BDLes prix littéraires

Angoulême 2021 : de l’accident de chasse à l’accident de parcours ?

Le festival de BD d’Angoulême 2021 a rendu son verdict le 29 janvier : le Fauve d’or a été décerné aux Américains Carlson et Blair pour L’accident de chasse (Sonatine).
Parcours exceptionnel pour cette œuvre de 450 pages, en noir et blanc, qui a mis des années à se construire et se fonde sur un fait authentique, dont s’est d’ailleurs inspiré Hitchcook avec le film La corde. Le crime – car c’en est un – se déroule dans les années 20 : deux étudiants assassinent le jeune Bobby. Voilà pour le point de départ de cette histoire. Car dans la vraie vie, il se trouve que le père d’un ami de Carlson, scénariste de la bande-dessinée, a fait de la prison et a côtoyé l’un des deux meurtriers. Un terreau fertile d’où sortiront de lourds secrets et une belle performance graphique saluée par la critique comme l’on dit.

Attardons-nous maintenant sur le Fauve spécial du jury, qui a été attribué à Steven Appleby (Denoël Graohic) pour Dragman, une bande-dessinée consacrée à un héros travesti et à laquelle Addict-Culture avait consacré une chronique enthousiaste. Pour un premier roman graphique – même si son auteur a déjà publié une vingtaine d’albums et s’est fait connaître comme l’un des meilleurs dessinateurs humoristiques de Grande-Bretagne – ce prix n’est autre qu’un coup de maître !

Le reste du palmarès est à découvrir sur le site du Festival qui, cette année, aura cristallisé bien des paradoxes.

Tout d’abord, exit le public lors de la cérémonie de remise des prix, animée par l’humoriste et animateur télé Thomas VDB. En un an, le Covid est passé par là, réduisant à néant l’espoir d’une grande fête de la BD. La 48e édition s’est donc tenue devant un petit parterre d’une vingtaine de journalistes, éloignés de deux sièges les uns des autres, sans tambours ni trompettes !

La manifestation a également dû composer avec un contexte au goût amer. En effet, même si un livre sur 5 acheté en France est une BD, les auteurs galèrent. De petites et talentueuses maisons d’édition mettent la clef sous la porte (c’était il y a un an, par exemple, pour les Éditions du long bec) ou ne se paient pas de salaire depuis des mois, ainsi que m’en a récemment témoigné une éditrice dont l’un des titres figurait en sélection officielle.

Le coup de gueule récent contre Angoulême de Vehlmann et de Bonneval (Le dernier atlas) n’a pas arrangé le tableau : ils ont dénoncé, dans la presse, le fait que le festival international ne paye pas les séances de dédicace et fasse sa pub en mettant en avant des planches d’auteurs dans les gares, sans aucune rémunération pour les auteurs. Ambiance…

En attendant et malgré tout, continuez de lire de la BD ! Des mangas aux romans graphiques, il y en a pour tous les goûts. Et tant qu’à faire, continuez aussi de lire nos chroniques, toujours sélectives mais empreintes de bons conseils. Ici, on publie des planches d’auteur pour lesquelles on a des coups de cœur. Et ici, on fait ça avec nos tripes et gratos. Quand il le faut, la culture a un prix et parfois, quand il ne faut pas, elle n’en a pas ! Question de conviction, n’est-ce pas ?

 


Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Renseignements sur les réseaux du festival :

Site web Facebook Instagram Twitter

Angoulême 2021

Illustrations : Charles Burns

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page