BD

Dragman, super-héros travesti

Dragman est un héros travesti. Il vole, littéralement, au secours des âmes en peine (et perdues). Drôle de super-héros que cet August Crimp, qui suscite néanmoins la réprobation de ses pairs et l’incompréhension de sa chère épouse Mary-Mary. Telle est la trame de cette incroyable BD de plus de 300 pages que Steven Appleby, son auteur, a mis 17 ans à réaliser !

Il faut dire que le scénario est riche en rebondissements et tordu à souhait. Et que la création de ce livre est l’aboutissement d’un long processus ayant conduit Steven Appleby à passer du désœuvrement à l’acceptation publique de son travestisme.

Depuis 15 ans, il ne possède plus aucun article du vestiaire masculin et se sent parfaitement à l’aise dans son apparence féminine. Tout comme August, son personnage de BD, il porte des vêtements de femme et, tout comme lui, ce plaisir et cette évidence lui sont apparus un jour sous la forme d’un bas enfoui au fond d’un vieux canapé.

La comparaison s’arrête (presque) là. Après avoir instinctivement enfilé ce bas, August se découvre un super pouvoir : accompagné d’une fille chien, dont le flair les sauvera de nombreux pièges, il peut jouer les filles de l’air et les justiciers. C’est ainsi qu’il rattrape au vol la jeune Cherry Mingle, accidentellement tombée du 8e étage d’un immeuble. Mais cette expérience sera bientôt écourtée du fait de sa rencontre avec Mary-Mary. Pour elle, il raccroche les gants et, surtout, les bas. Quoique, la tentation est parfois grande de les enfiler de nouveau car, quand August met des vêtements de femme, tous les nerfs de son corps s’allument, comme des guirlandes !

Alors, quand l’un de ses amis dénommé Hindsight disparaît de la circulation, Dragman reprend du service, quitte à mentir à son épouse et embarquer son jeune fils dans l’aventure. Cela lui donne l’occasion de croiser de nouveau tout un cortège de super-héros, tels que The Believer (à qui il suffit de croire en quelque chose pour que ce quelque chose se réalise), The Fist (le Poing), The Fool (le Fou), The Pipe (le Tuyau), Mrs Wind (Mme Vent), etc. Tous et toutes sont en mesure de vous protéger et de vous sauver, à la seule condition que vous ayez pris une assurance super-héros. Sinon, vous pourrez tomber du ciel comme une grosse pierre : personne ne vous empêchera de toucher le sol. Ainsi va la vie, mercantile, d’une capitale britannique saturée de justiciers masqués !

Dragman

Dragman

Londres est par ailleurs vouée à l’hégémonie de la société Black Mist, qui rachète les âmes de personnes désargentées et au bout du rouleau. Ajoutez à cela les méfaits d’un tueur de filles trans, dont plusieurs pages de textes nous racontent au fur et à mesure les détails, et vous comprendrez que Dragman ne peut renoncer à sa vocation première, que cela génère ou non des sarcasmes.

Toute cette agitation donne lieu à des situations tantôt tragiques, tantôt humoristiques. La plupart du temps, elles sont présentées dans des pages travaillées selon la méthode du gaufrier, qui consiste à utiliser des cases de taille identique, offrant à la bande-dessinée un type de lecture académique. Le dessin, quant à lui, se révèle volontairement approximatif et les arrière-plans, par exemple, bénéficient d’un traitement léger. Mais cela fait partie du style de ce premier roman graphique, à prendre ou à laisser ! Nous, on prend !


 

Dragman de Steven Appleby – Aquarelles de Nicola Sherring

traduit de l’anglais par Lili Sztajn

 

Éditions Denoël- Collection Denoël Graphic,  16 septembre 2020

 

http://www.denoel.fr/Catalogue/DENOEL/Denoel-Graphic/DragmanFacebookInstagramTwitter


Image bandeau : extrait de « Dragman » -Steven Appleby – Editions Denoël/ Denoël Graphic

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