il se roule une cigarette de tabac pur et la regarde. À cet instant il semble tout à fait lucide.
– Il faut que tu te caches, mon amour, mais chez moi, ce n’est pas la meilleure des planques. C’est sans doute le premier endroit où tout le monde viendrait te chercher.
– Je ne peux pas rentrer chez moi non plus.
– Non, c’est sûr. Tu ne devrais même pas te montrer dans la rue.
– Alors qu’est-ce que je dois faire ?
– L’ancienne mine.
– Quoi ? Je dois me retirer sous terre ?
– Oui, ma chérie, tu y tiendras bien quelques jours jusqu’à ce que ça se tasse. J’ai les clés, au centre associatif on voulait en faire un musée expérientiel pour les enfants. Personne ne viendra nous y chercher.
– Tu veux venir avec moi.
Marta ne demande pas, elle constate, mais sur un ton qui montre clairement que cette idée lui plaît encore moins.
– Mon amour, je suis un camé et un déchet et nous savons tous les deux que je vais clamser bientôt. Mais j’ai encore quelques réserves grâce à toi, j’arriverai à rester dans la norme quelque temps. Une norme relative, il faut bien dire. Et toute seule, toi aussi tu y deviendras dingue. Va voir à la fenêtre s’il n’y a personne.
Viktor emballe de la nourriture, de l’eau, des duvets, des lampes de poche, il trouve même dans son fatras une vieille lampe à carbure. Pour finir il tire de sous son lit un carton enveloppé de plastique et d’un ruban adhésif.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Du danubit et des détonateurs.
– Où as-tu trouvé du danubit, grands dieux ?
– C’est une ville minière, ma chérie.Ton père avait les armoires pleines d’armes, nous autres, nous avons du danubit sous nos lits.
– Un explosif ? Pour quoi faire ?
– Je ne sais pas. Comme arme, c’est que dalle, mais il vaut mieux une arme nulle que pas d’arme du tout.
Marta hausse les épaules et ne discute pas.
– On va attendre qu’il fasse nuit, dit Viktor. Va prendre une douche, étends-toi et dors comme une personne humaine. Je vais monter la garde.

***

    Viktor réveille Marta avant cinq heures. Elle est complètement abrutie, elle n’a toujours pas digéré le choc. Elle fait ce que Viktor lui ordonne et elle lui est reconnaissante de ne pas être obligée de réfléchir sans cesse.
Ils arrivent à l’entrée de la mine abandonnée à la nuit tombée. Viktor, déverrouille la porte et ils entrent. Il l’emmène par une galerie jusqu’à un endroit où l’espace s’élargit pour former une petite salle où sont garés plusieurs chariots de mine rouillés.
– L’endroit idéal pour pieuter, c’est sec et on n’est pas autant à l’étroit, dit Viktor, et il commence à déballer les sacs de couchage et les provisions.
Marta s’étend et se rendort aussitôt. Quand elle revient à elle, son cerveau se remet à fonctionner. Elle réalise à quel point la situation est absurde. Elle ne va tout de même pas rester terrée ici comme un rat. Elle a vingt-cinq mille balles dans son sac, ça fait assez d’argent pour disparaître discrètement et attendre que les choses se calment.
– Viens, Viktor, on se barre. C’est complètement idiot.
Il ne veut rien entendre, il lui hurle dessus, disant qu’elle est devenue folle et qu’elle va se faire tuer. Il est de nouveau complètement paranoïaque. Marta laisse tomber et elle part sans autre façon. Les cris hystériques de Viktor la suivent tant qu’elle n’a pas atteint la lumière du jour. Il n’y a même pas deux kilomètres jusqu’à la ville. Elle va aller sur la place, prendre un café et mettre les bouts par le premier bus, peu importe la destination. Sauf Košice, évidemment. Elle va peut-être se barrer à Prague, elle disparaîtra dans la foule.
La Mercedes noire S 600 AMG garée sur la place fait l’effet d’un piano à queue dans un abri souterrain. Elle crève les yeux. Tout comme les quatre Albanais installés à l’intérieur. Marta fait aussitôt demi-tour pour disparaître, mais un des types l’a déjà remarquée. Le moteur vrombit et la voiture s’élance dans sa direction. Marta part en sprintant dans les petites rues où la grosse limousine ne peut pénétrer. La ville médiévale est exiguë, c’est une ville de montagne. Elle traverse une cour, oblique dans une ruelle qui serait étroite même pour une moto, franchit deux clôtures et quelques instants après se retrouve à courir sur une route forestière. De là, elle passe sur le chemin empierré qui mène à l’entrée de la mine abandonnée.
Cette fois-ci Marta a tout faux. Les Albanais ont compris qu’elle essaierait de fuir la ville et ils sortent du tournant, même pas à deux cents mètres derrière elle, lorsqu’elle se glisse dans l’étroit passage. Marta s’éclaire avec son mobile et crie pour avertir Viktor.
– Ils sont là, ils nous ont trouvés.
– Je sais, mon amour, dit Viktor, accroupi, le visage contre le mur dans un coin sombre.
Marta ne le voit pas correctement, mais sa voix est tout à fait tranquille et égale.
– Continue de courir, au premier carrefour à droite, au suivant encore à droite, au bout de quelques mètres tu tombes sur un petit éboulement qu’on peut franchir sans trop de mal à plat ventre. On peut tout faire en trois minutes, même avec la partie couchée. Tu en as cinq. Tu vas sortir dans des buissons épais. Traverse la forêt et attends le premier car dans un village.
– Et toi ?
– Je vais me cacher par là.
– Viktor, ne fais pas le con…
– Quatre minutes cinquante secondes, l’interrompt Viktor.
Marta part en courant. Elle espère que les hommes de Zamir ne verront pas Viktor dans l’obscurité, qu’ils rateront l’intersection, qu’ils se perdront dans le labyrinthe des galeries et finiront par se briser la nuque au fond d’un trou.
Marta trouve les deux carrefours et franchit sans problème l’éboulement au-dessus duquel il reste cinquante bons centimètres d’espace. Elle regarde sa montre – elle est dans les temps, il lui reste encore une minute. Mais ce délai, c’était pourquoi, en fait ? Il est évident que lorsqu’on circule prudemment dans une galerie obscure, cela vous prend plus longtemps, mais de combien, même Viktor ne peut tout de même pas le deviner à la seconde près.
Elle finit par comprendre lorsque le sol se met à trembler sous ses pieds ; un nuage de fumée sort de derrière l’éboulement et un grondement assourdi se fait entendre.
– Viktor !
Marta est agenouillée sur le sol durci par les premières gelées et des larmes coulent de ses yeux. Ce crétin s’est fait sauter avec ces fumiers d’Albanais. Et Zamir ne saura jamais que Marta n’a pas claqué avec eux. Personne ne viendra sortir des corps d’une mine abandonnée depuis un demi-siècle et risquer d’autres vies.
Marta tourne le dos à la ville avec son célèbre passé et son absence d’avenir, elle suit les marques jaunes qui mènent à la vallée où coule la petite rivière locale. Viktor lui a acheté un futur. Elle ne sait pas lequel, mais elle devra s’efforcer d’être digne de ce sacrifice. Elle a quelques connaissances en Irlande, qui risquaient une peine de prison ici à cause de la drogue. Elle s’efforcera de commencer une vie nouvelle là-bas. Elle se roule un joint et presse le pas.

¹ Drogue dérivée de la métamphétamine
² Les Décombres : un des premiers groupes de rap slovaque
³ Autre nom de la pervitine
¼ Boisson caféinée non alcoolique

Merci aux éditions Agullo

 

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Photo : Dimitri Bong / Unsplash

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