Certaines œuvres vous frappent directement au coeur. C’est sans doute ce qu’a ressenti Didier Tronchet lorsqu’il a lu le roman Le jour avant le bonheur d’Erri De Luca. Et c’est assurément la même émotion qui s’empare du lecteur lorsqu’il découvre la bande dessinée qui a été adaptée par le français et son camarade belge Christian Durieux au dessin.
Ces mots ne sont pas galvaudés. Car ce qui frappe, en premier lieu, dans cette bande dessinée, c’est le dessin. On perçoit le plaisir non contenu qu’a éprouvé l’illustrateur au moment de dessiner ces ruelles napolitaines et les jeux de lumière omniprésents qui en découlent. Des jeux de lumière qui renforcent d’abord l’esthétique de l’œuvre avant, sans rien dévoiler de l’intrigue, de devenir un paramètre à part entière de la trame narrative.
L’histoire se déroule donc à Naples, juste après la seconde guerre mondiale. Un orphelin, Erri, vit sous la protection du concierge Don Gaetano avec lequel il ne cesse de jouer (et perdre) à la Scopa. Il joue également au football, d’abord distraitement puis de mieux en mieux. Mais il est avant tout un individu contemplatif. Obsédé par une jeune fille de son âge qui reste perpétuellement derrière la fenêtre du logement situé au troisième étage. Un jour, il découvrira une cache souterraine qui servait de refuge aux juifs pendant la guerre. Il passe des heures entières à lire les livres oubliés dans cette pièce dont la fraîcheur est rassurante lors des chaudes journées estivales.

Mais un tel secret ne tient jamais longtemps, surtout quand on vit avec un personnage comme Don Gaetano, réputé pour savoir ce qui se passe dans la tête des gens. Ce dernier ne manquera pas de transmettre bien des savoirs à son protégé, mais également de le mettre en garde. N’en disons pas plus car ceci pourrait aseptiser le reste de la lecture.
Rapidement lue malgré sa richesse graphique et la qualité de son adaptation, Le jour avant le bonheur est assurément l’une de ces bandes dessinées vers laquelle on reviendra de temps à autre. Pour se faire du bien en se projetant sous le soleil napolitain. Et pour se rappeler qu’il faut parfois affronter ses démons pour s’en libérer.



