Des histoires d’avion, de bateau et de télévision. Mais surtout des histoires qui s’intéressent à l’intemporalité. Voire à la postérité. Pirate de l’air, auteur à succès délaissé par son public, village côtier boudé par les poissons et historienne ayant passé sa vie à s’intéresser à la vie d’un embaumeur dont tout le monde se moque… Autant de trajectoires qui n’ont en commun que ce rapport à la postérité.
Soeurs des vagues de Tristan Roulot et Mikaël – Le Lombard – 2026

Très belle découverte que cette bande dessinée de Tristan Roulot admirablement illustrée par la ligne claire de Mikaël pour Le Lombard. Ce huis clos prend place en 1914 en Nouvelle-Ecosse, plus précisément à Peggys Cove. Dans ce port, la morue se fait de plus en plus rare, et les ressources se réduisent. Et puis, un naufragé s’échoue sur le rivage. Il est tatoué, et il faut toutes les connaissances du gardien de phare local, obèse et aisément moqué par ses pairs, pour identifier qu’il a survécu aux naufrages du Titanic en 1912 et celui de l’empressé of Ireland deux ans plus tard.
Ainsi naît l’intrigue de ce huis clos qui, comme son titre le suggère, accorde une place importante aux femmes. Il faut dire que dans ce village de pêcheurs, les hommes sont la majeure partie du temps en mer… quand ils en reviennent vivants.
Le récit offre toute une galerie de personnages dont les liens apparaissent petit à petit. Fourni, mais sans complexité exacerbée, si bien que l’intrigue se dévoile progressivement, d’une manière tout à fait plaisante. N’en disons pas davantage pour ne pas gâcher les effets, mais préparez-vous à « voguer » de surprises en surprises.
Tourner la page de Zep – Rue de Sèvres – 2026
Énorme coup de cœur pour cette bande dessinée. Que ceux qui associent encore Zep à Titeuf se rassurent, il est ici question d’une bande dessinée tout à fait dirigée vers les adultes. Celle-ci est même plutôt sombre dans sa thématique, ce qui vient contraster avec le choix de couleurs qui, à défaut d’être solaires, ne versent pas dans le pessimisme désespéré.
Quant à la fiction, elle met en scène le parcours de Lambert Delville, écrivain auparavant honoré par le prix Femina, mais tombant désormais dans un relatif oubli. Comme le dit son éditrice, il est trop vieux pour séduire les jeunes générations, mais pas assez pour être redécouvert.
Il va pourtant être redécouvert après sa disparition tragique dans la mer Egée, et L’éclipse, le manuscrit que boudait son éditrice devient numéro 1 des ventes. N’en disons pas plus, bien que l’envie ne manque pas. La force de Zep réside dans sa capacité à multiplier les twists sans tomber dans la démonstration. A chaque fois qu’une bonne idée commence à être déclinée, une autre survient pour empêcher le récit de ronronner.
Puissant et saisissant, Tourner la page sera assurément l’une des grandes bandes dessinées de l’année 2026.

La vérité sur l’affaire DB Cooper de Marie Boisson – Misma – 2025

Nouveau coup de cœur (décidément) avec cette bande dessinée. Je me suis fait piéger par le titre et le quatrième de couverture, m’attendant à une investigation autour de la fascinante affaire D.B. Cooper. En réalité, il ne s’agit pas tout à fait de cela, et c’est encore mieux !
Marie Boisson construit tout un univers autour de Dolorès B., greffière du tribunal d’Eglefin qui finit par être mêlée à cette affaire de piraterie de l’air. N’en disons pas plus pour ne pas gâcher le twist et le plaisir de la lecture, si ce n’est que les illustrations et les couleurs chaudes donnent de la consistance à ce récit et que les différents personnages sont particulièrement creusés.
C’est tout un univers qui gravite autour de Dolorès, dont on comprend rapidement qu’elle a réussi à construire une vie tout à fait commune après avoir été placée dans un foyer peu recommandable. De Volodia à La Méduse, certains personnages ont un parcours de vie commun avec celui de Dolorès, dont on découvre petit à petit l’intransigeance mais aussi l’humanité. Et le tout est admirablement édité par Misma, dont nous allons suivre attentivement les prochaines sorties.
Chère historienne de Joff Winterhart – Ça et là – 2026
Avec Chère historienne, Joff Winterhart propose une histoire aussi intense que son trait. Les dessins en noir et blanc, particulièrement expressifs, renforcent en effet l’immersion dans ce récit relatant la rencontre entre Lucy et Margaret.
Margaret est une historienne septuagénaire qui écrit des livres sur le médecin-embaumeur J.W. Preece auquel personne (ou presque) ne s’intéresse à part elle. Mais un jour, Lucy assiste à l’une de ses conférences. Peut-on parler de coup de foudre spirituel ? Peut-être. Toujours est-il que la cadette, productrice, réussit à convaincre ses collègues que Margaret peut intégrer un show télévisé.
Au-delà de la dimension humoristique sur le décalage générationnel (Margaret ne connaît même pas Youtube !), c’est cette relation d’amitié qui vient toucher le lecteur. Lucy vient d’être quittée par son fiancé en plein EVJF, tandis que Margaret ne se remet pas du décès de sa soeur. Leur relation va remettre du mouvement dans leurs vies. Et dans celle du lecteur.



