Cinéma

American Bang Bang

 

 

(affiche modifiée pour l’occasion) 

American Sniper : un authentique film de guerre, réalisé d’une main de maître par l’infatigable Clint Eastwood – 84 ans au compteur, et qui nous raconte, avec brio, l’enfer du conflit Irakien. Le film est adapté de l’autobiographie de Chris Kyle, tireur d’élite de la marine américaine, Avec 160 personnes abattues, Chris Kyle est le sniper ayant tué le plus de personnes dans toute l’histoire militaire des Etats-Unis… 160 personnes, tuées de sang froid au fusil à lunette : un palmarès très impressionnant qui lui valut le surnom de Légende. Nous voilà donc emporté dans les sables de Fallujah, au côté de cette Légende, interprétée par Bradley Cooper, gros nounours tout en muscles et en barbe. Face à lui, Mustafa, un sniper Syrien, tout aussi doué, engagé dans une lutte sans merci… Et tandis que Chris Kyle enchaine les cartons dans une ambiance virile et musclée, sa femme (belle) et ses enfants (blonds) attendent désespérément son retour au bercail…Vous avez dit « cliché ? »

American Sniper, c’est l’histoire d’un Texan, raide-dingue de son pays, qui, a décidé de s’engager dans l’armée. Et quand l’appel du clairon a retenti après le 11 septembre, notre brave cow-boy s’en est allé à la guerre pour défendre la patrie et lutter contre le terrorisme, sans se poser de questions. D’ailleurs, pourquoi s’en poser, quand on sait que pour un soldat, réfléchir aux ordres reçus est déjà une forme de désobéissance. Et pour le spectateur lambda, réfléchir à ce que ce film nous raconte est le meilleur moyen d’avoir envie de quitter la salle sur le champ. Bon, c’est vrai qu’il est touchant, ce sniper, et si doux… Ce bon père de famille aura bien du mal à reprendre une vie normale après la guerre ; on pourrait même croire qu’il a du mal à tuer des gens. Et avec sa barbe, ses yeux clairs tout mouillés, et ses faux-air de Robin Williams, Il en devient attendrissant.

On en oublierait presque que le vrai Chris Kyle arborait le tatouage d’une croix de Templiers sur le bras. Une croix rouge ; à cette époque, George Bush parlait de croisades. Qui pourra alors s’étonner que Steven Spielberg ait refusé de réaliser ce film, laissant à Clint Eastwood le soin de s’en charger ? (Le film est déjà un succès au box-office. Clint pourra refaire la toiture de sa maison de campagne). Steven Spielberg aurait-il raconté l’histoire de ce sniper avec un peu plus d’ambiguïtés ? En prétextant un budget insuffisant, il laissa le soin à Clint Eastwood de s’essayer à l’exercice… Mais ce dernier va choisir un point de vue violemment partisan avec une narration qui manque cruellement de subtilités – même si le portrait de Chris Kyle est considérablement édulcoré : celui -ci qualifiait les Irakiens de « sauvages », tout comme le héros du film. Difficile de le contredire, quand l’action nous fait découvrir le personnage imaginaire du « Boucher », sourcil noir, foulard noir, pantalon noir, et veste noire. Un tortionnaire terrifiant armé d’une perceuse électrique, tout droit sorti d’un cauchemar de George Bush. Un monstre, une bête immonde, une créature à abattre, une caricature de l’Arabe, qui, si elle n’était pas effrayante, en serait ridicule. Heureusement, notre Légende est là, prête à en découdre pour nous sauver de la menace terroriste.

Car American Sniper célèbre, au travers de son héros le concept de guerre préventive développée par l’administration Bush – déclenchée en Irak, en violation totale du droit international…Souvenez-vous : Colin Powell et ses fioles d’anthrax, et les Armes de Destruction Massive, planquées dans les bunkers de Saddam. Et ma mère, terrifiée, qui avait fait des réserves de sucre et de pâtes.

On aurait pourtant pu s’attendre de la part de Clint Eastwood à un coup de théâtre vers la fin du film – le bougre est un habitué du genre – il y avait suffisamment d’éléments pour faire passer un message puissant, et très engagé, surtout quand on connait la fin tragique du vrai Chris Kyle… Mais hélas, American Sniper n’est pas Million Dollar Baby. Nous n’aurons rien ! Pas de retournement de situations, aucune dénonciation, aucune scène forte, de celle qui nous aurait laissé un arrière-gout très amer, avant de ramasser son manteau et se diriger vers la sortie…

Ainsi, à l’issu de 2h15 d’une réalisation musclée, nous n’aurons droit qu’à la célébration du héros, la glorification de la patrie, et la justification de la violence comme solution à tous les problèmes. Point d’indignations dans ce film là, mais une véritable exaltation des vertus martiales dont tout homme doit savoir faire preuve. Et face au constat terrifiant d’une guerre qui aura fait des milliers de morts et plongé l’Irak dans le chaos, Clint Eastwood nous oppose la grandeur des Etats-Unis et la fierté du devoir accompli. Clint Eastwood, qui repartira avec l’Oscar du meilleur montage de son – une excellente façon de récompenser un film qui aura fait beaucoup de bruits pour rien.

 

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