Littérature Etrangère

Alan Parks, Glasgow Noir

« Il y en a une dans la version américaine du roman, mais c’est une demande de l’éditeur… ce n’est pas de ma faute ! » répond Alan Parks quand on lui fait remarquer le plaisir que l’on a eu à ne pas trouver au début ou à la fin de son roman une playlist, cette nouvelle tarte à la crème de l’édition. Car on pouvait le craindre à la vue du CV du bonhomme, ancien promoteur musical et directeur de label qui a notamment travaillé au management de Lloyd Cole and the Commotions. Mais si l’on trouve dans Janvier Noir, son premier roman, une citation de Rod Stewart en exergue et David Bowie dans sa loge avant un concert, ce n’est pas forcément l’ambiance culturelle et musicale de l’Écosse des années 1970 que cherche à mettre en avant Alan Parks.

L’homme a 54 ans et est donc venu à l’écriture sur le tard. Et ce qui lui a donné l’envie de s’y lancer, c’est avant tout Glasgow. Sa ville. Parti faire carrière ailleurs, il a fini par y revenir. À son retour, il suit des cours du soir. Celui sur l’histoire de Glasgow au vingtième siècle vient titiller sa curiosité. Parks aime marcher aussi. Il explore donc la ville. Une ville qui a bien changé, d’ailleurs, qui s’est gentrifiée tandis que les classes populaires étaient peu à peu rejetées en périphérie. On est loin du Glasgow qu’a connu Alan Parks dans sa jeunesse, avec ses immeubles en ruines, ses rues sombres et ses quartiers où l’on naissait, grandissait et finissait par mourir, terreau fertile à la formation de gangs et parfois de guerres de territoires. La conjonction des souvenirs, des cours d’histoire, et du constat de ce changement non seulement de la ville elle-même mais aussi de ceux qui l’habitent débouchent sur l’idée d’un livre.

Quais du Polar 2018 // © Maryan Harrington

Ça aurait pu être un essai historique, mais à la façon dont Alan Parks évoque cette possibilité, en écarquillant les yeux et en soulevant les sourcils, on comprend qu’elle n’a traversé son esprit que d’une manière très fugace. Ce sera donc un roman noir. Et là encore l’histoire et les souvenirs personnels se rencontrent.

« Mon père avait un livre de William McIlvanney… peut-être Laidlaw. Je l’ai lu gamin et ça parlait de ma ville ! Je connaissais les lieux et je pouvais même croiser certains des personnages ! […] c’est peut-être ça qui m’a donné envie d’écrire un roman noir et qui m’a poussé à choisir de parler de cette époque ».

L’époque en question, c’est donc les années 1970… celles de la jeunesse d’Alan Parks, des premiers romans de McIlvanney et d’avant le grand chamboulement urbain et social. L’idée est de suivre le héros de Janvier Noir, McCoy, au long d’une série d’une douzaine de romans qui s’étaleront sur cette décennie. McCoy, qui essaie envers et contre tout de changer les choses « même un tout petit peu », au risque de se fracasser contre le mur de la réalité, son ami d’enfance Stevie Cooper, truand sociopathe et sanguinaire dont Parks a trouvé le modèle dans ses souvenirs…

Suivre McCoy, oui, mais surtout suivre Glasgow, la voir changer et évoquer ces années où elle était encore, sale, pauvre et dangereusement séduisante.

Janvier Noir de Alan Parks
traduit de l’anglais par Olivier Deparis, éditions Rivages, mars 2018.
Un grand merci à Maryan Harrington pour ses photos !
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