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[Back to 1967] : Sabordage de Pirates

Le 15 août à la sauce camembert rappelle immanquablement le pic des vacances, le point obligé de mise en congé, le soleil, les nanas, tout ça tout ça.

Mais, en ce qui concerne la perfide Albion, le 15 août 1967 a résonné comme un glas sur les adeptes fanatiques de pop et de rock’n’roll, et de leurs leaders-dealers d’expression radiophonique : le jour fatidique de l’interdiction d’émettre pour les radios pirates, le « Marine Broadcasting Offences Act ».

Celles qui ont pourtant permis la révolution musicale d’éclater sur le territoire britannique, et de l’ériger même en référence européenne de création et d’édition musicale, ont dû rendre les armes face à cette ultime attaque gouvernementale.

Car, au milieu des années 60, les radios officielles, comme la BBC (British Broadcasting Corporation), ne réussissent pas à combler le besoin de découverte pop et rock d’une jeunesse avide de musique. Rappelons que c’est l’époque de la naissance des références absolues en la matière : les Rolling Stones, les Beatles, les Doors, les Who etc etc etc ! Et la BBC ne diffuse que 5 heures de musique « mainstream » par jour !

De gros malins, passionnés et un peu déjantés, décident alors de contourner allègrement la loi, en trouvant LA faille. Tout ce qui interdit les émissions terrestres est extrêmement et précisément délimité par la loi… mais rien concernant les eaux internationales ! Des navires sont alors transformés en stations-radios, légalement à l’abri pendant quelques années dans les eaux de la Mer du Nord, pour délivrer le message rock’n’roll de manière permanente. La déferlante s’abat alors sur la jeunesse anglaise.

Stephen West, David Allan, John « Ray » Glendinning sur l’un des forts des Red Sands

La folie s’installe, plus de vingt bateaux et stations sur pilotis naissent, les ondes sont cannibalisées par des DJs égotiques, très entourés pour certains, et leurs programmations musicales 24h/24 se déversent sur l’île et le continent.

Radio Caroline par Terry Bates

Ronan O’Rahilly, pionnier en la matière, dirige Radio Caroline, qui émet dès mars 1964, directe concurrente de Radio Atlanta, dont le patron Allan Crawford s’est fait coiffer au poteau côté concept par son premier concurrent. Émulation et convoitise, les deux stations battent rapidement des records d’écoute. Une guerre ouverte qui se termine au bout de quelques mois, Crawford, vaincu par la rage et les moyens de O’Rahilly, accepte de rendre les armes et devenir la plateforme « Radio Caroline South » qui couvre le sud du pays, quand l’autre Caroline continue de couvrir le Nord.

Pirates « officiels », ils inventent également leur propre système de financement, par le biais de la publicité, qui n’était absolument pas encore entrée dans le paysage audiovisuel anglais. Ironie, ces pirates vont même aller jusqu’à organiser les versements des droits d’auteurs…

Des défricheurs, qui osent imposer de nouvelles méthodes, qui signent vocalement des programmes tant espérés, et deviennent de véritables stars grâce à leur liberté de ton, so shocking en comparaison avec la laborieuse BBC.

Mais cette dernière ne reste ni sourde ni aveugle, et, avec l’aide du gouvernement britannique, projette de lancer une nouvelle formule, une BBC Radio 1, d’orientation plus largement musicale. Pour ramener ces fous furieux à la raison, et surtout récupérer leur public (Radio Caroline, affiche crânement des chiffres qui donnent le tournis : 20 millions d’auditeurs et 15 000 Livres Sterling de recettes publicitaires par semaine) les tentatives de censure se multiplient.

En 1965, la Grande-Bretagne adopte une loi interdisant la diffusion radio depuis des bateaux, des avions, ou tout objet flottant ou volant, et que toute aide logistique à ces contrevenants serait également punie.

Le résultat n’étant pas satisfaisant, le 14 juillet 1966 est votée une autre loi, clairement destinée à éradiquer les radios pirates, le « Marine Broadcasting Offences Act », qui met en avant la soi-disant mise en péril de la défense britannique et de la navigation en général, par la diffusion de signaux perturbateurs par les bateaux pirates. Interdiction d’y travailler, interdiction de commercer avec elles, et interdiction de les ravitailler.

De nombreuses radios jettent alors l’éponge, et le jour même de l’entrée en vigueur de la loi, ce fameux 14 août 1967, l’une des stations emblématiques, celle où officie John Peel (entre autres), Radio London baisse aussi pavillon. Les DJs débarquent sous les applaudissements de leurs fans arborant les slogans anti-Wilson (premier ministre à l’origine de ce texte de loi), et petit à petit, les pirates sont réduits au silence.

La seule à résister demeure Radio Caroline, qui opte pour la désobéissance et persiste au-delà de l’ultimatum du 14 août minuit. Le DJ Johnnie Walker, passible de poursuites et condamné à l’exil comme tous ses compères pirates, adresse quelques secondes après minuit à ses millions d’auditeurs : « This is Radio Caroline, it is now 12 midnight« , chante « We Shall Overcome » et lance All You Need is Love des Beatles en ouvrant une bouteille de Champagne.

Mais sans surprise, grâce à cet acharnement gouvernemental et la lourdeur de l’entretien d’un bateau en décrépitude, Radio Caroline finit par succomber financièrement courant 68. Et renaître. Et redisparaître. Finalement, Radio Caroline émet toujours, mais depuis la terre, et essentiellement sur internet. Seuls les événements exceptionnels façon émissions spéciales reprennent la mer, dans un souffle évident de nostalgie.

Cette année, des émissions de commémoration du cinquantième anniversaire de cet ultime sabordage sont évidemment programmées sur Radio Caroline. Même la BBC est au rendez-vous.

Pour rappeler cette date, ce moment fatidique, une date en corne de brume, signal de naufrage d’idéaux « pirates », mais qui n’aura pas vu anéanti le besoin de parole libre et de …musique !

Photo à la une : Mike Hayes de Radio 270 par Guy Hamilton

Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à vous rendre sur le site incroyablement documenté en photos, sons et coupures de presse, concernant toute cette période Offshore Radio.

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1 commentaire

  • Bonjour,
    Non, Radio Caroline n’émet plus. Voir le site de Free Radio Caroline, sur htpp://freeradiocaroline.com :

    Déclaration officielle

    L’annonce suivante est faite par Free Radio Caroline:

    Free Radio Caroline veut préciser que les stations autorisées qui proclament être la «vraie Radio Caroline» utilisent le célèbre nom sans l’accord du fondateur légendaire de Radio Caroline, Ronan O’Rahilly.

    Radio Caroline était une radio offshore libre en mer de 1964 à 1990, sans aucun contrôle officiel, mais avec un grand respect de toute la planète, un visage emblématique de la liberté d’expression.

    Les stations à terre contrôlées par les gouvernements ne seront jamais la vraie Radio Caroline et violent les demandes de Ronan O’Rahilly et le message de la station “Loving awareness is free”…

    Il est temps pour une Radio Caroline nouvelle et libre.

    La légende vit…

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