Des jeux de cartes. En 2026, cela ne veut plus dire grand-chose. À moins que l’on n’évoque ces classiques jeux de 32 ou 54 cartes qui peuvent servir à jouer à tout un panel de jeux traditionnels allant de la belote au rami. Mais là n’est pas le sujet du jour. L’idée est plutôt de vous présenter quatre jeux aussi addictifs qu’attractifs dont la mécanique principale repose sur le fait de jouer des cartes, que ce soit à la manière d’un jeu de pli, en défausse ou de manière plus originale. Petit panel de ce qui s’est fait de mieux ces trois dernières années dans le registre.
L’ère des masques de Pierre Canali, Antoine Lagarde, Bastien Perez Assaël, Malo Willefert – Blind Cooks – 2026

Le doge de Venise est malade, et deux dangereuses figures (votre adversaire et vous) emploient des masques pour prendre le pouvoir de la ville. Voici pour le contexte de L’ère des masques, jeu parfaitement illustré par Vincent Roche et exclusivement pensé pour deux joueurs qui aura nécessité la collaboration de quatre auteurs. Et ce n’est sans doute pas un hasard car, contrairement à une idée reçue, les jeux les plus épurés sont les plus difficiles à réaliser.
L’épure, c’est probablement la qualité première de L’ère des masques. Le matériel est simple puisqu’il se compose uniquement de 5 cartes différentes, chacune présente en 8 exemplaires. Et à la manière d’un Agent Avenue, il s’agira de bluffer et rentrer dans la tête de son adversaire pour deviner et neutraliser ses projets.
Deux conditions peuvent permettre d’atteindre la victoire. Pour ce faire, il faudra placer (au moins) un exemplaire de chacune des 5 cartes devant soi, ou 4 exemplaires de la même carte.
Comment y parvenir ? Chacun à leur tour, les joueurs vont présenter une carte face cachée à leur adversaire. Ce dernier pourra valider l’opération ou s’y opposer. S’il s’y oppose, il devra deviner la couleur de la carte proposée par l’adversaire et sacrifier l’une des siennes.
Typiquement le genre de jeu extrêmement difficile à résumer à l’écrit mais qui se comprend en deux minutes autour d’une table. Et dès les premières parties, les sensations vont être au rendez-vous. Comme aux échecs, il faudra se concentrer sur sa propre stratégie sans oublier de penser à celle de l’adversaire. Et comme au poker, il s’agira de bluffer… sans laisser le soin à son rival de faire de même.
Visions de Bruno Cathala et Florian Sirieix – Olemains Games – 2026
Si l’on ne présente plus Bruno Cathala, sorte de Ronaldo de la création de jeux de société, son compère Florian Sirieix n’est pas en reste puisqu’il a obtenu l’As d’Or enfant avec L’île des mookies.
Ces deux mastodontes du monde ludique proposent avec Visions un jeu assez inattendu mais tout à fait réjouissant. Prenant place dans un univers onirique, il s’agit de placer ses cartes de manière à faire les rêves les plus doux et cohérents.
Les joueurs, qui pourront être de 2 à 5, sont donc invités à jouer leurs cartes dans leur aire de jeu de telle manière qu’elles comportent la même couleur ou la même caractéristique que la précédente. Et attention, s’ils ne peuvent pas jouer, ils devront faire un cauchemar en posant une carte de leur jeu face cachée. Une opération risquée qui leur permet néanmoins d’avoir un impact sur le jeu de leur adversaire.
Inutile de s’attarder sur les règles dans une présentation si brève car on est là encore face à un jeu qui, à la manière de sa thématique, repose avant tout sur l’expérience. Plutôt chill à première vue (et magnifique grâce aux illustrations de Seppyo), Visions permet à chacun de construire, individuellement, ses rêves de la manière la plus cohérente possible.
On pourrait presque penser qu’il s’agit des fameuses « réussites » d’antan après les premiers tours de jeu jusqu’à ce que les quelques interactions permises conduisent un adversaire à rompre la douceur dudit rêve. Attendez-vous donc à hurler car la frustration est alors proportionnelle à la douceur qui précédait. Un très chouette jeu pour les dimanches après-midis !

Charuma de Takashi Saito – Darucat – 2025

Charuma, c’est peut-être le coup de cœur de la sélection. Et cela n’a pourtant l’air de rien à première vue puisque l’on pourrait penser à un énième jeu de pli. Sauf que Takashi Saito a eu de multiples bonnes idées afin de transformer un banal jeu de pli en jeu essentiel.
Premièrement, les joueurs commencent avec des pièces, qui correspondent à leurs points de victoires. Avec celles-ci, ils pourront acheter leur jeu pour la manche à venir. Concrètement, pour une partie à 3 joueurs, les 3 jeux sont mélangés et positionnés au centre de la table. C’est avec un système d’enchère que chacun choisira son jeu.
Fini de râler. Tonton Roger ne pourra s’en prendre qu’à lui s’il a un mauvais jeu. Il fallait être moins radin. Et votre neveu hypermnésique risque de briller car il pourra se rappeler des cartes qui composent votre jeu… à deux exceptions près, puisque chaque joueur garde deux cartes supplémentaires cachées.
L’autre bonne idée, c’est qu’il n’y a que deux couleurs différentes. Deux exemplaires de chaque carte bleue (de l’As au 10) et idem pour les cartes rouges. De fait, les joueurs sont rarement bloqués. Pour ouvrir le pli, il est possible de jouer une seule carte ou une paire de cartes identiques. Celui qui a la plus grande valeur à la fin l’emporte. Et chaque pli rapporte 1 pièce, soit un point de victoire (qui pourra servir à marquer des points, ou à racheter un bon jeu pour la manche suivante).
L’autre bonne idée, c’est que celui qui remporte le dernier pli récupère deux points supplémentaires. Et donc, au-delà du fait de marquer des points, une véritable tension s’installe autour de la table. Dois-je jouer ma bonne carte maintenant, ou attendre le dernier pli au risque de me faire battre ? Car aucune carte (et c’est la dernière bonne idée) n’est assurée de l’emporter. Pas même un 10, qui est supposément la carte la plus forte, qui est battu par l’As (qui est en revanche battu par toutes les autres cartes).
Compliqué ? Non. En 3 minutes, vous aurez compris toutes les subtilités et vous voudrez en faire au moins 4 ou 5 parties. Promis. Ajoutez à cela les chouettes illustrations de Simon Caruso et l’édition exemplaire de Darucat, et il deviendra rapidement un must-have des ludothèques de votre groupe d’amis.
Les caprices du roi de Derek Croxton – Origames – 2025
Enfin, Les caprices du roi est un jeu de Derek Croxton illustré par Jocelyn Millet et Louis Gennart qui vous promet quelques belles parties. De 2 à 5 joueurs, il vous invitera à postuler pour obtenir les faveurs d’un roi capricieux. Pour ce faire, vous devrez constituer la plus chouette assemblée, comprenez la main de cartes la plus exaltante, en seulement six tours.
Le principe est plutôt simple puisque vous devrez à chaque fois piocher une carte et en défausser une autre. A la fin de chaque tour de table, le roi énonce un nouveau caprice (une nouvelle règle) qui peut vous inciter à faire des suites de cartes ou à privilégier certaines couleurs.
Neuf castes (couleurs) sont présentes, et chacune possède des effets qui ajoutera un petit peu de chaos au centre de la table. À conseiller aux amateurs de jeux à l’ambiance survoltée plutôt qu’aux joueurs frustrés lorsque leurs calculs n’aboutissent pas à la victoire.
Un jeu idéal à l’apéro ou en fin de soirée. La durée de la partie est estimée à trente minutes mais c’est un maximum. Certaines dépassent à peine un quart d’heure. Un excellent prétexte pour en recommencer une autre !



