Chronique Musique

« Keräily », la nouvelle décharge du side project nucléaire Atomikylä

Ecrit par Jism

Tiens, ça faisait un bon bout de temps que chez Addict-Culture on ne vous avait pas décrassé les esgourdes à l’émeri, longtemps que des bûcherons gutturaux n’avaient pas eu voix au chapitre. De là à dire qu’on s’assagit… Alors pour réparer cette injustice, infamie, erreur, anomalie (rayez la mention inutile), votre serviteur évoquera avec vous Keräily, second album des Finlandais d’Atomikylä. Comme vous le savez probablement, car on ne peut rien vous cacher, Atomikylä est le side-project du guitariste/chanteur d’Oranssi Pazuzu (dont le dernier album, chroniqué en ces lieux, est toujours aussi formidable) et de membres de Dark Buddha Rising, ce qui sous-entend en gros que les amateurs de dentelles et d’orfèvrerie passeront leur chemin. Pour les autres en revanche, et notamment l’amateur d’Oranssi Pazuzu, l’écoute de Keräily sera l’occasion de retrouver des contrées immédiatement familières, quelque part entre Doom, Psyché et Black Metal.

atomikyla

Du moins pour Katkos,  long titre d’ouverture de 18 minutes, segmenté en trois parties : une Doom/Space Rock assez trippante , l’autre bien plus violente et tendant vers le Sludge et la dernière, tournée vers des contrées expérimentales assez déviantes. C’est tortueux, relativement épique, souvent passionnant  mais, avouons-le, en regard des deux autres morceaux, quelque peu décevant car la puissance en est un tantinet atténuée par des égarements parfois hasardeux (certains passages frisent un peu le remplissage, sur les 3 dernières minutes notamment).

Néanmoins les deux autres titres tutoient la perfection et notamment Risteily, long instrumental de 9 minutes. Pesant, lourd, répétitif jusqu’à l’hypnose, débutant comme du Swans, évoluant peu à peu vers des territoires Space Rock/Jazz pour terminer sur un Kraut hallucinant, tout en tension, sous haute influence psyché, évoquant le génial Omega Monolith de Fleshpress, Risteily impressionne par sa science du crescendo et cette tension qui, à aucun moment, ne faiblit.

Et ce n’est pas Pakoputki, dernier titre, qui va inverser la donne. Le groupe revient vers des terrains plus traditionnels, Doom/Black sous speed, tout en fuzz et wahwah mais conserve cette maîtrise du crescendo évoquée plus haut. Il en résulte un titre cataclysmique d’une puissance de feu assez violente, dévastant tout sur son passage. Pakoputki, tel un Frameto sonore, décape et fait table rase de tout. Ça hurle à tout bout de chant, vous colle de l’hypertension, secoue, avec cette impression d’être dans le cœur de la machine à laver en mode 8000 tours minutes et vous recrache sur le bas-côté, exsangue avec cette sensation de ne pas avoir trop compris ce qui vient de se passer. Dit comme ça, ça peut paraître éprouvant mais à écouter c’est juste impressionnant et assez jouissif car les finlandais maîtrisent parfaitement leur sujet avec une écriture ample, très cinématographique par moment, et allant dans des directions parfois surprenantes.

Le seul reproche à faire à cette galette, outre les égarements de Katkos, reste la durée très courte de celle-ci. 34 minutes pour un disque de cette trempe, cela reste frustrant car on aurait aimé pouvoir l’apprécier sur la durée, et vue la marge de progression sur trois morceaux, on peut aisément se dire que sur une heure, Atomikylä aurait pu sortir un des meilleurs albums de 2016. Néanmoins on se contentera juste d’un des meilleurs EP de l’année et d’un très bon album en général. Frustrant certes mais prometteur.

 

 

Sortie depuis le 3 Mai dernier chez Svart Records et chez tous les disquaires disposant d’abris anti-atomiques de France et de Navarre.

Facebook

Ajouter un commentaire