Chroniques Musique

Arab Strap, catharsis des jours sombres

Le 19 août 2017, la petite scène du festival La Route du Rock accueillait Arab Strap. Un évènement exécuté en fin d’après-midi qui mettait fin à dix années de silence, plus précisément à la faveur d’une annonce adressée un an plus tôt. Juin 2016, un compte à rebours répondait au dernier single du groupe sorti en 2006, There Is No Ending. Toute une symbolique !

Après une autre décennie, active celle-ci, nourrie de six albums, Aidan Moffat et Malcom Middleton osaient le come-back improbable. Résultat encourageant avec un tour d’horizon remis plus ou moins au goût du jour mais dont j’aurais surtout retenu la perception d’un plaisir intact chez ses membres, celui de rejouer avec les tourments palpables.

As Days Get Dark est donc né de cette envie de reprendre la route, de fructifier un passé reconnu pour façonner un présent audacieux. Alors rassurons-nous, Arab Strap en 2021 ne vire pas de bord mais l’adaptation à l’ère moderne est évidente, notamment en ce qui concerne la production du nouveau disque. Plus lourde, plus secouante et toute aussi captivante.  C’est Paul Savage qui accompagne le duo sur le projet de renaissance.
Le verdict, bien que composé de quelques pièces anecdotiques, est un véritable  retour en grâce, une délivrance piquante dans l’agitation d’un monde en émois. Il est question de désespoir, d’obscurité (rien de bien neuf donc) mais avec un emballage marquant un désir d’identité propre, emplie de maturation évidente.

Vous allez deviner la tournure des choses dès les premières bousculades engendrées par l’ensorcelante véhémence de The Turning Of Our Bones dont les incantations affichent la thématique de résurrection (au travers l’évocation d’une danse rituelle avec les macchabées Malgaches) : battements lourds, leitmotiv morose et clip sur fond d’horreur datée posent la trame de l’introduction racoleuse. Plus que jamais, l’accent écossais est coupé à la hache. L’oreille entrevoit un saxo fantomatique, âme perdue planquée derrière une électro martelée par des beats assassins. Ambiance !

À l’évidence, nos amis n’ont pas décidé de coller ici une sourdine. Certes, les fans de la première heure déterreront les arpèges soyeux, les récitatifs impliqués posant les fondations d’une carrière entre le noir clair et le noir foncé. Avec Compersion, Pt.1, l’obsession des guitares renoue avec une rythmique soutenue. La gravité est générale, marquée par des cadences et mélodies éplorées. Juste derrière, c’est le sifflement attendrissant de Bluebird laissant entrevoir un peu de répit, voire du baume au cœur.
Peine perdue, les nappes dégoulinantes de Tears On Tour remettent une couche de chialerie. La langueur est anesthésique, dans le sillage des codages de Mogwai, une prose sans bride en prime. Il faut dire qu’Arab Strap est hébergé dorénavant au sein de l’écurie Rock Action Records. De ce fait contractuel et artistique, je pourrais tirer la conclusion d’un vase communiquant entre les deux formations visées. Je ne m’y risquerai pas… même si je n’en pense pas moins.

En tous les cas, Aidan Moffat et Malcolm Middleton enclenchent véritablement  la vitesse supérieure sur la deuxième partie de l’ouvrage. La preuve flagrante sur les lourdeurs de basses d’Here Comes Comus! … Comme autant de directs dans le plexus (pas très solaire). La descente dans les profondeurs est exaltante, saillie pornographique d’accroche immédiate. Comus, dieu rebelle de la fête est ici convié pour cette ode aux soirées de débauche. Avouons-le, en ces temps de disette, de tels excès nous manquent cruellement.

Dans le ton, impossible de ne pas succomber au folk avenant de Fable Of The Urban Fox, amorti par un flow sidérant. Outre un balancement méthodique, l’ensemble atteint son climax entre souplesse et fermeté viscérale. Le fil conducteur s’endurcit et la progression, rageusement électronique, se meut en fusion grandiloquente.

Juste après les saccades succulentes d’I Was Once A Weak Man, le glissement faussement désuet de Sleeper s’extirpe d’un dernier effort pour conjurer (ou réclamer ?) la douleur. Au royaume du sarcasme et des beautés crues, les histoires d’Arab Strap sont toujours des sources d’exploration. Plus nos jours s’assombriront, plus nous auront besoin de cette catharsis.


 

As Days Get Dark – Arab Strap

Rock Action Records – 5 mars 2021

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Photo de couverture : Paul Savage

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